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Pourquoi les banques Fintech vont dominer le monde


La semaine dernière, j’ai eu l’opportunité de présenter Kantox et ma vision de la Fintech devant 150 cadres du secteur bancaire venus d’Europe du Nord. Après mon speech, nous avons eu droit à une séance de Questions / Réponses et, une fois de plus, j’ai eu la preuve que les banquiers ne s’attendent pas du tout à ce qui va arriver dans les 10 prochaines années.




Philippe Gélis
Philippe Gélis
Le secteur financier est l’un des derniers grands secteurs qui n’a pas encore été disrupté. Néanmoins, il semblerait que les banquiers n’aient pas une approche très différente de celle des dirigeants de la presse, de l’hôtellerie ou des compagnies aériennes il y a quelques années.

Tous les secteurs vont être “uberisé”, mais il semblerait que la plupart des banquiers pensent encore que leur cas sera différent. Probablement parce qu’ils considèrent que la lourdeur des réglementations les protégera et finira par limiter voire stopper la croissance de la Fintech. Ce qu’ils ne comprennent pas, c’est que les entreprises technologiques sont suffisamment agiles pour s’adapter à la réglementation.

Ils sont également toujours persuadés que les clients font encore confiance aux banques alors que, depuis la crise financière de 2008 et les scandales incessants (manipulation du Libor, scandale du marché des devises, etc.), les clients (particuliers et entreprises) ont une énorme appétence pour la finance alternative. Les banques ne sont plus vues comme des partenaires mais plutôt comme de simples fournisseurs défendant leurs propres intérêts et recherchant le profit à court terme.

Ouvrir des incubateurs ou créer des fonds de capital-risque pour investir dans des start-ups, parfois Fintech, est un premier pas pour les banques, mais ce n’est définitivement pas assez. La plupart des banques cherchent à financer des start-ups Fintech qui créent des produits complémentaires aux plateformes bancaires et qui vont améliorer l’expérience de l’utilisateur. Mais elles n’investissent presque jamais dans des produits qui vont les concurrencer directement et qui risquent de les cannibaliser.

Laissez-moi vous expliquer pourquoi je pense que les banquiers ont tort.

Nous vivons actuellement la première vague de la Fintech avec des entreprises qui concurrencent les banques sur des produits / verticales spécifiques :
- Les prêts et les crédits
- Les paiements
- L’échange de devises
- La gestion de fortune
- et bien d’autres

Lending Club est le fer de lance de la Fintech. Le succès de son introduction en bourse a changé la donne pour le secteur.

Les banques subissent donc la pression des nouveaux venus mais (et le “mais” est vraiment important) ces derniers s’appuient sur des banques traditionnelles pour les services et infrastructures bancaires (comptes bancaires, paiements, compliance, courtage, etc.). En d’autres termes, ils réinventent l’expérience utilisateur, l’interface client ou encore le business model mais pas “the whole thing” (pour reprendre une expression de Marc Andreessen). En s’appuyant sur les banques pour faire marcher leur activité, les entreprises Fintech sont clientes et génèrent donc du revenu pour les banques. Disons que c’est une sorte de co-pétition (compétition coopérative) dans laquelle la Fintech reste à la merci des banques. D’un côté, les banques sont disruptées mais de l’autre, cette disruption leur crée de nouvelles sources de revenus. En fin de compte, les banques gagnent quand même.

Il est important de remarquer que beaucoup d’entreprises Fintech ont évolué d’un modèle purement “peer-to-peer” à un modèle “place de marché” où la liquidité peut venir des pairs et des institutions financières.

Environ 80% de la liquidité de Lending Club proviendrait des institutions financières et non des pairs. Ici, nous sommes clairement dans un cas où les banques considèrent qu’il est plus efficace et donc plus rentable pour elles de prêter de l’argent à travers Lending Club qu’à travers leur réseau obsolète. Quoiqu’il en soit, le défi est plus d’avoir une liquidité parfaite que de se soucier de qui apporte cette liquidité.

La deuxième vague de Fintech, qui arrivera dans les cinq prochaines années, sera celle des “places de marché bancaires” (ou “banques Fintech”). Ce nouveau type de banque reposera sur cinq éléments :
1. Une plateforme bancaire, nouvelle de A à Z, et pensée comme un eplace de marché.
2. Une API pour pouvoir se connecter à des partenaires.
3. Une infrastructure et des processus de compliance / KYC.
4. Une licence bancaire, de façon à être indépendante des autres banques et pouvoir détenir les fonds des clients sans restriction.
5. Une base de client / CRM, c’est à dire que la banque Fintech aura des clients et une équipe de support dédié à ceux-ci.

Les produits offerts directement par la banque Fintech seront limités à la “détention de fonds”:
1. Des comptes bancaires (multi-devises).
2. Des cartes de crédit et de débit (multi-devises).
3. Des “eWallets” (multi-devises).

