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Les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets, même en économie !


La zone euro a parfois le même comportement aujourd’hui que pendant la grande dépression des années 1930 qui avait comme étalon monétaire l’or !




Patrick Jaulent
Patrick Jaulent
À cette époque, l’Europe et l'Amérique ne pouvaient pas correctement fonctionner avec un système financier mondial basé sur l'or, où le prix des exportations d'un pays était dicté par les prix intérieurs et les salaires. Avec un tel système, le seul amortisseur de choc était donc le coût du travail, et non pas le taux de change ou le taux d'inflation.

Les leçons de cette période difficile eurent pour résultat la création du FMI et de la Banque mondiale, lors du sommet de Bretton Woods en 1944. Lors de ce sommet, les pays s’engagèrent à maintenir une parité fixe, mais ajustable (j’avoue que j’ai du mal à comprendre ce qu’est une parité fixe, mais ajustable !), garder leur indépendance monétaire par le biais des contrôles de capitaux, tout en s'engageant à libéraliser une économie mondiale en abaissant progressivement les obstacles au commerce. (Vous noterez qu’une fois n’est pas coutume, la France conserva « trop longtemps » l’or comme étalon contrairement à la Grande-Bretagne qui récupéra plus rapidement de cette grande dépression.)

Principalement le système de Bretton Woods proposa aux États souverains quatre amortisseurs en cas de crise économique : 1) Inflation - 2) Déflation - 3) Dévaluation- 4) Défaut. Ce 4e amortisseur devant toujours être considéré comme un dernier recours (défaut d’un Etat !)

La plupart des pays européens utilisèrent ces amortisseurs pendant la période d'après-guerre permettant ainsi la souplesse nécessaire pour faire face aux difficultés économiques du moment. En fin de compte, le choix incombait au gouvernement national uniquement, d’amortir ou non et avec quel type amortisseur (3 dévaluations du franc de 1981 à 1983, sous le gouvernement de Pierre Mauroy). La qualité de leurs décisions prises était jugée aux urnes.

La crise économique des années 1970 provoqua l’effondrement du système de Bretton Woods et de l’un de ses engagements : la fameuse parité fixe, mais ajustable. Toutefois, les quatre amortisseurs nationaux furent conservés. Les européens en profitèrent alors pour créer leur propre monnaie : le « European Currency Unit » (ECU), représentant la moyenne pondérée de toutes les monnaies des pays européens. L’Allemagne de l’Ouest se vit cependant accorder un poids plus important dans cette moyenne pondérée, et on demanda au « plus fort » c’est-à-dire à la Bundesbank de maîtriser l’inflation et gérer la politique monétaire européenne (la BCE n’existait pas encore). C’est très certainement à cette époque que l’Allemagne gagna la « bataille de l’Europe ». Ce fut une erreur stratégique pour les autres Etats Européens. A cette époque la loi du plus fort était encore légion. Aujourd’hui, des pays « nains producteurs » sont devenus des géants dans un monde rétréci par la technologie (Qatar,..) : « la loi du plus fort » nous a échappé. Mais ce ceci est une autre histoire.

À la signature du traité de Maastricht en Décembre 1991, les européens décidèrent d'abandonner, une fois pour toutes, non pas un, mais deux de leurs amortisseurs - l'inflation et la dévaluation. Pour mémoire, la France tenait le coup grâce aux dévaluations du franc et à la réévaluation du DM. Et toujours pour mémoire le Général De Gaulle a bien dévalué de 30% le franc en 1958 et notre économie a redémarré et François Mitterrand l’a fait 3 fois au début de son premier septennat.

La BCE (Banque centrale Européenne) fût créée en 1998. Elle fut chargée d'émettre l'euro comme monnaie commune et unique, de définir les grandes orientations de politique monétaire de la zone euro et de prendre les décisions nécessaires à sa mise en œuvre.

