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Banques européennes : des tests de résistance au rabais ?


Stress Tests : par J. Bisseker, analyste des banques européennes - Schroders.



Les banques européennes vont-elles subir les tests de résistance au rabais ?
Ce soir (23 juillet 2010) seront communiqués les résultats des tests de résistance du Comité des Superviseurs Bancaires Européens (CEBS) pour 91 banques européennes. L’objectif est de permettre de débloquer les marchés du refinancement bancaire et de prouver que les banques européennes ont assez de fonds propres pour être en mesure de financer des emprunteurs solvables et in fine de soutenir la reprise économique. Cependant, si l’on écoute les commentaires de certains politiciens et régulateurs, le rapport de la CEBS pourrait davantage s’apparenter à un « bulletin scolaire d’école primaire » qu’à une analyse prudente d’un organe de régulation financière. Rien de ce qui pourrait « bouleverser les parents » (dans le cas échéant, le marché) ne serait ainsi dévoilé.

Les points positifs des tests de résistance…
Les éléments positifs des tests de résistance ne peuvent être ignorés. Tout d’abord, le fait qu’ils aient été décidés et que les résultats soient rendus publics. De plus, ils rappellent au marché qu’une force de frappe considérable peut être déployée à tout moment pour soutenir les banques ayant de faibles ressources en capital (tels que la SoFFin en Allemagne, la FROB en Espagne ou encore le Fonds de Stabilité Européen). D’autres facteurs positifs sont peuvent être signalés tels que l’intégration de scénarios économiques différenciés pour les différents pays, la prise en compte de « scénarios difficiles pour les marchés financiers » (bien que la manière dont ceci est mesuré peut prêter à discussion) et la prise en compte de pertes potentielles sur le marché des obligations d’Etats européennes.

… ne sont-ils pas plus que compensés par les points négatifs ?
Malheureusement, les points positifs énoncés ci-dessus semblent peser de bien peu de poids par rapport aux éléments négatifs.
Premièrement, une comparaison avec l’exercice de test de résistance américain, lancé par le Trésor américain en février 2009, est instructive. Le processus américain a duré deux mois alors qu’il n’a guère dépassé deux semaines en Europe. En outre, aux Etats-Unis, on avait mis en place une vérification indépendante des résultats : a contrario - à l’exception notable de l’Espagne où la banque centrale est apparemment chargée de fournir les données - le test européen ressemble plus à un exercice d’auto-notation par chaque pays. Rappelons que 10 des 19 banques qui ont subi le test de résistance aux Etats-Unis ont « échoué à leur examen » et ont du faire l’objet d’une recapitalisation. A en croire les fuites parues ça et là, les levées de capitaux effectuées par les banques suite aux tests de résistance devraient se compter au maximum sur les doigts d’une main.

Deuxième point de critique majeur, la méthodologie qui semble avoir été utilisée par la CEBS en ce qui concerne les pertes sur la dette souveraine, paraît étrange pour ne pas dire plus. Les banques ont subi des tests de résistance sur leur portefeuille d’obligations d’Etat, mais uniquement sur les positions détenues dans les comptes de « trading ». A partir de là, les banques grecques qui détiennent pourtant l’équivalent de plus de 3 fois leurs fonds propres sur la dette souveraine locale, peuvent passer ces tests sans encombre, car la quasi-totalité de leurs positions a été opportunément reclassée, passant des comptes « trading » ou « disponibles à la vente » vers les « positions détenues jusqu’à l’échéance ». Par ailleurs, les seuils de pertes potentielles jusqu’à présent évoqués sur les dettes souveraines, dans le cadre des tests, ne seraient que de 17% pour la Grèce, 8% pour le Portugal et l’Irlande, 5% pour l’Espagne et 2,5% pour l’Italie. Or, si l’un de ces Etats faisait réellement défaut, et même si pour l’instant le seul prétendant possible semble être la Grèce, alors on peut imaginer que les pertes potentielles seraient largement supérieures sur l’ensemble des dettes des pays périphériques.

Le problème est que nous sommes en train de passer d’une problématique de tests de résistance à celle des risques de scénarios extrêmes (queues de distribution). Cela ne signifie pas que cette possibilité doit être ignorée : après tout, c’est bien une des raisons de la nervosité actuelle du marché. Cependant, ce qu’on peut espérer c’est que les banques soient au moins forcées à fournir des informations claires et homogènes sur leur risque souverain, afin que les acteurs du marché puissent conduire leur propre évaluation, plutôt que de se contenter de faire des pronostics. Même si les résultats publiés des tests de résistance ne fournissent pas cette information, les banques devraient se sentir le devoir de la transmettre au marché, afin de satisfaire les attentes des investisseurs en actions et en produits de taux.

Un autre point nous soucie : on n’a guère entendu parler d’un quelconque traitement spécifique pour l’exposition aux crédits structurés. Notre inquiétude est que ce point soit complètement ignoré. Dans le cas d’un scénario en double creux, les analystes devront lire à travers les lignes des rapports qui listent à la fois l’exposition aux CDOs, aux CMBSs, aux CLOs, aux leveraged loans et aux monolines. Pour certaines banques, ces expositions restent considérables par rapport à leurs fonds propres.

Enfin, on semble s’orienter vers un nouvel ratio de niveau de capital minimum pour les banques correspondant à un Tier 1 de 6%. Un tel ratio semble bien trop laxiste. Les récents évènements ont mis en évidence le fait qu’un ratio portant sur le « Core Tier 1 » serait bien plus crédible.

Qu’est-ce que cela signifie pour les banques européennes ?
Finalement, les banques constituent une sorte d’outil d’investissement à levier sur les économies dans lesquelles elles opèrent. Il est donc essentiel qu’une reprise économique durable couplée à une hausse du prix des actifs puisse être observée. Les tests de résistance du Comité Européen des Superviseurs Bancaires (CEBS) ne semblent pas pouvoir constituer, de ce point de vue, le véritable catalyseur, même s’ils auront sans doute un impact sur deux points importants :
a) Ils montrent que les autorités européennes sont toujours prêtes à soutenir le système financier ;
b) Cela aura peut-être pour effet de forcer les banques à montrer clairement leur risque souverain.

En outre, cela pourrait éventuellement favoriser un regain d’optimisme sur les marchés et, par la même, contribuer à une reprise économique durable.

Vendredi 23 Juillet 2010
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