Tous les autres services (investissement, trading & courtage, gestion de fortune, prêts, crédits & emprunt-logements, financement participatif -social et equity-, assurance, crypto-devises, paiements, envoi internationaux de fonds & échange de devises, et cette liste n’est pas exhaustive) seront fournis, grâce à l’API, par des entreprises partenaires parmi lesquelles des banques traditionnelles, des institutions financières et des entreprises Fintech.

Imaginez que vous êtes client de cette “place de marché bancaire” et que vous avez besoin d’un prêt. Peu importe que votre prêt soit fourni par Lending Club ou Bank of America, ce qui vous intéresse c’est que le processus soit rapide et sans accrocs, et que les taux d’intérêt soient les plus bas possible.

Par conséquent, à travers l’API, la “place de marché bancaire” consultera tous ses partenaires et vous proposera l’offre qui vous convient le mieux.

On peut imaginer un processus où les conditions offertes par les partenaires ne sont pas négociables mais on peut également imaginer un système d’enchères pour obtenir la meilleure offre pour chaque client à un moment donné.

On m’a souvent posé la question du business model de cette banque Fintech. Pour moi, il est évident: un mélange entre un droit d’accès à la “place de marché bancaire” et un partage de revenu avec les entreprises partenaires qui fournissent les services additionnels.

Les “banques Fintech”, grâce à leur licence bancaire, ne s’appuieront donc plus sur aucune banque pour leur activité et ne seront donc plus à la merci de celles-ci. Le système va même complètement s’inverser car les banques traditionnelles vont devenir clientes des “banques Fintech” au travers de la place de marché.

Nous verrons alors des banques traditionnelles payer des commissions aux “banques Fintech” pour pouvoir proposer des produits à leurs clients !

La beauté des “places de marché bancaires” est qu’elles concurrencent directement les banques sur les services bancaires sans devoir construire tous les produits elles-même.

Maintenant la question est de savoir ce qui est nécessaire au lancement d’une “place de marché bancaire”.

Technologie / API / Compliance / KYC : développer la technologie est une tâche complexe mais les compétences sont disponibles. Ce n’est donc pas l’obstacle le plus contraignant.

Licence bancaire : en Europe, le budget pour obtenir une licence bancaire est d’environ 20 millions d’euros. Ce prix peut varier selon les pays, mais cela reste une question d’argent.

Pour se lancer, il faut que les membres du conseil d’administration soient compétents et expérimentés. Sans quoi les régulateurs ne vous donneront probablement pas le feu vert. Cela signifie que vous devez convaincre vos investisseurs et les membres du conseil d’administration de parier gros sur vous, et ce armé uniquement d’une présentation Powerpoint. Je pense qu’il faut que la première vague de Fintech soit un succès, avec de gros retours pour les investisseurs et les entrepreneurs, pour qu’il y ait des gens prêt à miser beaucoup d’argent sur les “places de marché bancaires”.

En tant qu’entrepreneur, vous devez avoir prouvé que vous êtes capable de diriger et faire grandir une entreprise Fintech pour mener à bien ce genre de projet.

Base de clients/CRM : c’est la partie la plus complexe. Comment attirer un nombre conséquent de clients avec une offre aussi simple (comptes + cartes + eWallet) qui s’appuie sur des partenaires pour les services additionnels? Vous ne pouvez pas vous contenter du marketing et d’une marque sympathique pour attirer des centaines de milliers de nouveaux clients si vous n’avez rien de vraiment différent à proposer.

Vous devez également vous positionner: ciblez-vous les particuliers ou les entreprises? Les particuliers les plus modestes ou les particuliers fortunés? Sur un seul pays ou plusieurs ?

Comme toujours, tout est question de clients et de revenus. Vous aurez besoin d’une stratégie marketing claire pour gagner rapidement une base importante de clients et une masse critique. J’ai quelques idées sur la façon de procéder mais elles feront l’objet d’un post à part entière.

On m’a demandé plusieurs fois si la première “place de marché bancaire” sera lancée par une banque ou par une Fintech. Je suis convaincu que ce sera par une Fintech. C’est trop disruptif et le risque de cannibalisation est trop élevé pour voir une banque s’y risquer.

De toute façon, la plupart des banquiers ne sont pas encore suffisamment préoccupés par la Fintech pour se soucier de la deuxième vague qui arrive. Je me souviens d’un rassemblement Fintech où quasiment 90% des gens pensaient qu’une banque Fintech était improbable et que, si cela arrivait, elle serait fondée par une banque traditionnelle. Cela crée une formidable “fenêtre de tir” pour nous autres entrepreneurs Fintech. Une fois que cela sera fait, il sera trop tard pour que les banques réagissent.

L’avènement des banques Fintech est inéluctable !

Ce n’est encore qu’un projet. Sa réalisation demande énormément de travail. Mais étant donné que tous les ingrédients sont déjà réunis, ce n’est plus une question de “si” mais une question de “quand” les premières banques purement Fintech verront le jour. Elles seront flexibles, libres de tout héritage et vierges de toute mauvaise réputation, contrairement aux banques qui traînent un nombre incalculable de casseroles.

Elles prendront leur part du gâteau aux banques archaïques et pourraient bien finir par dominer le secteur bancaire.

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Mardi 12 Mai 2015
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