A la mise en circulation de l’euro le 1er janvier 2002, la BCE eu un seul et unique mandat : celui de maintenir l’inflation juste en dessous ou proche de 2 %, et d’assurer la stabilité financière. François Mitterrand et Helmut Kohl réussirent l’exploit de reconstruire l’or comme étalon sous une forme moderne, mais avec tous ses défauts.

Cependant à cette époque cela ne semblait pas être une mauvaise idée. La convergence économique relativement rapide des années 1990 après les crises du SME de 1992-93 et le succès initial de l'euro dans les années 2000 semblait valider le plan audacieux d’une union monétaire l'européenne. Mais rappelons-nous que l’idée de base de l’euro était surtout de faire une paix européenne durable.

Ainsi, être dans l'euro a aidé l'Allemagne à devenir plus compétitive par rapport à ses voisins du Sud (Grèce, Espagne, Italie, Portugal, France,). Si l’Allemagne avait encore le Deutschemark (DM), la performance de ses entreprises entrainerait une augmentation de sa valeur ce qui aurait eu pour conséquence de limiter la disparité entre l’Allemagne et les autres pays (DM trop fort, exportations difficiles !). Elle ne pourrait plus afficher fièrement un faible taux de chômage et une croissance saine aux électeurs allemands habitués à cela. Ainsi avec l'euro, les pays du sud ont perdu une variable d'ajustement et ont même acquis une variable de "désajustement"", puisque la valeur de l'euro est bien plus grande aujourd’hui que ne serait la valeur du franc, de la lire....que si l'euro n'existait pas, mais point non négligeable pour comprendre la situation : l’euro serait plus faible que le DM. Certes, l'Allemagne est plus performante parce qu'elle prend son industrie au sérieux, ce que ne savent pas faire les Français par exemple. Certes, l'Allemagne est plus performante parce que plus cohérente que les pays du sud. Certes l'Allemagne est plus performante car elle sait garder les savoir-faire.

Mais aujourd’hui l’Allemagne poursuit au moins trois objectifs qui ne vont pas toujours dans le sens communautaire (Elle joue « perso » !) :

1. Assurer la pérennité du Club Med (selon l’expression consacrée des économistes : Grèce, Espagne, Italie, France [?]), dans l’euro afin de ne pas perdre les actifs détenus par les épargnants allemands dans les obligations et des prêts consentis dans le Club Med. L’Allemagne est à l’origine de la bulle financière européenne.
2. Rester dans l’euro afin de conserver ses avantages en termes de compétitivité.
3. Imposer un régime drastique aux pays du Club Med afin qu’elle puisse continuer à faire tourner son modèle économique - à savoir : exporter – investir – rentabiliser.

Mais vous suivez un régime drastique lorsque vous êtes gros, pas lorsque vous avez faim !

Du fait d’un tel régime, une grande partie de la colère des pays du "Club Med" est dirigée vers l’Allemagne qui, selon eux, étouffe la croissance et rend le fardeau de la dette plus difficile à supporter. Le désaccord entre Paris et Berlin sur la supervision unique des banques dans la zone euro et l’euro-obligation ne poussent pas à l’optimiste (L’Allemagne saura placer ses pions). Et si l’Allemagne sortait de l’euro à la demande ou sous la pression du CLUB Med ? Pourquoi ne devrions-nous pas nous poser cette question ?

Si l’Allemagne sortait de l’euro, cela entrainerait immédiatement une (re)capitalisation du système bancaire allemand. En d’autres termes, les problèmes du sud de l’Europe seraient transférés au Nord. Pour l’Allemagne, il s’agirait de relancer le DM impliquant une douleur certaine et immédiate pour les électeurs allemands. Ce serait sans doute bon pour l’économie européenne, mais ce n'est pas vraiment une recette pour la paix. Alors, nous allons de nouveau demander aux « maigres » de continuer à suivre le régime, sachant qu’ils ne sont pas convaincus que celui-ci serve à revenir « gros » un jour. Il semble difficile d'imaginer que la stratégie actuelle de la «débrouillardise» puisse durer longtemps, ce qui laisse l'Europe avec peu de scénarii pour sortir de la crise actuelle.

