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Abus de pouvoirs


Ce n’est pas l’amende infligée de 9 milliards de dollars. Ce n’est pas non plus qu’elle soit contrainte de licencier quelques cadres supérieurs accusés – au minimum – de négligence. Ni même la reconnaissance formelle de sa culpabilité, qui représente en soi un acte sans précédent. La plus grande banque française est effectivement en mesure d’assumer, et même de relativement bien digérer ces sanctions. En outre, du haut de ses 14’000 salariés aux Etats-Unis, BNP Paribas devait bien s’attendre à une expédition punitive de la part d’un gouvernement dont elle avait violé les lois. Il est, en revanche, moins sûr qu’elle se sorte indemne de sa suspension et de sa mise au ban des opérations de compensation en dollars – même provisoire -, si celle-ci est réellement décrétée par la justice new-yorkaise.



Michel Santi
Michel Santi
BNP Paribas pourra certes passer par d’autres canaux pour ses transactions en monnaie américaine et faire appel à des établissements financiers correspondants qui, eux, sont en mesure de lui fournir ce service, même s’ils en profiteront pour le lui faire payer plus ou moins chèrement. Il n’en reste pas moins que, pour un géant bancaire comme BNP Paribas, son exclusion du gigantesque et du fondamental réseau des transferts en dollars se révèlera lourd de conséquences qui affecteront rudement et, ce, non seulement ses finances, mais également et surtout sa réputation, sa fiabilité et sa crédibilité. En effet, priver BNP Paribas du privilège que lui confère sa taille de fournir ce type de services à ses clients – privés, sociétés, institutionnels mais également à d’autres banques de moindre importance – et la contraindre à en être réduite à sous traiter ces opérations constitue l’humiliation suprême. De nos jours et dans notre monde global, dans un contexte où les entreprises effectuent quotidiennement des transactions transfrontalières et transcontinentales, il est impensable qu’un mastodonte comme BNP Paribas en soit réduit à quémander la faveur de concurrents.

Au-delà de la connotation morale intolérable d’une telle sanction qui revient en outre à « punir l’avenir » pour des fautes relevant du passé (pour reprendre les termes de Michel Sapin sur France Info le 23 juin), les Etats-Unis devraient se montrer très prudents dans l’usage de leur monnaie comme instrument, voire comme arme, au service de leur vendetta financière. Dès lors qu’ils se servent d’un médium d’échanges censé être neutre – voire relevant aujourd’hui du patrimoine mondial – comme le dollar, qu’ils ne s’étonnent guère si certains pays s’appliquent à briser leur domination économique et financière. L’agacement, la colère et l’incompréhension sont effectivement légitimes quand une hyper puissance exploite ainsi à outrance les pouvoirs que lui offre la monnaie par excellence de réserves mondiales, et qui se trouve être la sienne.

De ce point de vue, la stratégie chinoise – qui promeut année après année son yuan dont les transactions ont bondi du reste de 50% l’an dernier – se doit d’être soutenue. Et comment ne pas comprendre la logique de l’attitude russe ayant pris la tête d’une cabbale anti-dollar pour avoir subi la coupure unilatérale du robinet des transactions en billets verts, après avoir abusivement annexé la Crimée. Les Etats-Unis d’Amérique cherchent-ils aujourd’hui à s’aliéner la France, ou font-ils le calcul (compréhensible) que la faiblesse extrême de son exécutif limitera considérablement ses réponse et marge de manœuvre ? En dépit de l’érosion lente, mais inéluctable, de son statut de monnaie de réserve mondiale (passé de 71% en 1999 à 61% en 2013 et qui devrait encore se tasser autour des 50% dans les dix ans à venir), le dollar américain conserve son rôle prépondérant dans le système financier mondial, du fait de l’importance inégalée du marché intérieur américain, grâce au traitement tellement liquide et diversifié de la dette américaine, et enfin par la force de son immense système bancaire.

Mais pas seulement! C’est le facteur crucial de la confiance qui fait que le dollar n’a, à ce jour, nul concurrent sérieux et digne de ce nom. En effet, s’il n’existe – aujourd’hui – nulle alternative au dollar, c’est que nous vivons et évoluons – depuis l’effondrement de Bretton Woods – dans un système monétaire intégralement bâti sur la bonne volonté de ses participants sachant que, à cet égard, le dollar est bien plus qu’une monnaie d’échange. Il est le symbole ainsi que la clé de voûte de la confiance ! Implosion de leurs valeurs technologiques en 2000, crise de leurs subprimes en 2007, cataclysme de leur crise du crédit en 2008: il devient – pour eux comme pour nous – vital qu’ils usent de modération car notre monde ne pourra traverser une nouvelle secousse – qui serait la quatrième en quinze ans! – sans conséquences financières et humaines incalculables.

Michel Santi
Economiste et Analyste Financier (indépendant)
www.gestionsuisse.com



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Mercredi 2 Juillet 2014
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