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Le tsunami des technologies numériques


Rien n’a encore commencé ou presque.



Robert Branche
Robert Branche
Si, nageant de bonne heure, le 26 décembre 2004, dans la baie de Phuket, vous trouvez que la mer pourrait être plus calme, vous feriez bien de ne pas trop vous plaindre, car le clapotis actuel n’est rien à côté de la vague qui bientôt balayera tout : oui, il ne sert à rien de s’inquiéter pour quelques ondulations, quand un tsunami arrive.

Face aux conséquences des vannes ouvertes de la mondialisation, les politiques enchaînent plans de relance sur plans de réduction des déficits publics. Mais sans réels succès. En eux-mêmes, ils pestent contre leur inefficacité, mais bientôt ils auront l’occasion d’avoir une vraie peur, car les perturbations actuelles ne sont rien à côté du tsunami technologique en train d’arriver.

Cette comparaison entre ce qui s’est passé sur la plage de Phuket ce lendemain de Noël 2004 et notre situation actuelle est violente, mais elle est à la hauteur de la puissance de ce qui va déferler : rien n’a commencé, et l’impact de la transformation induite par les technologies numériques n’a pas eu lieu.

Pourquoi donc ? Parce que, pour que tout puisse être bouleversé, il fallait la conjonction de plusieurs conditions maintenant réunies…

Tout est maintenant en place

Pour que tout puisse être bouleversé, il fallait la conjonction de plusieurs conditions maintenant réunies :

- Chacun, ou presque, a sur lui, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, un terminal connecté à haut débit, géolocalisé, et doté d’un écran de qualité,
- Le coût d’utilisation est bas,
- La puce du terminal certifie l’identité de son détenteur et permet des transactions financières,
- La génération Y qui a grandi avec Internet et sait intuitivement s’en servir, est montée en puissance,
- La technologie Blockchain permet d’enregistrer de façon sécurisée et décentralisée tout type de transaction, en établissant une confiance entre deux membres étrangers(1),
- La masse des données peut être traitée dynamiquement pour en extraire des connaissances et des informations structurées.

Cette conjonction ouvre le champ à des innovations qui dynamitent les entreprises existantes.

C’est bien le propos de Steve Blank dans un dossier récent publié par Compass :

« With two billion broadband Internet users and billions of smartphones now entering circulation, the necessary tools and infrastructure are in place for the Information Age to burst into full bloom, moving beyond the confines of just the technology world to transform all aspects of society. »

« If the traditional Industrial Era approach to decreasing costs and the traditional approach to increasing revenue have both reached a point of diminishing returns, what then is the solution ? The answer is disruptive innovation ; achieved through the creation of new Information Era products and services. » (2)

La révolution commence

Voici quelques exemples tirés d’une liste qui ne cesse de s’allonger :

- Uber rapproche clients à la recherche d’une voiture et conducteurs disponibles. Créée en 2009, elle se diffuse dans tous les pays, révolutionnant l’offre de taxis. Elle devrait prochainement aussi acheminer les livraisons des courses effectuées en ligne.
- L’économie de partage se développe en rendant accessible des ressources disponibles et sous-exploitées. Ceci provoque une chute rapide et importante des coûts pour les clients.
- La robotique conduit à une remise en cause profonde de l’emploi dans tous les domaines, tant industriels que de services. Si, dans un premier temps, ceci permet des relocalisations à cause de l’abaissement de la part de la valeur ajoutée consacrée au travail, l’impact à terme sur l’emploi devrait être massif dans tous les pays.
- Le développement des cours diffusés en ligne, les MOOC, est une réalité qui transforme déjà l’éducation en Inde, en y permettant une diffusion rapide des connaissances. Plus largement, c’est tout le système éducatif mondial qui est en train de muter. Nous allons vers une hybridation entre des cours in situ et d’autres via Internet, une application du « click and mortar » à l’enseignement : avoir les élèves et les professeurs physiquement présents dans le même lieu, au même moment, ne sera plus toujours nécessaire. Ou pour emprunter une métaphore, nous quittons le théâtre classique avec sa triple unité d’action, de temps, et de lieu, pour un nouveau paradigme abordant tous les sujets, tout au long de la vie et de façon collaborative entre des individus multilocalisés.
- La capacité de mener des diagnostics à distance, couplée avec l’existence d’objets connectés assurant un monitoring continu des patients à risque, transforme la relation malade et médecin, ainsi que celle de la prévention, et demain probablement tout le système de santé.
- Le nombre des start-ups se focalisant sur le secteur bancaire croît très rapidement, donnant naissance à un ensemble dénommé « Fintech » qui s’attaque à tous les domaines du secteur : prêt, paiement en ligne, financement de projet, transactions boursières, placements… Rien ne leur échappe. A terme, la possibilité de faire des rapprochements complexes et instantanés entre une multitude d’acteurs pourrait même supprimer le recours systématique à la monnaie pour dénouer des transactions.