1. Le premier scénario serait d'élargir le mandat de la BCE en se concentrant également sur la croissance et l'emploi - ce que fait la Fed aux Etats-Unis. Bruxelles pourrait commencer à émettre des euro-obligations et construire une union fiscale et bancaire avec une union politique. Toutefois, ce scénario entraînerait un transfert sans précédent du pouvoir des Etats souverains vers l'UE. Ce scénario qui semble être celui privilégié par le Président François Hollande fut utilisé en périphérie de l'Europe, avec des conséquences désastreuses.
2. Un deuxième scénario consisterait à dissoudre l’Euro puis revenir au marché commun du milieu des années 1980. L'avantage de ce scénario est qu'il ramènerait les deux amortisseurs perdus que sont : l'inflation et de la dévaluation. Celui-ci permettrait de restaurer la souveraineté nationale économique des Etats comme la Grèce, le Portugal, l'Irlande, l'Espagne et l'Italie, tout en éliminant l'excuse, des responsables politiques nationaux, que ce sont Bruxelles et l'UE (via l’Allemagne) qui imposent des mesures économiques impopulaires. L'inconvénient de ce scénario est que je ne suis pas certain que le projet européen puisse survivre à un tel retour en arrière.
3. Un troisième scénario serait d’aller vers un véritable fédéralisme.

Je suis convaincu que de grands changements nous attendent, car notre économie est méconnaissable. Le terme croissance même est à redéfinir puisque mathématiquement parlant nous sommes incapables de savoir si la croissance française est de -0,5 % ou +3,5 %. La croissance n'est pas un « bon nombre quantique », comme disent les physiciens : ce n'est pas un invariant de notre monde.

Je reste cependant confiant dans l’Europe. Eliane Jacquot me rappelait à juste titre lors d’un échange que « l'attribution récente du prix Nobel de la Paix à l'Europe est un appel lancé aux peuples pour achever une construction créée il y a vingt ans, par le traité de Maastricht. Si l'on se réfère à l'évolution dans le temps depuis le lancement de la zone euro en 1999, l'Union Européenne a permis de garantir une inflation faible et stable inférieure à 3%. L'économie de la zone euro a de plus résisté à l'augmentation du prix des produits pétroliers depuis 2008, contrairement aux turbulences que ces variations de prix ont provoqués dans les décennies passées. Au cours des deux chocs pétroliers de 1973 et de 1979, les taux d'inflation moyens des pays actuellement dans la zone euro avoisinaient les 13%. Les risques futurs sont difficilement identifiables mais l'union européenne est la moins endettée des pays développés, et la première exportatrice mondiale. Les capacités européennes sont très grandes avec des technologies de pointe, des entreprises performantes, un niveau de vie inégalé. Il nous faut croire en l'avenir, et non pas au déclin de l'Union Européenne. »

Osons aller vers le fédéralisme, et rappelons-nous des mots de Nicolas Boileau, qui nous disait, il y a quelques siècles déjà: Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage, Polissez-le sans cesse et le repolissez !

Mais attention, les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets, même en économie. Evitons donc de rentrer dans la spirale infernal bien connue qui commence lorsque, pour rembourser la dette, les gouvernements augmentent les impôts et diminuent les dépenses via des réformes budgétaires, ce qui impacte la croissance….


Patrick Jaulent, Consultant indépendant en Stratégie & Risk management et Président du club Balanced Scorecard France


Vendredi 26 Octobre 2012
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1.Posté par Mahoudeaux le 26/10/2012 09:42 | Alerter
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j'ai tendance à dire qu'une multitude de causes a de multiples effets, et que Descartes est trop "simple", mais merci pour cet article. Je souhaite y ajouter un commentaire : le traité de Maastricht a certes privé l'Europe des outils inflation et dévaluation, mais il a surtout scotché institutionnellement l'Europe sur une doxa libérale - monétariste. Ce choix se révèle une négation de la démocratie.

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