Quotidien finance innovation, innovation financière journal
Financial Year with Finyear
 
 
 
 


              

Prop Trading : le phoenix des activités de marché ?


Par Dominique PENEAU-GERBAUX, Managing Partner chez Wight Consulting et Benoît Durand, Senior consultant (Case Leader) chez Wight Consulting




Crise des dettes souveraines : un réveil brutal pour la BFI

Entre le mois de décembre 2007 et décembre 2011, la Deutsche Bank aura vu baisser son ROE de 10% (soit 1000 points de base) variant ainsi de 18% à 8 % (1). Cette chute s’explique, comme pour ses homologues européens par une forte volatilité des marchés financiers, à laquelle s’ajoute une pression réglementaire croissante.

La conjoncture économique fébrile de 2011 est due en partie à la crise de la zone euro. Cette crise des Etats a affaibli en premier lieu la sphère financière européenne, en « stressant » une nouvelle fois le modèle de banque universelle. L’agence de notation S&P vient de nouveau dégrader la note de 9 pays de la zone euro, dont la France ainsi que le fonds européen de solidarité financière. D’ailleurs, Augustin de Romanet n’hésite pas à mentionner l’expression des « 30 douloureuses » pour décrire le climat économique actuel.

Dans ce cadre, les banques qui ont engagé dès le début 2012 des plans d’adaptation et élargi leur gouvernance en créant des «executive board», continuent de porter leurs efforts sur la sécurisation des revenus, la stabilisation des parts de marché et la conquête de nouveaux territoires de croissance.

En outre, le renforcement de la régulation financière, en Europe et outre-Atlantique, contraint depuis juillet 2011, les banques à faire évoluer leur modèle de revenus et in fine moduler l’équilibre actuel des volumes de leurs activités de banque de détail et banque de financement et d’investissement.

Le rideau réglementaire enveloppe les marchés européens et nord-américains

Les réformes bancaires se poursuivent à grande allure aux Etats-Unis et en Europe. Sur la forme, elles se distinguent mais sur le fond ces réformes visent les mêmes objectifs : renforcement de la solvabilité financière des établissements bancaires, une réduction drastique des activités spéculatives ainsi qu’une protection pérenne des dépôts clientèles. Cette vague réformiste a d’abord touché les Etats-Unis en juillet 2011 avec le vote puis l’application de la règle Volcker issue du Dodd-Franck-Act (DFA). Cette règle prévoit une séparation entre les activités de Prop Trading et de clientèle. Les établissements américains ont anticipé l’application de cette règle et ont fermé leurs unités de Prop Trading (Actions). Cette règle, dans son application stricte, n’a pas encore trouvé échos en Europe et nourrit actuellement un débat plus profond sur la séparation des activités de banque de dépôts et banque d’affaire, c’est d’ailleurs une des questions essentielles à laquelle doit répondre le rapport de régulation financière européen sous l’égide de Michel Barnier et qui sera publié au cours de l’été 2012.

A contrario, d’autres règles proposées en Europe émergent du rapport Vickers et pourraient être adoptées d’ici 2019 au Royaume-Uni. La proposition majeure du rapport prévoit une sanctuarisation des dépôts de clientèle afin de protéger le contribuable en cas de crise avérée. Cette alternative pourrait convaincre l’U.E. A ce stade, la révision de Mifid II et Emir s’inspirent plus nettement de la régulation américaine D.F.A.

Le coeur de ces réformes opérationnelles affecte particulièrement la banque de financement et d’investissement et pénalise l’activité de trading. Les accords de Bâle III visent un relèvement significatif du ratio des fonds propres : en théorie, le ratio est de 7% alors qu’en pratique, les banques observent déjà un ratio de 9%. Ce ratio pénalise l’activité de trading plus consommatrice de fonds propres et déjà soumise aux aléas du marché avec une pondération du risque majorée. Autre point réglementaire, la directive Mifid II instaure la mise en place de règles prudentielles sur un nouveau type de trading : trading haute-fréquence et algorithmique. Enfin, la politique de rémunération des opérateurs de marché a également subi un lifting conséquent dans le cadre de l’application de la directive CRD III. En effet, deux nouveaux principes sont entrés en vigueur en 2011 : 50% de la rémunération variable doit être constituée en actions ou dérivés actions et 40-60% des indemnités variables sont différées sur une période de 3 à 5 ans. L’enjeu est simple : réduire le lien entre la prise de risque et le niveau de rémunération. Ces principes découragent la prise de risque ponctuelle et non raisonnable au profit d’une performance de trading qui s’inscrit dans la durée. L’ensemble de ces mesures modifie substantiellement l’activité de trading qui doit désormais se conformer aux nouvelles règles réglementaires.

