Les Entreprises Face à la Gestion des Risques Climatiques


Le monde change, les temps changent, et il semble que la gouvernance des entreprises est aussi sur la voie du changement. Comment pourrait-il en être autrement ? Tant il est vrai, qu’il est de plus en plus difficile aux chefs d’entreprises de nier l’impact du réchauffement climatique ou de la raréfaction des ressources naturelles sur la conduite de leurs affaires.




Constant Calvo
Constant Calvo
L’interdépendance des pays ajoute à l’incertitude et aux risques d’une économie mondialisée dans laquelle une catastrophe naturelle dans une région du monde, comme celles auxquelles on a assisté tout au long de l’année 2012, peut provoquer des dysfonctionnements, des dégâts et dommages partout ailleurs, affectant la santé et le bien-être des uns, l’approvisionnement et les relations commerciales des autres, ici l’emploi et la sécurité matérielle, là les échanges, les transports et la communication.

Dans un monde en proie aux crises globales et systémiques, personne n’ose croire que les concepts actuels de croissance et de performance économique ne seront pas profondément revisités.

Les risques climatiques sur la conduite des affaires ne sont pas une vue de l’esprit, ils sont pris très sérieux par les chefs d’entreprise eux-mêmes, comme en témoigne la publication de l’étude « Global Riks » publiée en amont du Sommet de Davos, qui s’est tenu du 23 au 27 janvier 2013, laquelle évoque les conséquences désastreuses probables du réchauffement climatique et préconise d’agir très rapidement. Elle dresse la liste des risques majeurs pour l’économie et la planète sur les 10 prochaines années selon leur degré de probabilité et de gravité ; où il apparaît que les risques environnementaux, en particulier les risques climatiques, occupent une place prépondérante.

« La logique de gestion des risques, peut-on notamment lire, nous encourage à investir aujourd’hui pour protéger les infrastructures essentielles et les centres d’activités économiques contre les futurs dégâts environnementaux. C’est aussi un impératif politique que de le faire dès maintenant afin de créer des emplois et de rétablir la croissance économique aussi vite que possible. »

Et également ceci :
« Les températures pourraient augmenter de 4 degrés d’ici 2060. Cela aurait des conséquences désastreuses, notamment des cyclones tropicaux plus fréquents, une augmentation des épisodes de sécheresse intense et des inondations des zones côtières. Ces effets entraîneront non seulement de lourdes pertes économiques mais aussi des déplacements massifs de populations, une augmentation de l’insécurité alimentaire et une aggravation des problèmes d’accès à l’eau. »

Comment les chefs d’entreprises doivent-ils et peuvent-ils prendre en compte cette nouvelle équation ? Comment les investisseurs perçoivent-ils les risques en termes de chaîne de valeur liés à ces incertitudes et dangers ? Comment les parties prenantes externes, dont les communautés humaines, mesurent-elles la responsabilité des entreprises sur l’utilisation des ressources naturelles locales et régionales quand celles-ci se font de plus en plus rares, et comment s’y prendront-elles pour interpeler ces dernières, voire porter leurs griefs et revendications dans des actions de justice ? Quid des risques financiers et éthiques ?

Les entreprises sont confrontées à la nécessité de créer un modèle économique et managérial centré sur le développement durable et la responsabilité sociale, sociétale et environnementale, en intégrant dans leurs activités le changement climatique ou la raréfaction des ressources – soit une organisation résiliente susceptible de générer de la valeur économique, des écosystèmes en bonne santé et des communautés solides.

S’agissant plus spécifiquement du réchauffement climatique et de ses conséquences, l’intensité et la fréquence croissante des catastrophes météorologiques nous font prendre conscience de notre vulnérabilité face aux forces de la nature, qu’il nous est impossible de contrôler malgré notre maîtrise technologique et scientifique.

Les entreprises n’ont pas d’autre choix que celui de devoir s’adapter, au même titre que la société dans son ensemble – et ce de manière continue et continuelle – aux conséquences des dérèglements et bouleversements climatiques, en termes de disponibilité des ressources, de protection de leurs personnels, de sécurité de leurs bâtiments, de sécurisation de leurs outils de production, de l’exploitation opérationnelle de leurs activités, voire de l’évolution et de la volatilité de leurs marchés.

Dans un article publié le 4 février 2013, le Réseau Entreprise Développement Durable (REDD) basé au Canada, propose aux chefs d’entreprise une stratégie d’adaptation – réaliste – en quatre étapes afin de faire face à une ère de phénomènes météorologiques extrêmes : Comprendre dans quelle mesure son entreprise est exposée, et est vulnérable aux impacts climatiques ; Faire appel aux solutions technologiques pour réduire sa vulnérabilité ; Diversifier afin de réduire les risques ; Se préparer aux phénomènes extrêmes, acquérir et développer ses compétences en matière de gestion de crise.

Évaluer les risques auxquels son entreprise est potentiellement confrontée ; réduire les risques jusqu’à un seuil acceptable ; évaluer la vulnérabilité de son entreprise dans une perspective globale en termes d’activités financières, stratégiques et juridiques ; élaborer ou adopter de nouvelles normes liées aux changements climatiques, touchant l’entretien et la maintenance, les matériaux, les installations, les actifs et l’ingénierie des processus; diversifier l’implantation géographique de ses installations, et ses produits ou services ; améliorer la résilience de son entreprise et sa capacité à affronter les situations de crise, voilà quelques unes des pistes de réflexion avancées par Dr. Jonatan Pinkse (École de gestion de Grenoble) et Federica Gasbarro (École supérieure Sainte-Anne, Italie).

Les auteurs de cette excellente étude précisent, qu’à côté des mesures d’adaptation les entreprises ne doivent pas oublier de mettre en œuvre des mesures « d’atténuation », soit la réduction des émissions de gaz à effet de serre, par exemple, car les mesures d’atténuation « peuvent aider à freiner les changements climatiques physiques et ainsi à réduire la nécessité de s’adapter. Par conséquent, l’atténuation demeure un élément indispensable d’une stratégie d’adaptation à long terme. »

S’il fallait apporter une preuve tangible que les risques climatiques représentaient une réalité ainsi qu’un danger pour la prospérité voire la survie des entreprises, il suffirait de faire remarquer que le Groupe AXA l’un des premiers Assureurs dans le monde a organisé le 4 octobre 2012 un événement qui a réuni des experts et un large public composé de journalistes, d’institutionnels et d’entreprises : « Risques Climatiques : Mieux Comprendre pour mieux Agir ».

Il semble bien que les Assureurs anticipent cette ère de phénomènes météorologiques extrêmes, car ils cherchent à combiner la modélisation des risques aux travaux de recherche des experts de la climatologie, afin de leur permettre d’adapter leurs modèles de couverture, considérant de surcroit que les changements climatiques vont exercer de manière croissante un impact majeur sur leurs propres activités.

Parfaite illustration, soit dit en passant, de la stratégie d’adaptation aux risques climatiques de toute une profession.

Constant Calvo, Directeur associé ADHERE RH
http://blog.adhere-rh.com

Jeudi 21 Février 2013
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