Quotidien finance innovation, innovation financière journal
Financial Year with Finyear
 
 
 
 


              

Pourquoi une restructuration de la dette grecque s'impose


La dégradation du rating de la dette grecque à la catégorie spéculative (de BBB+ à BB+) par l'agence Standard&Poors rapproche le pays d'un défaut qui semble de plus en plus probable malgré les affirmations contraires des responsables nationaux et européens.




Alexandre Kateb
Alexandre Kateb
La récente dégradation du rating de la dette grecque par l'agence Standard & Poors vers la catégorie spéculative (de BBB+ à BB-), en deçà de la notation de nombreux pays émergents, ne devrait pas être une surprise pour les analystes des marchés dans le contexte d'incertitude qui prévaut sur le volume et l'urgence de l'aide apportée par les autres pays de la Zone Euro (on parle de 80 milliards étalés sur trois ans), s'ajoutant à une aide de 30 milliards d'euros du FMI. L'incertitude est encore plus grande concernant le caractère suffisant de cette aide pour assurer la solvabilité de la Grèce sur le moyen-long terme qui apparait plus compromise que jamais.

Un simple calcul de coin de table suffit à se rendre compte de l'ampleur des problèmes. Avec un déficit public qui avoisine les 14% du PIB en 2010 (selon les dernières projections d'Eurostat qui seront probablement encore révisées à la hausse) et une croissance négative du PIB (autrement dit une récession) qui pourrait atteindre -3% à -5% du PIB en 2010 qui est due à la fois au retournement conjoncturel qui frappe le pays depuis 2008 et à l'effet des plans d'ajustement structurel annoncés depuis le début de cette année, la dette grecque pourrait mécaniquement passer de 120% du PIB en 2010 à 140% - 150% en 2011 et à 180% - 200% du PIB en 2012. Soit un ratio de dette équivalent à celui du Japon. A la différence près que le coût de refinancement de la dette japonaise est inférieur à 2% alors qu'il dépasse les 10% dans le cas grec. Le même calcul de coin de table montre que pour stabiliser le niveau de la dette publique il faudrait que le pays dégage un excédent primaire (avant paiement des intérêts de la dette) équivalent à 15% du PIB en 2010-2011. Ce qui est tout simplement inimaginable. Même avec un crédit "bonifié" à 5% du FMI et des autres pays de la zone Euro, la stabilisation de la dette exigerait un solde primaire de l'ordre de 10% pendant plusieurs années. Le coût social d'une telle politique serait proprement insupportable dans un pays où les fonctionnaires représentent un cinquième de la population, où le taux de chômage pourrait atteindre 15% d'ici la fin de l'année et où les effets de redistribution du revenu à travers l'économie parallèle reposent en grande partie sur les dépenses de ceux qui ont un emploi "en dur".

La Grèce apparaît dans la même situation que la Russie avant 1998 ou que l'Argentine avant 2001, avec des finances publiques au bord de l'implosion et un taux de change réél surévalué qui se traduit par une dégradation très forte de la compétivité du pays. La crise économique mondiale a été ressentie ici beaucoup plus durement que dans d'autres pays européens compte tenu du caractère déséquilibré de la croissance essentiellement fondée sur l'endettement. Contrairement à d'autres pays comme l'Espagne ou le Portugal la Grèce n'a pas profité des années de boom pour améliorer la situation de ses finances publiques. Et contrairement à la Russie ou à l'Argentine elle ne peut pas restaurer sa compétivité et annuler une partie de sa dette en dévaluant sa monnaie.

Le défaut paraît donc inévitable à plus ou moins brève échéance. La seule incertitude concerne la nature de ce défaut. S'agira-t-il d'un défaut ordonné avec une restructuration de la dette moyennant la négociation d'une décôte supportée par les investisseurs (S&P parie clairement sur un tel scénario) ou un défaut sauvage qui fermerait à la Grèce pendant de longues années l'accès aux marchés financiers. Dans ce cas de figure, ce sont les autres pays de la zone Euro qui devront soutenir la Grèce à bout de bras pendant plusieurs années. Avec une charge de refinancement de la dette existante de l'ordre de 60 à 70 milliards d'euros par an cela équivaut à un abandon du "pacte de stabilité" qui lie moralement les pays de la Zone Euro entre eux. L'électorat allemand qui s'impatiente déjà n'acceptera pas ce scénario dans lequel l'Allemagne serait obligée de payer la plus grosse contribution, alors qu'elle est déjà un créditeur net de l'Union Européenne. Autant dire que ce scénario est inenvisageable.

Le coût d'un défaut est élevé en terme de réputation non seulement pour la Grèce mais pour l'ensemble de la Zone Euro car il se traduira nécessairement par une hausse généralisée des primes de risque sur les dettes des différents Etats membres de la zone. Y compris sur la dette allemande qui est liée au sort des autres pays de la zone, qu'elle le veuille ou non. Mais le coût de l'attentisme et de l'inaction sont plus importants encore. Plus en attend et plus les problèmes s'accumulent et plus "l'effet domino" menace d'emporter dans la tourmente d'autres pays européens comme le Portugal qui vient de subir lui aussi une dégradation de son rating par l'agence S&P (de A+ à A-).

Nous avions déjà appelé à la création d'un fonds monétaire européen dans un précédent article. Aujourd'hui des mesures encore plus énergiques sont nécessaires. Le sommet extraordinaire des pays de l'Union convoqué par Herman Van Rompuy ne pourra se contenter de mesures cosmétiques ou de propos rassurants. Il faut d'urgence mettre en place un gouvernement de la zone euro et instaurer un système de solidarité fiscale assorti de règles d'intervention et de sanctions claires en cas de non respect des normes communes. On ne peut plus continuer à marcher sur une seule jambe avec une politique monétaire commune et des politiques budgétaires et fiscales désordonnées. Il est temps de mettre en place ce gouvernement qui peut être rapidement opérationnel en utilisant les mécanismes de coopération renforcée prévus dans le Traité de Lisbonne. Le temps presse. La tragédie grecque pourrait bien devenir une tragédie européenne, aux conséquences encore plus graves.

NDLR :
L'actualité liée à la Grèce étant très changeante, l'auteur doit rapidement publier un nouvel article dans CFO-news.

Alexandre Kateb
Economiste, Directeur de COMPETENCE FINANCE

Son blog  ECONOSPHERE :
www.alexandrekateb.com


Conseil et analyse financière : prévision macroéconomique, stratégie de marché, allocation d'actifs tactique et stratégique, due diligence sur fonds d'investissement, analyse extra-financière (ISR, finance carbone, finance islamique)
http://www.cfinanceconsulting.com
 


Formation en banque, gestion d'actifs, risk management (Bâle II, Solvabilité II), comptabilité financière (IFRS, US GAAP), analyse économique et financière, analyse extra-financière (ISR, finance carbone, finance islamique).
http://www.formationsfinance.fr
 
 

Mercredi 5 Mai 2010
Notez




Nouveau commentaire :
Twitter

Your email address will not be published. Required fields are marked *
Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Recevez la newsletter quotidienne


évènements


Lettres métiers


Livres Blancs