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Les raisons d’une crise monétaire


Il serait bien trop simpliste d’expliquer la vague d’inquiétude soulevée actuellement par l’euro uniquement par les problèmes de la Grèce.




Les raisons d’une crise monétaire
La Grèce a de considérables problèmes budgétaires et de compétitivité, mais la Grèce (2,25% de la population de l’Union Européenne) est plus petite que la Californie (12% de la population des Etats-Unis). Et la Californie elle-aussi souffre de difficultés budgétaires considérables et d’une compétitivité sur le déclin dans certains secteurs d’activité industrielle dans lesquels elle fut pionnière à une époque.

Les problèmes actuels de l’Euro sont plutôt le reflet de problèmes non résolus tant à l’échelle mondiale qu’à l’échelle européenne. La devise commune est le canari dans la mine du système de change global. L’euro est un indicateur précis du niveau des tensions internationales en cela que c’est une expérimentation audacieuse: une devise qui n’est pas rattachée à un état mais qui découle plutôt de règles et de traités internationaux.

C’est plus une créature de l’intellect que le produit du pouvoir. C’est une devise post-moderne ou post-année 1970. Mais au lendemain d’une crise, les pays préfèrent défendre les intérêts nationaux plutôt que de respecter les règles internationales.

L’impulsion qui déclenchât le premier acte de l’intégration monétaire européenne, le rapport Werner de 1970, émanait de la prise de conscience des importantes difficultés du système de change fixe établi en 1944 à la Conférence de Bretton Woods. Personne en dehors des Etats-Unis ne pouvait les obliger à maitriser leur politique monétaire, devenue extrêmement expansive sous la présidence de Richard Nixon, ou leur politique budgétaire, marquée par le développement très rapide de déficits en raison des coûts de la guerre du Vietnam.

Les idées du rapport Werner étaient trop modestes pour traiter les remous monétaires au début des années 1970, et il faudra attendre encore une dizaine d’années pour que l’Europe formule une nouvelle réponse. Le Système Monétaire Européen fut à l’origine conçu comme une réaction déterminée face au chaos monétaire global, et en particulier à la dépréciation du dollar en 1977 et 1978 menaçant son rôle dominant de plus importante monnaie de réserve internationale.

Le processus qui fut entamé avec le rapport du comité Delors en 1989 et qui conduisit au Traité de Maastricht en 1992, à l’instauration de l’euro en 1999 et à l’introduction effective de la monnaie en 2002 était une tentative pour mettre en place des mécanismes susceptibles d’assurer un régime de taux de change global plus stable.

Les innovateurs de la fin des années 1980, en particulier le très actif ministre de l’économie et des finances de l’époque Edouard Balladur, optèrent pour une réponse internationale et firent campagne pour qu’elle soit mise en place au niveau européen.

Lors de la réunion des ministres des finances du G7 à Paris au musée du Louvre en février 1987, Balladur suggérât un système de zones de devises cibles; lorsque sa mise en place s’avérât problématique, il encourageât une version européenne du projet plus définitive et plus stricte.

Mais la réponse apportée au problème était en partie faussée. Car la France et l’Allemagne, les principaux protagonistes du drame de l’intégration monétaire, divergeaient sur la solution à envisager. Les Allemands préconisaient des règles budgétaires clairement établies alors que d’autres pays préféraient préserver une plus grande marge de manoeuvre. Les Français pour leur part étaient en faveur d’une gouvernance économique européenne au côté de l’union européenne ; mais cela fut perçu comme un excès de planisme à la française. Une version diluée de la proposition allemande fut finalement retenue.

Aujourd’hui, comme dans les années 1960 et 1970, nous sommes face à un problème fondamentalement global de politiques monétaires inconsistantes. A l’époque, les Européens se plaignaient de la faiblesse des taux d’intérêts américains, induisant une inflation globale; aujourd’hui la faiblesse des taux d’intérêts américains sont accusés d’être à l’origine du boom irresponsable des prix des actifs.

Les réponses à un problème global de ce genre ne peuvent pas se trouver à un niveau européen. Une combinaison entre une coordination globale des politiques monétaires et une forme de gouvernance économique globale sera nécessaire.

L’Europe a tenté cette combinaison mais a découvert qu’elle n’était pas totalement applicable même dans un contexte régional. Une réponse imparfaite a en fait plutôt engendré une plus grande vulnérabilité.

Par Harold James
Université de Princeton et European University Institute de Florence
Project Syndicate


L’Agefi, quotidien de l’Agence économique et financière à Genève
www.agefi.com

Mardi 16 Mars 2010
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