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Prix du pétrole : A moyen terme, les cours ne devraient pas baisser


Par Thierry Bortslap, gérant chez Dexia Asset Management, expert du secteur de l'énergie.




Prix du pétrole : A moyen terme, les cours ne devraient pas baisser
Le cours du pétrole a toujours fait l’objet de fortes fluctuations qui ne reflètent pas nécessairement les perspectives d’évolution de l’offre et de la demande.

- Comme beaucoup d’autres pays de l’OPEP, l’Arabie saoudite a besoin d’un prix du pétrole d’au moins 85 dollars pour éviter des problèmes budgétaires
- La forte corrélation entre la consommation de pétrole et la progression du bien-être, aura comme conséquence de faire tripler la consommation d’énergie en Chine au cours de la prochaine décennie.
- L’Afrique apparaît de plus en plus comme un nouvel Eldorado, avec la découverte d’importants gisements de pétrole et de gaz.
- Le dernier rapport de l’Agence Internationale de l’Énergie montre que l’offre et la demande sont, pour l’instant, relativement en équilibre.

Prix du pétrole : A moyen terme, les cours ne devraient pas baisser

Prix du pétrole : A moyen terme, les cours ne devraient pas baisser

Le cours du pétrole a toujours fait l’objet de fortes fluctuations qui ne reflètent pas nécessairement les perspectives ’évolution de l’offre et de la demande. Les fluctuations à court terme masquent souvent les facteurs déterminant l’évolution à long terme du cours comme:
- le coût des nouveaux projets ;
- l’équilibre budgétaire des pays producteurs de pétrole ;
- les évènements majeurs comme la catastrophe nucléaire au japon ou encore
- les tendances démographiques à long terme.

Des prix pétroliers en tenailles entre la peur et l’anxiété
Après avoir démarré l’année sur les chapeaux de roue avec un bond de 105 à 125 dollars le baril, le cours du brent a vu son prix s’éroder en moins de six semaines :
- Sur fond de retour de la crise de l’euro.
- Mais le ralentissement de la croissance mondiale a assombri davantage encore les perspectives, ravivant la crainte d’une nouvelle baisse importante des cours pétroliers.

Lorsqu’il y a quelques semaines, l’Iran annonça qu’il était prêt à entamer des négociations sur le développement de son programme nucléaire, c’est un autre pilier important du cours de l’or noir qui a vacillé. L’éventualité d’une pénurie soudaine de pétrole s’effaçant.

Depuis fin février, le cours du pétrole reste relativement stable parce que les Saoudiens ont affirmé qu’ils compenseraient par une hausse de leur production toute pénurie provoquée par des sanctions à l’encontre de l’Iran.

Des prix élevés garants d’une stabilité budgétaire des pays producteurs
Joignant l’acte à la parole, les Saoudiens ont, l’année dernière, augmenté leur production d’un million de barils, qui est ainsi passée à 10 millions de barils par jour, ce qui est largement suffisant pour compenser l’impact des sanctions contre l’Iran. Pour les deux dernières années, l’augmentation de la production pétrolière saoudienne s’élève même à 2 millions de barils, soit une progression d’environ 25 %.

Nous ne pensons pas que les Saoudiens augmenteront davantage leur production. Non seulement parce que, durant ces 35 dernières années, la production saoudienne n’a jamais dépassé (ou de très peu) les 10 millions de barils par jour, mais aussi parce qu’un prix du pétrole trop bas les obligerait à faire d’importantes restrictions. Comme beaucoup d’autres pays de l’OPEP, l’Arabie saoudite a besoin d’un prix du pétrole d’au moins 85 dollars pour éviter des problèmes budgétaires (voir Illustration 3). Le ministre saoudien du pétrole a également déclaré qu’il aimerait voir le cours du pétrole se stabiliser aux alentours de 100 dollars le baril, tandis que les chiffres du mois de mai montrent qu’entre-temps, l’Arabie saoudite a ramené sa production à 9,8 millions de barils.

