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Les directeurs financiers facilitent la croissance en cette période de credit crunch


La vague de législations sur la gouvernance qui a déferlé sur les entreprises entre la fin des années 1990 et le début des années 2000, telles que la loi Sarbanes-Oxley et l'élargissement des réglementations IFRS et IAS, pourrait avoir un effet secondaire positif sur les directeurs et responsables financiers.




Thierry Fautré
Thierry Fautré
Ces règles ont fait de la conformité réglementaire (qui relevait auparavant principalement de la compétence du directeur financier) une responsabilité collective de la direction, tous les directeurs et dirigeants étant désormais tenus de maintenir un “contrôle” efficace sur les activités, les finances et l’intégrité de l'entreprise. L'investissement dans l'automatisation des informations de gestion et des données financières nécessaires pour l'exercice d'un tel “contrôle” pourrait bien libérer le service financier de la responsabilité de certains business processes et accroître ainsi son rôle stratégique.

Il s'agit-là d'un développement important pour les directeurs financiers car, bien que beaucoup d'experts annoncent depuis dix ans la transformation imminente des directeurs financiers en stratège de l'entreprise, la transition s'est avérée progressive. La dernière recherche menée par CapGemini auprès des directeurs financiers européens donne un aperçu intéressant de l'évolution du rôle du directeur financier. Elle fait preuve de circonspection au niveau de la rapidité du changement, notant que “les directeurs financiers siègent peut-être à la table des décisionnaires, mais leur voix n'est pas toujours entendue lorsqu'il s'agit de la stratégie”. Mais elle met aussi en exergue les domaines dans lesquels les directeurs financiers contribuent désormais à la stratégie, déclarant que “en 2008, l'ordre du jour du directeur financier indique qu'il est en train de devenir le 'gardien des actifs de l'entreprise', ainsi que le ‘créateur de richesse' au sein du conseil, lesquels sont des rôles véritablement stratégiques”. Une étude complémentaire menée sur le sujet en Allemagne a indiqué que les directeurs financiers des entreprises plus petites occupaient souvent une fonction particulièrement stratégique, et qu'une telle approche était critique à la mise en œuvre d'une gestion centralisée du fonds de roulement dans les entreprises plus grandes, et notamment les sociétés de private equity .

Bien évidemment, les conditions économiques auxquelles sont confrontés les directeurs financiers diffèrent selon les pays européens. En Allemagne et en France, les indicateurs de confiance des chefs d'entreprise présentent des signes d'amélioration, en dépit du resserrement du crédit engendré par la crise des marchés financiers de l'année dernière. Il n'en demeure pas moins, d'après Lombard Street Research, que les exportateurs allemands sont responsables de presque les deux tiers de la croissance moyenne de la production (2,8%) des deux dernières années. Cela rend l'économie extrêmement vulnérable à un ralentissement de la demande mondiale. Les carnets de commande sont d'ailleurs déjà en baisse depuis le début de l'année . En Espagne, la crainte est que l'économie, qui a enregistré depuis dix ans une croissance solide, mais très dépendante de la promotion immobilière, risque de souffrir maintenant que l'immobilier semble être en net recul . L'Italie, bien que traversant une période de relative stabilité après le fort mandat reçu par le gouvernement à l'occasion des élections parlementaires, n'en continue pas moins de faire face à des conditions économiques difficiles. Le gouvernement précédent était parvenu à réduire l'énorme dette publique de l'Italie à 103% du produit intérieur brut, le taux le plus élevé de toute l'eurozone, mais le pays continue de rembourser 70 milliards d'€ d'intérêts par an. La Grande-Bretagne, où la santé économique est très dépendante de l'immobilier commercial et résidentiel, a aussi récemment enregistré un recul, et le dernier rapport du Royal Institute of Chartered Surveyors a publié l'indice de confiance des chefs d'entreprise le plus bas depuis 30 ans. De surcroît, pour une variété de raisons, parmi lesquelles les taux de change, l'économie de la Grande-Bretagne est désormais tombée derrière celle de la France. Enfin, aux Etats-Unis, où le marché des subprimes affecte la 'vraie' économie aussi bien que les marchés financiers, les recettes fiscales du Gouvernement vont continuer d'être affectées par les énormes pertes enregistrées par les banques, et les signes de récession s'accumulent.

Bien que les environnements économiques des divers pays varient, les directeurs financiers font tous face aux mêmes enjeux : les marchés sont tous en train de ralentir à des degrés divers et l'accès au crédit est en train de se resserrer. Mais, si cette situation pose des problèmes opérationnels aux directeurs financiers, elle leur donne également l'occasion de renforcer leur position stratégique. Alors qu’il y a dix ans, l'objectif était exclusivement de gagner en efficacité grâce la gestion améliorée de la chaîne de valeur, les entreprises ont désormais compris qu'il était possible de tirer des avantages tout aussi conséquents du contrôle et de la gestion de la chaine de valeur financière.