Pour ceux qui douteraient de l’accélération en cours, voilà quelques données simples :

- Lancé en 1981, en quatre ans, le PC (« Personal Computer ») d’IBM a atteint 100 millions d’utilisateurs. Lancé en 2001, dans le même laps de temps, l’iPod d’Apple en était à environ 500 millions.
- En dix-huit mois, les logiciels d’exploitation pour téléphones portables d’Apple (IOS) et Google (Android) ont atteint respectivement plus de 500 millions et un milliard d’utilisateurs, alors que, dans le même délai, le PC n’en était qu’à moins de 10 millions, l’iPod à 100 millions, et Facebook à 300 millions.

Et la suite ?

Tout s’accélère. Qui aurait pu croire, encore récemment, que les processus de fabrication pourraient être remis en cause par des objets ne coûtant que quelques milliers d’euros ? Pourtant, plus personne aujourd’hui ne se risque à anticiper jusqu’où iront les conséquences du développement des imprimantes 3D.

Ne vous laissez pas tromper par leur nom : elles n’ont rien à voir avec les imprimantes que nous connaissons tous. Elles s’apparentent davantage à des machines-outils personnelles, capables de produire localement toutes sortes d’objets. Comment ? C’est de plus en plus facile : vous cherchez sur internet le plan qui correspond à l’objet dont vous avez besoin, vous versez un peu de poudre de plastique ou d’un autre matériau, ceci en fonction des caractéristiques visées, et un peu plus tard, l’objet est là.

Que peut-on d’ores et déjà faire avec ? Par exemple, une pièce introuvable pour réparer une machine en panne, des objets de décoration personnalisés, une prothèse, une arme, et même la construction d’une maison à partir de briques de base. Les limites sont sans cesse repoussées : amélioration des imprimantes 3D, utilisation de nouveaux matériaux, abaissement des coûts, accélération des procédés, etc.

Quelles sont les limites de cette révolution qui commence ? Impossible de les définir. Va-t-elle remettre en cause une grande partie des processus de production ? Peut-être. Certains disent déjà : certainement.

Son développement se couple avec celui d’ateliers de production communautaires, les « Fablabs » (contraction de « Fabrication laboratory » ou « Laboratoire de fabrication ») : chacun pourra demain y produire la pièce dont il a besoin sans avoir à investir dans une machine sophistiquée dont il n’a pas l’usage permanent. Un autre exemple de l’économie de partage dans laquelle nous entrons : logiciels libres ouverts, covoiturage, échange d’appartements, financement participatif ou crowdfunding, etc.

Et les grandes entreprises s‘y intéressent aussi. Témoin, les annonces que viennent de faire les constructeurs aéronautiques : de General Electric à Safran, en passant par Rolls Royce, Boeing ou Airbus, tous commencent à intégrer l’impression 3D dans leurs processus de production.

Autre univers en plein bouleversement : la santé. Elle est le nouveau graal dans lequel investissent des entreprises comme Google, Apple ou Facebook : objets connectés qui permettent en temps réel tant d’optimiser l’exercice quotidien, que d’assurer le suivi de patients à risque ; recherche sur l’allongement de la durée de la vie ; homme augmenté qui fait fondre les frontières entre humanité et robotique. Certains vont jusqu’à prédire que soit l’homme sera augmenté, soit il sera dépassé par ses propres créations. Les Hal 9000 de l’Odyssée de l’espace, robots d’Isaac Asimov, ou plus récemment Real Humans de la série suédoise arrivent. Imaginez aussi les conséquences d’une durée de la vie allant jusqu’à cent cinquante ans : explosion de la population humaine, cohabitation de trois générations supplémentaires. Difficile alors de débattre d’une retraite à soixante ou soixante-cinq ans !

Le changement ne fait que commencer…

(1) C’est un protocole sur lequel repose notamment le Bitcoin. Voir Fintech 2020 : reprendre l’initiative, Rapport produit par Pierre-Alexis de Vauplane, Jean-Baptiste Bernard et Édouard Roblot, Croissance Plus, 23 octobre 2015
(2) The Global Startup Ecosystem Ranking 2015, Steve Blank, Compass, Juillet 2015


Conseil depuis 1988, d’abord au sein de grands cabinets internationaux, puis en indépendant, je suis spécialisé dans l’accompagnement des équipes de direction dans la définition et la mise en œuvre de stratégies innovantes en univers incertain : pour moi, l’incertitude est d’abord source d’espoir, de différentiation et de création de valeur réelle.
Dans mon livre Neuromanagement;, j'ai montré l’importance des processus inconscients dans les entreprises et comment, en s’appuyant sur eux, développer performance et réactivité. Dans les Mers de l’incertitude, j'expose comment tirer parti de l’incertitude et diriger en lâchant prise.

Dans Les Radeaux de feu, je vais plus loin en montrant que le défi du management en systèmes turbulents n'est plus la décision, mais l'émergence : comment maintenir un cap et créer de la stabilité tout en lâchant prise.


Depuis fin 2013, je me suis engagé au sein de Nous Citoyens, car agir pour la refondation de la France est une priorité.

Après avoir été rapporteur de la Commission Efficacité de la Dépense Publique, je suis depuis septembre 2014, Vice-Président du Mouvement.

Vendredi 27 Novembre 2015
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