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The Independent et la honte suisse délivrée


A Paris comme à Londres, j’ai toujours été frappé de constater que, parmi mes connaissances, les commentaires les plus racistes et les plus catégoriques provenaient systématiquement des gens les moins informés et les plus éloignés des problèmes d’immigration, i.e. les plus riches.




David Laufer
David Laufer
Pourtant, le piquant de la chose n’est pas seulement dans le fait que les plus riches sont les plus terrorisés (et les plus malheureux ?), mais dans le côté inavouable de la chose. Comme cette amie qui ne m’avoua qu’après l’élection présidentielle de 1995, des mois plus tard, sans me regarder puisque je la transportais de nuit sur le porte-bagages de mon vélo rue de Grenelle, qu’elle avait voté Le Pen. Et je la ramenais chez elle, dans son appartement de 400 mètres carré, dans sa chambre aux lambris XIXe d’époque avec vue sur le Champ de Mars.

Cette honte, cette honte immense et compréhensible, n’étreint toutefois sa victime que tant qu’elle se sent minoritaire. Chirac avait gagné, mon amie avait donc perdu, adding insult to injury, comme disent les Anglais. Mais aujourd’hui 29 novembre 2009, le résultat de la votation contre les minarets qui offre à l’UDC une victoire historique et d’autant plus remarquable qu’elle était inattendue, cette victoire va probablement donner lieu à des débordements intéressants. C’est le mot-clé depuis quelques années maintenant : on va se décomplexer de voter UDC. On n’aura plus besoin de mentir aux sondeurs. Mais oui, on va enfin pouvoir être ouvertement et impunément raciste : joie !

Cette joie n’est pas sensible que par chez nous. Un tour d’horizon de la presse européenne m’en donne un aperçu fort instructif. Dans The Independent, pourtant pas très droitier d’ordinaire, les très nombreux commentaires des lecteurs à l’annonce des résultats suisses font état d’une sorte d’helvétolâtrie : la Suisse, seule démocratie dans le monde ; la Suisse, seule à se lever contre la barbarie ; la Suisse, modèle de liberté ; vive la Suisse, vive les Suisses ; si nous, en Angleterre, avions les mêmes droits que les Suisses, jamais les mosquées n’auraient pu voir le jour en telle quantité ; jamais les attentats de 2005 n’eurent été possibles, etc. Même ton dans le Figaro, où les quelques commentaires épouvantés par cet énorme écrasement populaire d’une minorité sont noyés dans des hurlements de bonheur. De bonheur décomplexé.

On peut conclure en disant que cette votation prouve, si c’était nécessaire, que l’économie gouverne vraiment tout et que si l’UDC veut gagner encore quelques initiatives, elle doit se dépêcher pendant que la récession et le chômage sont encore au menu. Mais ça ne répondrait pas à la question principale : pourquoi ces 10% ou plus de Suisses ont-ils eu tellement honte qu’ils ont menti à un sondeur anonyme et invisible ? Pour intrigante que soit cette question, il est inutile de formuler sa réponse. On n’a jamais honte sans savoir exactement pourquoi.

David Laufer
Partenaire expert CFO-news
www.cfo-news.com/index.php?action=annuaire&subaction=enter&id_annuaire=17005

Mardi 1 Décembre 2009
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