Quotidien finance innovation, innovation financière journal
Financial Year with Finyear
 
 
 
 


              

Les leçons de 2009 : rien n’a vraiment changé


Il est vain de souhaiter une refondation à la Roosevelt alors que la Grande Dépression ne s’est pas répétée. Autant 2008 fut éprouvante, autant 2009 fut rassurante. Mais ce sentiment de soulagement vient en grande partie de la continuité dans le mode de régulation utilisé dans la gestion de la crise financière.




Les leçons de 2009 : rien n’a vraiment changé
Depuis longtemps nous considérons (1) que les bulles d’actifs, loin d’être des anomalies, constituent un élément régulateur essentiel du capitalisme patrimonial et mondialisé dans lequel nous vivons depuis une vingtaine d’années.

Le choc Lehman, qui aurait pu constituer le «grand soir» n’aura finalement constitué qu’un stress test de l’économie de bulle. Entre-temps, les Etats et banques centrales auront bien évidemment capitulé, comme d’habitude serait-on tenté de dire. Politiques économiques accommodantes (et innovantes) comme jamais, généralisation du carry-trade, repegging du renmimbi au dollar, absence de coordination internationale des changes, tout ou presque aura été fait pour procéder à la reflation (peu discriminante) des actifs.

Car en économie de bulle (c’est-à-dire en économie financiarisée), la reflation des actifs est essentielle pour restaurer le bilan des banques, réduire le coût du capital, alimenter les effets de richesse, redonner de la confiance… C’est en cela que la politique économique aura été efficace.

Bien évidemment, les Etats occidentaux essaient de «vendre» à leur opinion publique que tout ceci ne se reproduira plus et que va bientôt venir la «rerégulation» salvatrice. Oubliant que cette crise a été favorisée par les entités les plus régulées, les institutions financières, le travail des Etats va déboucher, après de longues et laborieuses négociations internationales, sur une régulation qui sera, comme après chaque crise, partielle, fragmentée, hétérogène, incohérente, arbitrée par les opérateurs, mal contrôlée et pro cyclique (comme c’était le cas de Bâle 2 et des normes comptables à valeur de marché). Feignant d’oublier le poids des lobbies, la concurrence entre places financières, la créativité des ingénieurs financiers, la multiplicité des acteurs concernés ou tout simplement les préférences des pays (pour le risque et la croissance aux Etats-Unis contre la sécurité en Europe continentale), les responsables politiques idéalisent une régulation (micro ou macro prudentielle, mais aussi fiscale, comptable) qui, si tant est même qu’elle existait théoriquement, est tout simplement hors de portée. Il est vain de souhaiter une refondation à la Roosevelt, avec le Glass-Steagall Act de 1933 comme symbole, alors que l’environnement est aujourd’hui plus globalisé, plus complexe qu’il y a 75 ans et, surtout, que la Grande Dépression, c’est-à-dire la purge des fondations du système, n’a pas eu lieu.

Aujourd’hui, les Etats du monde riche sont plus que jamais prisonniers de leurs décisions; avec une dette publique qui, en raison de la crise, pourrait progresser en moyenne de 40 points de PIB entre 2007 et 2014 (selon le FMI). Une forte remontée des taux d’intérêt est pratiquement impossible à envisager; d’où une forte contrainte sur les banques centrales dont l’indépendance a déjà été passablement entamée par la monétisation quasi-forcée des dettes publiques; d’où également une forte contrainte sur les investisseurs incités à suracheter les emprunts d’Etat (au travers de Solvency 2 par exemple). Les Etats sont en complet conflit d’intérêt dans ce domaine et ce n’est pas par hasard si la principale bulle réside probablement aujourd’hui dans les obligations publiques. Ceci ne signifie pas qu’elle éclatera demain, mais que la prochaine crise financière peut venir des Etats occidentaux eux-mêmes.

Par JEAN-PIERRE PETIT Stratégiste de marché
(1) «La Bourse, rupture et renouveau» (Odile Jacob, 2003) et « la finance autrement» (Dalloz, 2005)

Jeudi 14 Janvier 2010
Notez




Nouveau commentaire :
Twitter

Your email address will not be published. Required fields are marked *
Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Recevez la newsletter quotidienne


évènements


Lettres métiers


Livres Blancs




Blockchain Daily News