L’Asie : nouvelle terre d’asile pour les activités de marché

Les établissements bancaires européens et américains doivent désormais conjuguer avec la pression réglementaire. A ce stade, les lots de contraintes réglementaires ont eu pour effet principal une restructuration des principales banques de place (Goldman Sachs, Morgan Stanley, Citigroup, Deutsche Bank, BNP Paribas, Royal Bank of Scotland, Société Générale…)

Pour répondre aux exigences réglementaires, ces banques ont mené depuis le début de l’année des plans d’adaptation qui visent un allégement de leur bilan par la cession d’actifs non stratégiques ou peu rentables. Le coût total de la mise en oeuvre de ces plans n’est pas à ce stade chiffré mais ce qui semble se dessiner c’est une réorganisation profonde des banques. Dans cette perspective, la place et le rôle de l’activité de trading au sein de la BFI évoluent.

Les banques exposées aux dettes souveraines ont perdu leur position de leader sur plusieurs marchés (financement de projets, dérivés actions, leasing aéronautique,…) Désormais affaiblis par cette crise, les établissements européens doivent repenser leur stratégie d’autant plus qu’ils souffrent toujours d’un asséchement des financements à court terme en dollar des fonds monétaires américains.

A contrario, les banques asiatiques profitent aujourd’hui des effets collatéraux de la crise européenne. Les banques asiatiques, à l’image de la banque japonaise (Sumitomo Mitsui) ou banque malaysienne (CIMB), achètent des actifs cédés par des banques européennes, en pleine restructuration. Ces opérations permettent aux banques asiatiques de compléter ou consolider leur portefeuille d’activités : rachat d’activités de marché de capitaux et actions, services de conseil en fusions-acquisitions, leasing aéronautique… (2). Ces banques prospèrent à l’écart du radar réglementaire et bénéficient de trois atouts majeurs : capacité de l’Asie à accueillir les capitaux étrangers, engagement dans la couverture de risques financiers et enfin la possibilité de s’appuyer sur des places financières robustes (Singapour, Hong Kong,..)

Dans un classement publié en Février dernier par la plateforme Dealogic, on compte deux banques asiatiques China International Capital Corp (3% des parts de marché) et Pin An Securities (2,4%) parmi les 10 premiers « bookrunners » sur les marchés de capitaux et actions asiatiques.

Pour ces différentes raisons, l’Asie accueille une partie des activités non régulées et ou excessivement régulées en Europe et aux Etats-Unis. Cette tendance devrait encore se poursuivre car même si plusieurs pays asiatiques dont la Chine, la Malaisie, participent au Programme d’évaluation du système financier (PESF) du FMI, et acceptent une évaluation périodique de leur système financier (tous les 5 ans), l’évolution du cadre réglementaire des pays asiatiques se poursuit à un rythme encourageant mais non suffisant par rapport aux régulateurs américains et européens, comme le souligne un rapport d'évaluation détaillé sur le système bancaire chinois publié le 5 avril par le FMI.

L’innovation technologique au coeur des salles de marché : va-tout des banques américaines et européennes

L’environnement du négoce ne cesse d’évoluer et connait aujourd’hui un virage technologique avec le développement du trading algorithmique et haute-fréquence. La complexification des opérations financières, des marges en baisse et la sophistication des produits financiers en raison de la mondialisation des activités de marché, rendent attractifs ces nouveaux automates de trading qui présentent plusieurs atouts.

Ces automates permettent de traiter en continu sur les marchés quels que soient les fuseaux horaires et d’exploiter chaque opportunité du marché. En outre, les robots industrialisent les tâches sans aucune valeur ajoutée et optimisent les phases d’analyse du marché. Plusieurs BFI ont déjà, à l’image de Goldman Sachs, conçu de tels robots capables de cloner une stratégie de trading ou de choisir un algorithme en fonction d’une stratégie de trading prédéfinie.

Cette avancée technologique constitue une nouvelle réponse aux marchés financiers où le niveau de transactions électroniques a crû de manière exponentielle ces 2 dernières années. Leur capacité de calcul peut être très utile sur des marchés de plus en plus volatils. Cependant cette réponse modifie in situ la configuration de la salle des marchés (taille, fonctions) et les règles de trading (communications vocales, processus) afférentes et doit s’accompagner d’un niveau de contrôle permanent (points de contrôle).

C’est pourquoi, l’ESMA (European Securities and Markets Authority) préconise dans son rapport final publié au mois de février, une série de recommandations qui visent à réguler le trading algorithmique et haute-fréquence. Ces recommandations prendront effet en mai : la mise en oeuvre de contrôles antérieurs à la négociation pre-trade avec la possibilité de limiter le nombre d’ordres par intervenant, la gestion des risques pour prévenir tout ordre erroné, l’arrêt des transactions en cas de fortes variations des prix…

Malgré une régulation imminente de ce nouveau visage du trading, il représente encore aujourd’hui un nouvel outil qui renforce la compétitivité des banques européennes et américaines. Car si le trading algorithmique n’a représenté que 0,6% des transactions boursières en Chine en 2011, la raison est simple : les algorithmes utilisés sur le vieux continent et outre-Atlantique ne peuvent fonctionner en raison de la localisation, de la vitesse d’exécution et de la réception de données différentes.

