Thank you Mister Greg Smith


Votre confession publiée dans le New-York Times le 14 mars (1) ne nous apprend rien, Monsieur Smith : Ceux qui auront lu l'excellent livre de Marc Roche « La Banque » savaient déjà que votre fameux ex-employeur n'avait comme religion que l'argent, celui qu'il gagnait, et que la satisfaction de ses clients n'était qu'un accessoire pratique mais pas vraiment essentiel. Votre témoignage ne fait que confirmer de l'intérieur ce qui transpirait depuis longtemps. En vous lisant, vous m'avez fait me souvenir d'un livre d'Arthur Koestler, le Zéro et l'Infini (Darkness at Noon, 1941), lu jadis, et qui dépeignait une histoire de procès politique stalinien où l'aboutissement idéal est l'autocritique publique du prévenu. Relire Koestler serait un plaisir et un luxe. Mais la repentance n'a pas toujours bonne presse, et je n'ai aucune autorité pour juger la façon dont vous gérez l'évident conflit de loyautés auquel vous faites face.




Rémy Mahoudeaux
Rémy Mahoudeaux
Ainsi donc, la culture et les valeurs de votre ex-employeur auraient sombré en une vingtaine d'années. La loyauté qu'un banquier doit à son client ne serait devenue qu'une façade d'un village Potemkine. Ce n'est pas la première ni probablement la dernière fois que je m'érigerais contre ce « form over substance » ambiant qui pollue le monde moderne, et pas seulement la finance.

Ainsi donc, la maximisation des profits de La Banque justifierait le sacrifice du win-win, cet idéal du commerce où chacune des parties admet, à force de concessions, que le partage ex ante des risques, droits, devoirs et rémunérations est a priori équitable.

Mais permettez moi d'émettre un doute : lorsque vous avez été recruté, les banques en général, et certainement La Banque aussi, n'étaient pas les altruistes scrupuleux que vous tentez de dépeindre. La duplicité – cupidité n'est pas un problème récent, et la subrogation des intérêts du client à ceux de son établissement financier n'étaient pas moins à l'ordre du jour jadis que maintenant. Le curseur a peut-être aujourd'hui une course plus grande, c'est tout. Auriez-vous été naïf à l'époque ?

Je vous rejoins sur le caractère suicidaire de cette vision de la relation client-fournisseur. Mais il semblerait que ce suicide soit très lent. La logique de réseau, cette infection virale qui fait que de cooptation en copinage, suffisamment de décideurs « acquis » soient assez disséminés et assez redevables pour faire continuer de faire vivre La Banque est sans nul doute la clef de voute de cette organisation.

Mon questionnement est plus radical : quelle réponse devrait apporter un régalien pouvoir (2) quand une banque a aidé son client dans une entreprise de tromperie éhontée, puis a outrageusement profité de cette asymétrie d'information (3) pour spéculer contre ce client ? La réponse est évidente à toute personne disposant d'un minimum de jugeote : suspension immédiate de toute licence d'activité bancaire jusqu'à ce qu'une décision judiciaire vienne sanctionner ces comportements qui me semblent relever du délit d'initiés et de la manipulation de marché. Au lieu de cela, des ex-salariés de la banque, dont rien ne laisse préjuger qu'ils seront déloyaux envers leur précédent employeur sont nommés à la faveur de la crise à des postes de très haute responsabilité.

Something is rotten in the state of finance. And also politics. (4)
Shall Heaven direct it ?


(1)lien vers l'article du New-York Times : www.nytimes.com/2012/03/14/opinion/why-i-am-leaving-goldman-sachs.html?_r=2&scp=1&sq=greg%20smith&st=cse
(2) Ou un cartel de ces mêmes régaliens
(3) Les chinese walls étaient en fait des chinese holes
(4) Parodie de William Shakespeare, Hamlet, acte I scène 4

Rémy Mahoudeaux
Managing Director, RemSyx
Mail : boss(at)remsyx(dot)com
 
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Bonne lecture !

Vendredi 16 Mars 2012
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