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Pourquoi nous avons choisi Madoff (5)


«J’ai rencontré Bernard Madoff entre 30 et 35 fois». Des premiers contacts au début des années 1990 à la révélation de la fraude le 11 décembre 2008, les associés de Genevalor Alberto et Stéphane Benbassat racontent leur relation d’affaires avec le financier déchu.




Pourquoi nous avons choisi Madoff (5)
«Nous avons répondu à toutes les demandes d’information des clients et des autorités». Au cours des mois qui ont suivi l’arrestation de Madoff le 11 décembre 2008, la presse a parlé de rétrocessions généreuses et de ce qu’elle appelait les fonds nourriciers («feeder funds»), entretenant l’idée que les intermédiaires financiers ayant confié les fonds de leurs clients à Madoff l’avaient fait car cela les aurait considérablement enrichis. «Face à ce qui sort dans la presse, qui est parfois inexact ou mal compris, c’était notre parole contre la parole des médias lorsqu’il s’agissait d’expliquer les faits aux clients». Une confusion importante s’était installée entre les revenus des fonds et ceux de la société, qui n’étaient qu’une fraction des premiers. Les révélations médiatiques de l’époque charrient aussi leur lot de fantasmes. Une des idées préconçues était - et l’est encore - que l’activité délictuelle de Madoff était confinée à un endroit particulier de ses bureaux du Lipstick Building, inaccessible à ses collaborateurs.

«Depuis la petite entrée à l’étage inférieur, un escalier en colimaçon conduisait à l’espace principal. C’est là que nous avons toujours rencontré Madoff, dans son bureau ou, plus fréquemment dans une salle de conférence, des espaces entièrement vitrés. A quelques reprises, nous avons pu parcourir l’ensemble de l’étage, principalement occupé par des rangées de traders derrière leurs écrans. Une installation typique, quoi que d’apparence plus moderne, de n’importe quel grand courtier de Wall Street». A une occasion, Madoff conduit Alberto Benbassat dans l’ascenseur extérieur pour lui faire visiter l’étage supérieur, récemment acquis et disposé de manière similaire aux autres bureaux en open space. Mais d’étage «secret», pas de trace. Après la fraude, le quotidien de Genevalor se partage entre les actions légales et la communication avec les clients. Concernant ces derniers, «nous leur avons expliqué que leurs intérêts seraient défendus au mieux si la société restait opérationnelle. Toutes les actions entreprises depuis n’auraient d’ailleurs pas été possibles si Genevalor n’avait pas continué à exister, car nous avons l’avantage d’avoir une vue d’ensemble, ainsi que la volonté et la capacité de nous battre.»

La société utilise les services d’une douzaine d’études d’avocats, dans six ou sept juridictions, dans le cadre de six procédures dirigées contre les banques dépositaires (deux en Irlande et quatre aux Bermudes).

La plus petite des six procédures a été remportée par Thema en Irlande, au printemps 2009 déjà. Elle portait sur des souscriptions qui devaient être traitées le lundi 15 décembre 2008. En début de mois, des clients souhaitant investir dans Thema avaient en effet déjà été débités, mais l’argent n’était pas encore crédité sur le compte du fonds au moment de l’arrestation de Madoff. Une procédure a ainsi été engagée pour forcer la banque dépositaire à restituer ces montants, de l’ordre de deux millions de dollars. Montants qui ont intégralement été rendus aux souscripteurs.

Après l’arrestation de Madoff, une minorité de clients ont résilié leur mandat de gestion au cours du premier trimestre 2009. Néanmoins, au fil du temps, le fonds de commerce de la société a fondu comme neige au soleil, en conséquence des dommages collatéraux de la fraude (clawback, gel des avoirs «non Madoff » par la banque dépositaire). En effet, d’autres classes de fonds ont également été gelées, alors que BMIS n’en exécutait pas la stratégie et que les avoirs n’avaient pas disparu, «ce qui a été très déstabilisant pour les clients».

Genevalor a alors coordonné de longues négociations avec la banque dépositaire, afin de débloquer les sommes qui excédaient le montant théorique du clawback sur six ans. «C’est ainsi qu’entre janvier 2009 et mai 2010, environ 250 millions de dollars ont été récupérés au profit des investisseurs. Une telle action n’aurait pas pu être menée si Genevalor avait dû fermer ».

Ces 250 millions ont été intégralement reversés aux clients impactés par Madoff, une manne qui représente plus de 40% des fonds bloqués. Avec quelles réactions de la part des clients? Du soulagement mêlé à de l’incompréhension et à de la lassitude. Terrifiés par le gel des avoirs, nombre de ces clients ont retiré les montants dégelés au fur et à mesure des distributions. Ce qui a fait chuter la masse gérée par Genevalor.

Le scandale s’est également immiscé dans la vie privée de ses associés, souvent sous la forme de marques de compassion de la part de proches, de voisins, ou parfois même de clients, avec «des messages de soutien plus forts que lorsqu’un décès se produit dans votre famille».

Sur la place financière, on n’avait jamais vu autant de spécialistes autoproclamés affirmer que la fraude était évidente - même si aucun d’eux ne s’était manifesté avant le 11 décembre 2008. Plus récemment, de franches marques de soutien ont été exprimées: «nous avons été parfois félicités pour les actions que nous menons actuellement, certains nous ont demandé des conseils concernant leur exposition à d’autres fonds de Madoff». Depuis décembre 2008, la société s’est placée en mode survie. De 23 collaborateurs, elle est passée à huit employés dans les trois mois qui ont suivi la découverte de la fraude, huit employés considérés comme clé pour la poursuite des actions légales et la communication avec les clients.

L’avenir? Genevalor vit les événements au jour le jour. Avec une priorité: continuer les batailles en cours.

Fin d’une série de cinq articles consacrés à Genevalor.

L’Agefi, quotidien de l’Agence économique et financière à Genève
www.agefi.com

Mardi 4 Janvier 2011
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