La modification de la configuration de la salle de marché induit de nouveaux enjeux relatifs à la performance des contrôles, à la surveillance automatisée et continue de la salle. Dans cette perspective, le trader peut jouer un rôle prépondérant aux côtés des équipes risques et informatiques. Sa connaissance et expérience des marchés est un atout pour pallier aux risques éventuels d’une robotisation non contrôlée du trading.

Ces dernières années, la croissance des salles de marché a multiplié par deux au minimum le nombre des effectifs risques dédiés à la salle de marché et mis à contribution de manière systématique les équipes informatiques sur des projets de solutions internes visant à réduire les risques. La gestion des risques ou encore l’audit interne compte désormais dans ses rangs de plus en plus d’anciens opérateurs de marché, qui participent activement à plusieurs types de mission Amont avec l’évaluation des risques d’exposition intra-Day et vérification de la solvabilité des contreparties et des missions Aval avec la suivi des contrôles internes issus du règlement n°97-02, notamment celui qui stipule que le résultat économique d’une salle de marchés doit être contrôlé chaque jour par un service indépendant du Front Office.

Gestion alternative : nouvel el dorado pour les ex-traders BFI ?

L’application en Juillet 2011 de la règle Volcker aux Etats-Unis a engendré la fermeture d’unités de trading pour compte propre actions au sein de BFI prestigieuses (Morgan Stanley, Citigroup, Goldman Sachs,…) et provoqué le transfert de traders vers la gestion alternative, un marché porteur puisqu’une étude de Barclays, publiée début 201, évalue ce marché à 80 milliards de dollars d’encours pour cette année.

Là où certaines banques ont préféré loger l’activité de trading au sein de leur filiale de gestion d’actifs pour y réaffecter leurs équipes de trading, d’autres établissements ont misé sur un renforcement de leurs unités de prop trading obligataire (debt Securities) non soumises à la réglementation et ont proposé à d’anciens prop traders de rejoindre leur pôle Coverage.

Les fonds d’investissement profitent du «mercato» des traders, à l’image du fonds Kravis Kohlberg Roberts qui a débauché une équipe d’anciens traders de Goldman Sachs, pour renforcer son pôle de gestion d’actifs. La gestion alternative, devenue indispensable à la diversification des portefeuilles longs et à la recherche de rendements décorrélés des marchés principaux, peut désormais s’appuyer sur ces nouvelles ressources pour continuer de développer des techniques financières innovantes et efficientes pour le bénéfice de leurs clients.

Les traders contribuent à élargir la palette d’activités des Hedge Funds, qui pourraient assez rapidement être en position de concurrencer les BFI sur leur terrain. L’augmentation du niveau d’activité des fonds devrait à terme mécaniquement induire au sein de ces petites structures la mise en place de dispositifs de gestion des risques et contrôle interne plus robustes et analogues à ceux développés en BFI.

La Directive sur les fonds d’investissement alternatifs (« AIFM ») qui entrera en vigueur en juin 2013, jette les bases d’une refonte plus radicale de la réglementation concernant la gestion et la commercialisation de fonds au sein de l’U.E.

Aussi, cette directive concerne pas moins de 15000 fonds et pourrait d’ici son application raviver le spectre d’une régulation financière des Hedge Funds…

Un temps décrié, le Prop Trading prend aujourd’hui de nouvelles formes et connait une innovation technologique majeure notamment avec le développement d’automates. Un certain nombre de banques se sont réorientées vers le trading de services clientèles. Le trading propriétaire entame une nouvelle vie au sein de la Gestion Alternative avec l’arrivée d’anciens traders des BFI prestigieuses. L’activité croissante des Hedge Funds et plus largement le gonflement du shadow banking commencent à agiter la sphère financière. La régulation du shadow banking sera-t-elle le prochain cheval de bataille du Régulateur ?

(1) Source : Ycharts.com
(2) Source : Japan's Sumitomo buys RBS aircraft leasing arm for $7.3 bn (AFP-Jan 16, 2012) CIMB acquires RBS bank's Asia assets (AFP- Apr 2, 2012)

Mardi 29 Mai 2012
Notez




Nouveau commentaire :
Twitter

Your email address will not be published. Required fields are marked *
Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Recevez la newsletter quotidienne


évènements


Lettres métiers


Livres Blancs




Blockchain Daily News