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Publications trimestrielles 2010 et météo : à quoi faut-il s'attendre ?


Il suffit de taper sur un moteur de recherche les mots « communiqué financier » ou « chiffre d'affaires » et « conditions météorologiques » pour constater à quel point la météo semble impacter la performance des entreprises cotées : Bonduelle, Carrefour, Casino, Colas, Mr Bricolage, EDF, Imeryx, Lafarge, Kesa Electronics, Rhodia, Saint-Gobain, Etam, Compagnies des Alpes, Bayer, Danone, GDF-Suez, et la liste est loin d'être exhaustive. Toutes ces entreprises ont au moins une chose en commun : leurs documents de références ou leurs communiqués financiers des trimestres précédents font état de conditions météorologiques, en général défavorables, qui justifient la performance financière publiée.




Publications trimestrielles 2010 et météo : à quoi faut-il s'attendre ?
Jusqu'à présent, peu d'actionnaires ou d'analystes se sont intéressés aux conséquences financières de la météo sur une entreprise ou un secteur donné. Mais les temps changent, pour au moins trois raisons : la première, c'est qu'on sait désormais quantifier précisément la part de la performance d'une entreprise ou d'un secteur expliquée par la météo ; la deuxième, c'est qu'il possible de gérer le risque météo pour diminuer la volatilité des résultats, soit opérationnellement, soit à l'aide d'outils financiers ; enfin, troisième raison, et pas des moindres, la crise a renforcé le besoin de transparence et d'information : l'actionnaire veut tout savoir. Il en a acquis le droit en investissant dans l'entreprise. L'entreprise lui dit à quels risques il s'expose dans la rubrique « facteurs de risque » du rapport annuel, et l'actionnaire évalue son rendement par rapport aux risques encourus. S'agissant par exemple des risques de marché (change, taux d'intérêt, matières premières), les normes comptables imposent à l'entreprise de publier les conséquences des variations de marché sur sa performance. Et côté météo ? Pas grand-chose, ou pour ainsi dire rien dans la rubrique des « facteurs de risques », et encore moins sur la part de la performance positive ou négative expliquée par la météo. Pourtant, ces commentaires sur le lien entre météo et performance sont bel et bien présents dans les rapports de gestion. Alors info ou intox ? Sans aucun doute info ! La météo n'est pas une carte joker que les dirigeants d'entreprise sortent opportunément pour masquer les véritables raisons de résultats décevants. A leur décharge, comme souvent lorsqu'il s'agit d'innovation, la règlementation sur quoi dire, quoi publier ou comment le publier tarde à venir.

Il ne faut pourtant pas sous-estimer le changement qui s'opère : les entreprises leader, celles qui disposent notamment d'un « comité de performance », sont en train de travailler en toute discrétion à l'intégration de la météo dans le pilotage de leur entreprise. Il s'agit d'identifier et de quantifier les variables météorologiques (températures, précipitations, ensoleillement...) dont les variations ont un impact financier - positif ou négatif - sur la performance. Avant les autres, elles se sont posé les bonnes questions : est-ce que la météo affecte la performance de l'entreprise ? Quelle est la part de la performance qui est due à l'impact de la météo ? Quel aurait été le résultat hors effet météo ? Quelles sont les hypothèses météo à retenir pour le prochain trimestre, le prochain budget ? Quels sont les scenarios possibles ? Que faut-il communiquer ? Faut-il diversifier l'offre, changer les méthodes de gestion, transférer une partie des risques météo ?

L'année 2010 va leur donner raison ! Il y a quelques jours, METNEXT, leader de la gestion des risques météorologiques, rendait publique une étude chiffrant à 380 millions d'euros l'impact de l'épisode neigeux de fin d'année sur le seul secteur de la grande distribution. Nul doute que bien d'autres secteurs d'activité ont été impactés par les aléas météo du mois de décembre : les secteurs du textile, des transports, ou encore de l'entretien des réseaux routiers, sont sans doute parmi ceux pour lesquels il faut s'attendre à des résultats en baisse sur le mois. D'autres secteurs, au contraire, devraient bénéficier des conditions plus froides et plus humides que la normale. Les commerces de proximité, bien entendu, mais aussi les entreprises de distribution par internet, ou le secteur de l'énergie sont parmi les bénéficiaires potentiels des aléas du mois de décembre.

Pour l'actionnaire, essayer de savoir si l'entreprise qu'il détient a bénéficié ou au contraire a été pénalisée par les conditions météorologiques sur l'année complète est bien plus compliqué. D'une part, il faut qu'il sache ce qu'ont été les conditions climatiques sur l'année fiscale. Météo France a récemment publié les caractéristiques 2010 pour la France: une température inférieure de 0,3°C aux normales, alors que toutes les années depuis 1999 ont été au-dessus des normales (approximativement entre 0,5°C et 1,5°C chaque année) ; des précipitations globalement inférieures aux normales, encore qu'elles soient excédentaires à l'est et dans le sud ; enfin un ensoleillement cumulé globalement supérieur aux normales (supérieur à l'ouest, conforme pour le reste de la France). D'autre part, il faut aussi que l'actionnaire soit capable d'interpréter les données météo pour l'entreprise concernée. Et ça, seule une étude de météo-sensibilité, c'est-à-dire une étude qui évalue l'impact spécifique de la météo sur le CA et les résultats de l'entreprise, le permet. Une telle étude est menée soit par l'entreprise si elle a les compétences en interne, soit par une entreprise dont c'est le métier. C'est le cas de METNEXT. Sans cette étude, l'actionnaire n'est pas en mesure de déterminer si 2010 a été « météorologiquement » favorable ou non, et quelle est l'importance de la météo dans les résultats de l'entreprise...D'ailleurs, de la même manière, pour que les entreprises soient en mesure de dire que les conditions météorologiques ont été défavorables, il n'y a qu'une étude de météo-sensibilité pour pouvoir l'affirmer ! Dans quelques semaines, les premiers résultats trimestriels et annuels vont tomber. On verra alors quelles sont les entreprises qui se sont posé les bonnes questions...

Par Jean-Louis Bertrand

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Vendredi 11 Mars 2011
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