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Pouvoir d'achat, une année brouillon


Le débat autour des promesses de Nicolas Sarkozy sur le pouvoir d’achat résulte d’un immense malentendu. Le candidat puis le Président de la République, en affichant un discours très volontariste sur la question (« je serai le président du pouvoir d’achat ») a donné le sentiment que le pouvoir politique pouvait fixer le revenu des personnes. Dans une tradition gaulliste dont nous peinons à nous débarrasser, le volontarisme politique pourrait faire des miracles, et l’intendance suivra !




Nicolas Bouzou
Nicolas Bouzou
Tout ceci est évidemment faux. Le pouvoir d’achat, fondamentalement, est la résultante de la situation économique. Seule la fonction publique échappe à cette loi de la gravitation économique (mais pour combien de temps encore, et pour quels résultats : les fonctionnaires sont notoirement trop mal payés dans notre pays !).

Le pouvoir d’achat constitue en réalité la résultante de deux éléments : le revenu disponible des ménages (composé à 60% des salaires) et les prix à la consommation. Les salaires sont négociés de façon relativement décentralisée entre les entreprises et leurs employés. Ils dépendent d’une multitude de facteurs : profits, niveau de qualification, taux de chômage, charges patronales… Les prix sont fixés par des entreprises en concurrence, et dépendent largement de facteurs sur lesquels le politique n’a pas de prise, comme les évolutions de cours sur les marchés des matières premières énergétiques et alimentaires.

Pour influencer le pouvoir d’achat, la politique économique n’a que deux leviers. Du côté des revenus, elle doit mettre en place les conditions institutionnelles qui permettront à l’investissement et à la croissance économique de s’accroître durablement, et aux créations d’emplois de se développer. C’est tout le sens du rapport Attali. A cet égard, un certain nombre de mesures déjà adoptées ou en passe de l’être vont dans le bon sens (la réforme du contrat de travail, le crédit impôt recherche, l’autonomie des universités) mais leur pédagogie n’a pas été faite. Du côté des prix, la politique économique peut faire en sorte que la concurrence dans le secteur de la distribution et dans l’industrie soit plus intense. Là encore, les réformes sont en cours, mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir. Il existerait bien, en théorie, une troisième façon d’augmenter le pouvoir d’achat : diminuer les impôts. Mais près de 20 ans de laxisme budgétaire et de dégradation de l’état des finances publiques nous empêchent d’utiliser aujourd’hui cet outil vers eux qui en auraient réellement besoin.

Ce sont donc, pour l’heure, les réformes structurelles qu’il convient d’approfondir, en gardant en tête le fait qu’elles auront un impact sur les revenus à l’horizon de quelques années, pas avant. Sur ce point, la politique du gouvernement est peu lisible. Encore récemment, lorsque j’interpellais le porte-parole du gouvernement Luc Chatel sur la question du pouvoir d’achat, il me répondait : « mais nous avons déjà pris une trentaine de mesures, du nouveau mécanisme d’indexation des loyers aux prix du gaz ! » A ce jeu là, le gouvernement s’expose à la frustration des Français. Car les mesures ponctuelles coûtent cher. Soit elles alimentent les hausses d’impôt de demain, et les ménages le sentent, soit elles mettent en difficulté des entreprises publiques qui ne peuvent fixer leurs prix en fonction des conditions de la concurrence. Et tout ceci pour un impact marginal, même pas ressenti par les ménages. Depuis un an, seule la loi sur la défiscalisation des heures supplémentaires aurait pu avoir un impact positif, à la fois sur les revenus et la croissance. Mais son passage par le moulinet technocratique de Bercy l’a rendu éminemment complexe, et difficilement applicable par les entreprises.

Espérons donc que la deuxième année du quinquennat verra le retour de la clarté et du bon sens. Imaginons un Président qui nous dirait : investissons dans l’éducation et la recherche, laissons les entreprises faire leur métier d’entreprise, réorganisons la fonction publique, et les gains de pouvoir d’achat suivront. Il n’est pas certain qu’il y perdrait l’assentiment du peuple.

Publié dans le Figaro du 7 mai 2008

Nicolas Bouzou - Gérant de ASTERES (Analyses et Prévisions Economiques)
Nicolas Bouzou est à votre service pour animer ou diriger vos conférences :


Mercredi 11 Juin 2008
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