Illustration 3 : Production de pétrole par pays par rapport au point d’équilibre budgétaire.
Pour assurer l’équilibre budgétaire des pays producteurs de pétrole, le cours du pétrole doit se situer aux alentours de 85 dollars le baril (source : Total)

Prix du pétrole : A moyen terme, les cours ne devraient pas baisser

De nouvelles découvertes, facteur d’expansion des réserves
Pour le secteur pétrolier, l’Afrique apparaît de plus en plus comme un nouvel Eldorado, avec la découverte d’importants gisements notamment au Ghana, en Ouganda, au Kenya, en Tanzanie et au Mozambique. Outre les grandes compagnies pétrolières comme Statoil, Anadarko, ENI et BG, de nombreuses sociétés d’exploration de taille plus réduite sont, elles aussi, très actives en Afrique. La surenchère entre Shell et la compagnie pétrolière thaïlandaise PTT pour le rachat de Cove Energy, active au Mozambique, témoigne de l’intérêt croissant que suscitent les réserves de pétrole et de gaz du continent africain. L’Afrique de l’Est semble très prometteuse, elle aussi, aux yeux de sociétés d’exploration en quête de réserves de gaz. Étant donné sa situation géographique, cette région présente un attrait
particulier en tant que fournisseur de gaz pour des clients asiatiques comme la Chine et le Japon par exemple.

Au lendemain de la catastrophe nucléaire de Fukushima, le Japon a décidé d’augmenter de 15 % ses importations de gaz naturel liquéfié (GNL). La mise à l’arrêt de tous les réacteurs nucléaires décidée par le gouvernement japonais a provoqué d’importantes fluctuations sur le marché du GNL, accompagnées d’une envolée des prix. Shell anticipe une hausse de la demande de GNL de 166 % entre 2011 et 2020, une estimation qui reste encore inférieure aux prévisions de l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE). D’ici 2025, le gaz devrait satisfaire 25 % des besoins énergétiques de l’Inde contre 10 % à peine aujourd’hui, tandis que la Chine envisage de recourir davantage au gaz naturel en remplacement du charbon, plus polluant. L’on peut donc s’attendre à une évolution particulièrement soutenue de la demande.

L’évolution démographique mondiale, un autre facteur de soutien
La courbe de croissance escomptée de la consommation chinoise de pétrole par habitant (en noir) implique une augmentation, à terme, de 20 % de la demande mondiale.
La tendance démographique constitue un autre soutien majeur du cours du pétrole. Étant donné la forte corrélation entre la consommation de pétrole et la progression du bien-être, l’on peut anticiper un triplement de la consommation d’énergie en Chine au cours de la prochaine décennie, si ce pays suit une voie de croissance similaire à celle de la Corée et de Taïwan par exemple.

Les mesures d’économies d’énergie ne pourront que freiner cette progression, comme le montre l’évolution de la consommation aux États-Unis, qui est restée stable ces dernières années malgré les améliorations apportées sur le plan de l’efficience énergétique. Le ralentissement récent de la croissance de la demande chinoise de pétrole n’est qu’un phénomène passager. Les mesures prises récemment par la Chine pour stimuler l’économie devraient d’ailleurs relancer la demande.

Selon les Nations-Unis, la croissance démographique n’atteindra son apogée en Asie qu’en 2050. En revanche le taux de croissance démographique en Afrique devrait rester assez élevé jusqu’à la fin du siècle (voir illustration 3). Les Nations Unies prévoient que d’ici 2050, l’Afrique représentera 23,6 % de la population mondiale (contre 14,8 % en 2010) et 35 % en 2100. La population africaine devrait voir son niveau de vie augmenter progressivement étant donné la présence d’importantes réserves de pétrole, de gaz et de matières premières sur le continent africain, ce qui entraînera inévitablement une augmentation de la consommation d’énergie.

