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Les exportateurs français sur la barrière des langues


IMPORTATIONS. La France est en position de force en Suisse occidentale. Mais presque absente de l’autre côté.




Les exportateurs français sur la barrière des langues
La force du franc a récemment redonné de la visibilité à la thématique des exportations vers la Suisse. Un élément qui se vérifie. La France, par exemple, affiche en ce domaine une croissance de 12% en 2010. La question de l’optimisation reste malgré tout ouverte. Fabrice Lelouvier, à la tête d’Ubifrance Suisse, se la pose depuis plusieurs années concernant la position des entreprises françaises. A la tête d’une jeune équipe de 8 conseillers exports, il tente surtout d’imposer une réponse très pragmatique en focalisant une partie de ses efforts sur la Suisse alémanique. Un territoire prépondérant pour l’économie domestique, où la France est clairement sous-représentée. L’opération de promotion est en cours. Le geste inaugural a eu lieu en 2009, avec l’implantation de la représentation locale d’Ubifrance à Zurich. Une décision symbolique pour cette structure parapublique de conseil à l’exportation, un rouage du large dispositif de promotion dont la France bénéficie en Suisse, précédemment rattachée physiquement à l’Ambassade à Berne. Rappelons que les conseillers économiques et commerciaux d’ambassade ont été mis en place par Talleyrand après la Révolution. Le déménagement à Zurich signale la volonté de préciser une vocation commerciale. Ce mouvement s’effectue par ailleurs dans le contexte plus vaste du projet national «L’équipe de France de l’export», mis en place dans le cadre de la réforme des dispositifs de soutien à l’internationalisation lancée par Nicolas Sarkozy. La Suisse est un débouché important pour l’offre française, dont elle est le huitième client. Les effets de la réforme ne sont globalement pas encore visibles et la balance commerciale française reste pour l’instant négative, notamment impactée par les importations de matières premières. Sur la Suisse, la France affiche toutefois un excédent, de près de 500 millions d’euros par an, avec quelque 35.000 sociétés françaises qui exportent des biens vers la Suisse chaque année. Un chiffre d’affaires global de 11,3 milliards d’euros, soit 9% de l’ensemble des importations en Suisse (contre 33% pour l’Allemagne et 10% pour l’Italie). Vu de Suisse, la France représente le troisième fournisseur, derrière l’Allemagne et l’Italie.

Avec la croissance des exportations en 2010 le contexte est globalement positif. Les organes de promotion tablent notamment sur la force du franc pour renforcer la tendance. L’évolution se mesure d’ailleurs moins en chiffre d’affaires (très dépendant de facteurs exceptionnels, comme les commandes dans le domaine aéronautique) qu’en nombre d’entreprises exportatrices. Dans ce domaine, la France doit encore inverser une orientation négative enregistrée depuis près de dix ans. La France compte à ce jour près de 100.000 sociétés actives à l’international. En retrait en comparaison européenne. L’Allemagne en compte près de 300.000 et l’Italie près de 200.000.

Pour l’instant, la France se contente de maintenir ses parts de marché en Suisse. Pour changer la donne il faudrait que les exportateurs fassent clairement le pas de la Suisse alémanique. C’est l’objectif de Fabrice Lelouvier, qui tente depuis dix-huit mois de faire tomber des préjugés parfois tenaces. Sur le thème «un pays, plusieurs marchés », le responsable d’Ubifrance a développé tout un argumentaire pour valoriser le potentiel inexploité outre-Sarine: référence plus solide à l’international (présences des grands groupes), ouverture vers les débouchés allemands et autrichiens. Le message est certainement entendu, mais leseffets ne sont pas encore probants. Les importations françaises se concentrent toujours sur la Suisse romande, démontrant une large disproportion avec la réalité du marché domestique. La France assure le quart des importations dans la partie francophone, contre seulement 8% dans la partie alémanique. Le choix de l’implantation d’Ubifrance à Zurich paraît élémentaire dans ce contexte. Les barrières culturelles restent parfois difficiles à abattre. Surprenant alors que les biens d’importations dont il est question ne présentent a priori aucune dimension culturelle. On pense par exemple aux produits de librairie, mais les exportateurs français sont majoritairement actifs dans le domaine de l’industrie et de la sous-traitance (28,2% de biens intermédiaires, contre 25,8% de biens de consommation). Le top 3 est constitué de l’aéronautique (6,1%), de la pharma (6%) et de l’automobile (4,3%). Viennent ensuite la joaillerie (4%), l’électricité (3,6%), la chimie (3,4%), les produits pétroliers (3,2%), vin et champagne (2,7%), parfums (2,6%) et horlogerie (2%).

La clientèle d’Ubifrance est essentiellement constituée de PME, de l’artisan travaillant seul au groupe industriel. Fabrice Lelouvier souligne que l’exportation directe est souvent le fait des petites structures et que la plupart des entrepreneurs cherchent avant tout des clients, plutôt que des partenaires. La mission d’Ubifrance est d’agir comme pivot du dispositif public, selon deux axes: en amont, accompagner les entreprises dans leur préparation à l’exportation et en aval, fournir des prestations concrètes d’approche des marchés étrangers via son réseau. Ce travail s’effectue en étroite collaboration avec les Chambres de commerce, tant avec celles situées en France qu’avec la Chambre France Suisse pour le Commerce et l’Industrie, association d’entreprise qui compte une représentation à Genève et Zurich, au travers d’opérations de promotion et de communication, dont l’édition récente d’un guide des affaires. Ubifrance Suisse est la filiale en Suisse de l’agence Ubifrance présente dans 54 pays et bénéficiant d’un financement public à hauteur d’environ 60% de son budget.

L’Agefi, quotidien de l’Agence économique et financière à Genève
www.agefi.com

Vendredi 20 Mai 2011
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