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Les fausses pistes de la réforme bancaire


Il est difficile d’établir une relation claire entre la structure de l’industrie financière et le succès ou l’échec pendant la crise.




Les fausses pistes de la réforme bancaire
Des océans d’encre (ou d’octets) ont été déversés au cours de ces trois dernières années pour tenter de mettre en forme les moyens de résoudre l’énigme des banques too big to fail. De nombreux intellectuels et experts ont fustigé les régulateurs et les banquiers centraux pour leur incapacité à comprendre les attraits évidents du «narrow banking», une restauration de l’ère Glass-Seagull visant à instituer une séparation entre le secteur bancaire commercial et de celui de l’investissement/d’affaires, ou des ratios de réserves obligatoires considérablement plus élevés. Et c’est sur ce terrain contesté avec force qu’avance la Commission bancaire indépendante de Grande Bretagne, établie l’année dernière par le Chancelier de l’Echiquier George Osborne, dont le mandat est d’examiner les réformes structurelles envisageables du système bancaire pour sauvegarder la stabilité et la concurrence financière. La Commission est dirigée par Sir John Vickers, directeur du All Souls College d’Oxford, probablement ce qui se fait de mieux dans le système académique britannique. A ses côtés se trouve Martin Wolf du Financial Times, on peut donc s’attendre à un accueil positif de la part de ces fameuses pages saumon.

Le rapport intermédiaire de la Commission, publié le 11 avril dernier, est à la fois lucide et profond. Il démontre aussi de manière persuasive que tous les remèdes proposés sont très coûteux. Le lecteur est obligé de conclure que les régulateurs n’ont peut-être pas été si sombres que cela.

Un premier point qui en ressort est qu’il est difficile d’établir une relation claire entre la structure de l’industrie financière et le succès ou l’échec pendant la crise. Certaines banques universelles s’en sont plutôt bien sorti, d’autres moins bien. Certaines banques d’investissement ont prospéré (dans le cas de Goldman Sachs, peut-être même trop), d’autres se sont effondrées. Certaines banques de détail ont bu la tasse comme Northern Rock, tandis que d’autres sont restées à flot (la filiale britannique de Santander, par exemple).

Vickers expédie sans ménagement certaines des options les plus séduisantes. Le narrow banking, qui implique que les dépôts de détail soient gardés dans des entités distinctes, soutenues seulement par des actifs liquides et sûrs comme les obligations d’État, ne passe pas l’examen du microscope de All Souls. «Les coûts sociaux seraient conséquents», prévientil, dans la mesure où les synergies entre l’enregistrement des dépôts et les prêts seraient perdues. Et les gouvernements devraient presque certainement aussi soutenir certaines banques de prêts, ce qui fait que les bénéfices déclarés en termes d’isolation de l’argent public ne seraient pas réalisés.

Vickers n’apprécie pas non plus le principe de la soi-disant «banque à raison limitée», dans laquelle toutes les dettes sont effectivement sécurisées. «Il y aurait une baisse de la valeur économique ajoutée de l’intermédiation» et les prêts aux petits et moyennes entreprises en seraient profondément affectés.

Limiter clairement la taille des banques n’a pas non plus ses faveurs. La règle Volcker? «Il est peu probable que son impact soit significatif en Grande Bretagne», ou même implicitement ailleurs qu’aux États-Unis.

Le principe Glass-Steagall a retenu un peu plus d’attention de la part de la commission mais ne passe pas non plus l’examen: «Les coûts d’une séparation totale pourraient s’avérer plus élevés que nécessaire par rapport aux problèmes à régler», compte tenu en partie du potentiel «d’économies d’échelle entre les services bancaires de détail et les services bancaires de grands comptes/d’investissement ». En outre, «une complète séparation supprimerait tous les bénéfices d’une diversification intrabancaire et éliminerait donc la possibilité qu’une partie du groupe puisse venir à la rescousse d’une autre partie». A ce stade du rapport, les lecteurs dans la salle du conseil des banques britanniques s’attendaient à une passerelle en trois volets. Le professeur anobli comptait aller droit sur la Freedom of the City of London [la Liberté de la Ville de Londres] (un obscur honneur, mais apprécié, et qui autorise son détenteur à faire traverser un troupeau de moutons sur le London Bridge.)

Mais il y a une surprise inattendue. Une réforme qui trouve grâce aux yeux de la commission est celle décrite comme «la barrière fiscale d’exploitation de détail ». L’impact serait d’exiger d’une banque qui proposerait des services aux particuliers en Grande Bretagne de les placer dans une filiale différemment capitalisée. Les obligations de capitaux rattachés à cette filiale seraient plus lourdes, avec un minimum de première catégorie de fonds propres d’un minimum de 10%, comparé au nouveau standard du Bâle III de 7%.

Une telle obligation imposerait des coûts aux banques universelles en contraignant leur capacité à transférer du capital en interne. L’échelle de ces coûts est inconnue, mais le prix des actions des banques susceptibles d’être concerné (Barclays et Royal Bank of Scotland en particulier) a augmenté lorsque le rapport a été rendu public, suggérant qu’ils ne sont pas aussi élevés que ce qui avait été craint.

Le principal avantage de ce système est qu’il concorde avec d’autres réformes en développement à Bâle; une barrière fiscale d’exploitation de détail a plus de sens si elle est associée à un nouveau régime de résolution, qui permettrait à une filiale de détail d’être fermée sans contagion pour le reste du groupe bancaire. Si les efforts pour produire un arrangement de renflouage parallèle, permettant aux détenteurs d’obligations de partager le fardeau, portent aussi leurs fruits, nous pourrions avoir à portée de main une réforme sensée et peu coûteuse dont le marché peut s’accommoder - et que les régulateurs auraient les moyens réalistes de gérer.

Ceux qui veulent «réduire la taille des banques», même si cela implique de se couper le nez pour se punir soit même, seront insatisfaits avec Vickers. Cependant, en contribuant une évaluation honnête et rigoureuse des principales propositions de réforme, la Commission bancaire indépendante a rendu un service inestimable et mérite toute la reconnaissance pour un travail réalisé avec élégance.

L’Agefi, quotidien de l’Agence économique et financière à Genève
www.agefi.com

Vendredi 29 Avril 2011
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