Illustration 4 : Population par région (en milliards d’individus) entre 1950 et 2100.
La croissance démographique en Afrique et en Asie reste forte jusqu’en 2100 (source : Nations Unies)

Prix du pétrole : A moyen terme, les cours ne devraient pas baisser

Un équilibre offre/demande… pour le moment
Du côté de l’offre, la marge de manoeuvre reste relativement étroite, la production de l’OPEP ayant avoisiné les maxima durant les cinq dernières années, avec en conséquence, une capacité de réserve limitée. La latitude disponible pour palier d’éventuels soubresauts de la production engendrés par des conflits au Soudan, au Yémen, en Syrie et en Iran notamment dépasse à peine les 2 millions de barils, contre plus de 4 millions il y a deux ans. Une nouvelle baisse du cours du pétrole entraînerait aussi une contraction partielle de l’offre, l’or noir perdant de sa rentabilité lorsque les cours sont trop bas. De nombreux projets canadiens axés sur le « heavy oil », c’est-à-dire entre autre l’exploitation du pétrole au départ de sables bitumeux ; ne sont rentables que si le prix du pétrole est supérieur à 80 dollars. Compte
tenu de l’équilibre fragile entre l’offre et la demande, ce type de projet à coût de revient marginal élevé par baril apparaît dès lors nécessaire pour préserver l’équilibre du marché. Qui plus est, 80 dollars est le prix indicatif que retiennent de nombreuses compagnies pétrolières lorsqu’elles établissent les budgets de nouveaux projets. Un repli sous ce prix indicatif entraînerait automatiquement l’annulation ou le report de certains projets et, par conséquent, une contraction de l’offre future.

Illustration 5 : Stocks de pétrole brut et de produits dérivés rafinés (diesel) - OCDE.
Les stocks de pétrole sont inférieurs à la moyenne sur 5 ans (source: AIE)

Prix du pétrole : A moyen terme, les cours ne devraient pas baisser

A brève échéance, le cours du pétrole restera donc très dépendant du climat économique international et, en particulier, de la crise de l’euro. L’Arabie saoudite rappelle que, si elle a augmenté sa production pour faire baisser le prix du pétrole, c’était avant tout pour stimuler la relance mondiale, et celle de l’économie européenne en particulier. Aussi longtemps que la crise de l’euro perdure, les Saoudiens ne refermeront donc pas le robinet du pétrole, à moins que le cours de l’or noir ne franchisse la ligne critique qui menace leur propre équilibre budgétaire. A côté de ces considérations budgétaires dans les pays producteurs de pétrole, le coût marginal élevé des projets canadiens et la croissance démographique constituent d’autres éléments permettant de dire que le risque de baisse des cours du pétrole dans un proche avenir est limité. Avec l’été qui approche, d’autres facteurs de nature plus saisonnière devraient apporter leur soutien au cours du pétrole. Aux États-Unis, la période des vacances et donc la « driving season » va bientôt commencer, avec les déplacements massifs des Américains. Ce phénomène provoque déjà une augmentation de la demande de pétrole brut de la part des raffineries pour la production de carburant. Au Japon, l’on constate généralement un pic dans la consommation d’électricité en été en raison de l’utilisation intensive des systèmes de climatisation.

Illustration 6 : Répartition de la production mondiale de pétrole (à gauche) et de la consommation de pétrole (à droite) par région depuis 1986 – L’Asie représente la plus grande part de la croissance de la consommation (source : BP)

Prix du pétrole : A moyen terme, les cours ne devraient pas baisser

Le dernier rapport de l’Agence Internationale de l’Énergie montre que l’offre et la demande sont, pour l’instant, relativement en équilibre, malgré une augmentation de la production aux États-Unis et une baisse de la croissance en Chine. Mais cet équilibre risque d’être sérieusement compromis à mesure que le niveau de vie de marchés émergents comme la Chine, l’Inde et l’Afrique, augmente.

Si l’évolution de la Chine suit le modèle coréen ou taïwanais, la demande de pétrole brut pourrait augmenter de quelque 18 millions de barils par jour au cours des prochaines décennies, soit une progression de 20 % de la demande par rapport à la production mondiale actuelle. Le secteur du gaz et du pétrole est confronté à un immense défi s’il veut pouvoir répondre à cette demande. A moyen terme, les cours pétroliers ne devraient donc pas baisser.

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Jeudi 5 Juillet 2012
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