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Raymond Torres, Directeur de l’Institut international d’études sociales du BIT


Raymond Torres, Directeur de l’Institut international d’études sociales du BIT, répond à queques questions au sujet de la crise actuelle de l’emploi et de la manière dont les politiques de travail décent pouvaient traiter cette crise.




Quelle est la situation du marché du travail aujourd’hui ?

Raymond Torres
Raymond Torres
Depuis le déclenchement de la crise financière, la situation du marché du travail dans la plupart des pays s’est considérablement détériorée, avec des millions de travailleurs qui ont perdu leur emploi au cours des 18 derniers mois, et la conjoncture continue de se détériorer. En fait, les effets globaux de la crise continuent de se déployer et l’OIT s’attend à ce que le chômage augmente encore cette année. Dans le même temps, les entreprises sont sous pression et les faillites se multiplient. L’emploi vulnérable augmente aussi et pousse davantage de personnes dans la pauvreté. Autre fait préoccupant, la perspective de pénurie d’emplois s’aggrave: en 2009, le taux de croissance de l’emploi mondial devrait se situer autour de 0 à 1 pour cent seulement. Certaines régions – y compris les pays les plus développés – devraient même connaître une contraction de l’emploi cette année. Dans ce contexte, il nous faut toujours créer au moins 300 millions d’emplois à l’échelle mondiale au cours des cinq prochaines années, ne serait-ce que pour contenir le chômage à son niveau d’avant la crise.

Dans certains secteurs, il semble que nous puissions voir les premiers signes de la reprise économique. Croyez-vous que le pire soit derrière nous ?

Il y a peut-être quelques signes de reprise – «les témoins passent au vert» comme l’on dit –, une évolution dont on ne peut que se réjouir. Mais la puissance et le calendrier de la reprise sont encore bien incertains. De même, il est indispensable de bien faire la distinction entre reprise économique et reprise du marché du travail. Si l’on en croit les crises précédentes, nous savons que l’emploi ne retrouve son niveau d’avant crise que quatre à cinq ans après la reprise économique, en moyenne. Le chômage de longue durée qui s’installe est très difficile à inverser, et il faut du temps pour que les salaires des travailleurs retrouvent leur niveau antérieur. Ajoutés les uns aux autres, tous ces éléments convergent vers une crise mondiale de l’emploi qui persistera au cours des prochaines années – sauf si une action concertée est menée pour créer de nouveaux emplois et sauvegarder l’emploi actuel.

Qu’en est-il de la protection sociale ?

Avec la hausse du chômage, des millions de nouveaux travailleurs perdent leur protection sociale. Ce problème est particulièrement aigu dans les pays en développement où la protection sociale est souvent minimale, mais même dans les économies émergentes et dans certains pays développés, la couverture est limitée dans plusieurs secteurs. Selon la base de données sur la protection sociale du BIT, le nombre de personnes qui perçoivent une allocation chômage a augmenté de 53 pour cent en moyenne, entre mai 2008 et février 2009, sur un échantillon de 19 pays émergents ou industrialisés. Dans les pays de l’OCDE, y compris les Etats-Unis, les fonds de pension privés ont perdu en moyenne plus de 20 pour cent de leur valeur en 2008. Mais il faut garder à l’esprit que, pour les quatre cinquièmes du reste du monde cependant, ce n’est pas le problème parce qu’ils n’ont aucune sécurité sociale ni prestation de chômage.

Pourtant des plans de relance ont été mis en place dans un certain nombre de pays; ces mesures ne marchent-elles pas ?

La plupart des gouvernements des pays développés ont mis en place une double approche pour promouvoir la reprise de l’économie et de l’emploi: ils ciblent la demande globale par des mesures de relance budgétaire et des taux d’intérêt bas; et ils ciblent le secteur financier pour retrouver l’équilibre budgétaire et restaurer la disponibilité du crédit. En avril 2009, 32 pays avaient annoncé des mesures de relance budgétaire (sur un panel de 40 pays étudiés par le BIT). Environ 2 milliards de dollars ont été engagés à l’échelle mondiale – dont près de 90 pour cent par des nations du G20. Les dépenses prévues pour 2009 représentent environ 1,4 pour cent du PIB mondial – nettement moins que les 2 pour cent d’efforts de relance préconisés par le FMI. Or la conjoncture économique pour 2009 et 2010 s’est détériorée de manière significative depuis que ces mesures ont été élaborées et mises en œuvre. En outre, les politiques sociales et d’emploi ne représentent que 10 à 15 pour cent des plans de relance totaux. S’il est louable que les pays aient annoncé et mis en place des efforts de relance, il faut mettre davantage l’accent sur les mesures sociales et d’emploi afin de prendre en compte la dimension humaine de la crise et d’atténuer ses répercussions sur les individus et leurs familles.

Comment tout cela affecte-t-il les individus et les sociétés ?

Nous avons déjà constaté des signes de troubles sociaux liés au malaise économique généré par la crise. Les conséquences en termes de bien-être personnel et familial, de cohésion des sociétés, de stabilité des nations et de crédibilité de la gouvernance nationale et multilatérale, sont incalculables. Nous n’avons pas accordé suffisamment d’attention à cette réalité humaine dans l’élaboration des stratégies. Notre approche de la crise doit comporter un sens élémentaire de la solidarité au sein et entre les pays et doit accorder assez d’attention à la dimension humaine, comme l’a demandé le G20 de Londres.

Quelles sont les propositions de l’OIT qui doivent être examinées par la Conférence internationale du Travail ?

Nous devons d’urgence nous concentrer sur deux objectifs principaux: la création d’emplois et la protection sociale. Ces deux éléments doivent être au cœur des efforts de reprise. Ils constituent les fondements du Pacte mondial pour l’emploi que le Directeur général du BIT soumet à la discussion lors de cette Conférence annuelle. Comme l’a déclaré le Directeur général dans son discours d’ouverture de la Conférence (le 3 juin), un Pacte mondial pour l’emploi implique un engagement de la part des Membres tripartites de l’OIT pour faire de l’emploi et de la protection sociale la colonne vertébrale de toutes leurs politiques économiques et sociales. Cela suppose de s’attaquer à la crise avec une vision productive guidée par l’investissement et les entreprises, la protection sociale et la création d’emplois, et de s’accorder sur des approches stratégiques communes, pouvant éventuellement conduire à des programmes nationaux et internationaux.

Que va-t-il se passer maintenant ?

Nous sommes à la croisée des chemins. La Conférence va débattre de ces questions – le Sommet de l’emploi du 15 au 17 juin se fera l’écho de chefs d’Etat et de gouvernement, de vice-présidents, de ministres du travail, de dirigeants syndicaux et patronaux et d’autres experts de haut niveau dans le domaine de l’économie et de l’emploi. Mais au final, le Directeur général a été très clair sur ce point, tout dépendra du succès des politiques économiques et sociales d’ensemble et des plans de relance adoptés par les pays, ainsi que du fonctionnement du secteur financier. Notre tâche la plus urgente est de façonner un accord tripartite solide qui réponde à la crise par le travail décent. Nous pensons que placer les individus au premier plan doit être la priorité.

Dimanche 21 Juin 2009
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