D'après une étude récente , les priorités actuelles des directeurs financiers sont les suivantes : économies d'échelle (pour la réduction des coûts unitaires); économies de localisation (co-localisation, arbitrage de l'emploi, soutien linguistique, reprise en cas de désastre), efficacité opérationnelle (Six Sigma-plus, conformité stratégique, optimisation des processus); automatisation technologique (numérisation, architecture orientée vers le service); et services à valeur ajoutée (analyse et reporting, chaîne de valeur financière, etc..). Alors que le temps des crédits bancaires bon marché est dépassé, il est de plus en plus important de faire du directeur financier un moteur de croissance et d'investissement. Le rôle de 'moteur' est particulièrement dépendant des deux dernières priorités identifiées dans cette étude. La technologie (informatique, mais aussi matériel, transport et nombreux autres biens d'équipement) a un effet disproportionnellement élevé sur la croissance et génère un avantage compétitif conséquent par rapport à son coût réel. Si bien que rendre les investissements technologiques abordables est l'un des principaux domaines où les compétences du directeur financier peuvent avoir une influence fondamentale sur la stratégie et la prospérité de l'entreprise.

Etant donné l'effet disproportionnellement positif de la nouvelle technologie sur l'efficacité et la compétitivité, la question suivante que doit se poser le directeur financier est la manière de financer cette technologie. La diversification des sources de crédit constitue une politique de gestion du risque sensée, surtout au niveau des banques. Mais cette diversité, particulièrement à l'époque actuelle de resserrement des conditions du crédit bancaire, doit se refléter dans la gamme d'outils financiers 'alternatifs' auxquels fait appel l'entreprise en plus du financement bancaire, par exemple le financement d'actifs (crédit bail, location opérationnelle et financière) et l’affacturage.

Le resserrement actuel du crédit donne aux directeurs financiers l'occasion de se servir habilement de cette diversité des sources de financement pour protéger leur entreprise contre les turbulences économiques. La crise des marchés donne aux entreprises réactives la chance de prendre une longueur d'avance sur leurs concurrents engagés dans des montages financiers moins flexibles. Le rôle du financement d'actifs et du crédit-bail dans la gestion des modes de financement est d'offrir une ligne de crédit supplémentaire permettant de libérer le fonds de roulement jusqu'alors immobilisé dans l'achat classique d'équipements. Il facilite également le processus de budgétisation, car les paiements sont fixés sur toute la période de financement (apportant ainsi une protection contre la volatilité des marchés). Dans le cadre de la location opérationnelle, la société de financement peut reprendre les actifs en fin de contrat si l'entreprise décide ne pas les racheter à un prix convenu à l'avance appelé valeur résiduelle.

Ces propos sont corroborés, entre autres, par IDC, société de marketing indépendante, qui remarque qu'elle “continue de penser que, dans de nombreuses situations, l'acquisition des actifs technologiques par financement locatif présentent de plus gros avantages opérationnels, stratégiques et financiers que l'achat classique. Encore plus important, le financement locatif offre une protection précieuse contre l'obsolescence technologique et peut faciliter la mise au rebut environnementale des équipements. Le financement locatif permet aux entreprises d'acquérir des équipements à la pointe du progrès tout en conservant des lignes de trésorerie et de crédit à des fins commerciales stratégiques, telles que l'agrandissement des locaux, la recherche et le développement, l'expansion de la force de vente ou l’affacturage. ”

Cet article a jusqu'à présent examiné le rôle déterminant des directeurs financiers dans le financement des investissements (équipements et technologies) au sein de l'entreprise. Mais, dans une conjoncture économique difficile, il est tout aussi important de se servir du financement pour aider les clients à acheter les produits de l'entreprise. Le rôle stratégique du directeur financier est donc tout aussi important pour le financement des ventes que pour le financement des investissements. Un produit assorti d'une option de financement peut permettre de maintenir les volumes de vente, même en période de conjoncture difficile. Le processus d'accès au crédit doit être précis et rapide. C'est la proposition offrant la décision de financement la plus rapide qui aboutira à la vente. Dans ce domaine, les sociétés de financement ayant acquis une connaissance fondamentale du processus de vente (et qui font souvent partie elles-mêmes d'une société technologique) sont souvent plus expertes à traiter les demandes de crédit, car elles savent quelles technologies conviennent au client et possèdent des modèles d'approbation de crédit sophistiqués issus de décennies d'expérience.

Le financement des créances clients, qui consiste à vendre les factures clients non encaissées à une société tiers, fait aussi l'objet d'un engouement croissant parmi les directeurs financiers proactifs. Là encore, dans des conditions de resserrement du crédit, cette technique permet de libérer des liquidités pour l'investissement dans les ventes, le marketing, le développement de produits et autres domaines clés. Une récente étude a indiqué qu'au Royaume-Uni, les retards de paiement immobilisaient 64 milliards de £ (90 milliards de €) dans le système, et ceci dans un pays parmi les mieux classés en matière de performance de paiement des entreprises. Cela signifie que les sommes d'argent immobilisées sont probablement proportionnellement supérieures dans d'autres pays d'Europe continentale.

En conclusion, l'évolution tant annoncée du rôle du directeur financier de gardien à stratège est actuellement en train de se concrétiser. Le resserrement actuel du crédit lui donne même un rôle fondamental dans le maintien de la capacité d'investissement dans la croissance et l'avantage compétitif de nombreuses entreprises. Ce nouveau phénomène se traduit donc par la popularité croissante du financement des investissements à l'aide de modes de financement alternatifs tels que le crédit bail et la location financière, mais aussi des méthodes de financement des ventes donnant aux clients la possibilité d'investir, même lorsque d'autres sources de crédit deviennent inaccessibles ou trop coûteuses.

Thierry Fautré, Président, Siemens Financial Services France
Siemens Financial Services France

Mardi 15 Juillet 2008
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