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Affaires et Psychiatrie, sans se prendre au sérieux (1/5) - Seul le paranoïaque survit


Le sourire n'est pas le dividende le plus fréquent de l'actualité, et parmi les lignes que je commets ici certaines peuvent résonner comme des prophéties de Cassandre. Pour changer de registre et sur un ton ludique et léger, voici une série de quelques billets plus décalés qu'à l'accoutumée dans ce média.



Rémy Mahoudeaux
Rémy Mahoudeaux
Wikipedia nous écrit que la paranoïa est une affection mentale, un trouble du comportement dont souffrent de 0,3 à 2,5% de la population. Le paranoïaque interprète tous les signaux qu'il perçoit comme systématiquement hostiles à son endroit. Il bâtit un système cohérent et autoalimenté qui le conforte à coup de distorsions réitérées et mises en convergences dans ses idées de persécution, de déloyauté, de complot, de trahison, d'intention de nuire, de préjudice dont il serait victime. Ces troubles finissent par altérer la relation du paranoïaque au reste du monde jusqu'à l'inadaptation sociale caractérisée par la surestimation de soi-même, un jugement défaillant et enfin une méfiance et une susceptibilité exacerbée. Des délires dont la typologie ne vous sera pas infligée ponctuent cette maladie chronique.

Tout d'abord, comme Pierre Desproges l'était contre le cancer, je suis contre cette paranoïa « psychiatrique » et ma compassion va aux malades, ainsi que ma sympathie aux soignants. Mais l'objet du propos est de promouvoir la paranoïa dans le monde de l'entreprise.

Andrew S. Grove est l'un des fondateurs d'une société connue et respectée : Intel, un mâle dominant de la horde des « valeurs technologiques » s'il en est, leader des fabricants de microprocesseurs. Il est aussi crédité d'un aphorisme connu, dont il a fait le titre d'un livre : Only the paranoid survive (© Andrew S. Grove, 1996). En français : Seul le paranoïaque survit.

Il convient de ne pas s'illusionner ou se gargariser avant d'avoir pris l'exacte mesure du pessimisme de cette assertion avec les deux claques qui suivent :
1) il n'est ici question que de survie, pas de vie. Reviennent en mémoire les cours de stratégie à l'école de commerce qui m'ont enseigné jadis une certaine humilité salutaire : le seul objectif d'une entreprise est de perdurer, nonobstant les rodomontades publiques auxquelles elle se livre à grand coup de surenchères dans l'ambition affichée ;
2) la paranoïa est nécessaire, pas suffisante : ce n'est pas une panacée dont le succès serait garanti.

Goûtons cependant ce singulier renversement : la paranoïa, maladie dans la vie courante, devient vertu immunisante, voire thérapeutique dans les affaires. C'est bien sûr de cette paranoïa salutaire que mon propos entend faire la promotion.

Mais de qui parle-t-on au juste ? Des entreprises, personnes morales ou non, qui naissent et meurent et (sur-)vivent entre ces deux bornes ? Ou des hommes – dirigeants et employés - qui y travaillent ? Et comment imaginer que des entreprises, qui ne sont que couples (produit ; marché), mutualisation de moyens matériels et humain, engagements réciproques et énergies tendues vers des objectifs, puissent ressentir de telles pathologies ? Oui, il s'agit bien d'entreprises, et c'est lorsque ses dirigeants, ses employés, ses procédures et sa culture sont paranoïaques que l'entreprise le devient elle-même par osmose. Les premiers symptômes apparaissent dès que, d'une façon continue et systématique, chaque signal est décrypté pour identifier les menaces sous-jacentes qu'il véhicule, induit ou laisse imaginer. Dès lors que face à ces menaces supposées ou réelles et à l'évaluation pessimiste d'une probabilité d'occurrence en découlant, une réponse appropriée exonérant des conséquences adverses est cherchée et le cas échéant implémentée (si elle est de nature préventive), le diagnostic de paranoïa est bien établi.

Soulevons cependant le problème de l'évident conflit d'intérêt : je puis être au service d'une entreprise, et m'identifier comme une menace interne pour celle-ci parce que nos intérêts respectifs peuvent diverger. Il est donc essentiel que la paranoïa déployée avec zèle par les associés, dirigeants et employés d'une entreprise le soit avec une réelle loyauté.

Rémy Mahoudeaux
Managing Director, RemSyx

boss@remsyx.com
www.remsyx.com

Mercredi 6 Avril 2011
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1.Posté par legros le 06/04/2011 11:41 | Alerter
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intéressant parallèle mais nul besoin de se réfugier dans la paranoïa : bien plus intéressante me parait l'approche des arts martiaux (gérer une entreprise n'est ce pas un combat permanent vis à vis de soi même et des forces externes ou internes susceptibles de mettre en danger nos équilibres les plus vitaux) et la mise en oeuvre du principe du zanshin (principe de vigilance extrême et permanent) seul susceptible de permettre la recherche des facteurs d'adéquation et de pénétration face à un milieu naturellement hostile ? revisiter l'ensemble des principes fondamentaux appris et maîtrisés dans le dojo et sur le tatami, voilà une école de réflexion positive qui permet de comprendre, de se renforcer, que ce soit individuellement ou collectivement !

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