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Le risque de credit crunch s’accroît encore en Europe


La situation est tendue. Malgré l’opération LTRO de décembre qui a apporté 489 milliards de liquidités aux banques.




Le risque de credit crunch s’accroît encore en Europe
Le crédit crunch désigne un phénomène de rationnement du crédit, qui se produit lorsque les banques durcissent les conditions d’octroi du crédit pour faire face à une montée des risques de créances douteuses et que les marchés actions réclament parallèlement une prime de risque plus élevée. Un crédit crunch grippe la machine économique en réduisant les prêts aux entreprises et aux particuliers et peut même, dans les cas extrêmes avoir une influence sur la partie R&D de certaines entreprises.

Malgré l’opération LTRO de décembre 2011 qui a apporté 489 milliards d’euros de liquidités aux banques européennes sur une durée de trois ans, la situation se tend de plus en plus et pourrait laisser augurer d’un futur maussade à moyen terme. Le graphique cicontre confirme que la situation devient de plus en plus tendue. (>0 correspond à un assèchement du crédit, < 0 correspond à une amélioration du crédit). Il y a deux manières d’éviter un crédit crunch, il convient donc de les décortiquer.

a/ Injecter de la liquidité

Une des solutions pour éviter ou atténuer un crédit crunch, est d’injecter de la liquidité. Il faut rappeler que la liquidité fournie par les banques est responsable de 75 % du financement de l’économie de la zone euro. En ce sens, la BCE a ouvert en grand ses guichets au profit des banques menacées d’un assèchement du crédit, en lançant le 21 décembre 2011 la première de ses deux opérations inédites de refinancement à trois ans annoncées le 8 décembre. Malgré tout, les entreprises constatent aujourd’hui qu’il y a quand même une raréfaction du crédit. La BCE confirme dans son rapport du 1er février 2012 que c’est surtout la trésorerie des sociétés qui est impactée.

La récente enquête confirme qu’un quart des banques de la zone euro prévoient de durcir leurs conditions de crédit aux entreprises au cours des prochains mois. Ce constat confirme et accentue donc la tendance déjà nettement perceptible fin 2011. Selon le texte, les banques participantes ont expliqué l’intensification du resserrement des règles de crédit par la conjonction défavorable de la détérioration des perspectives économiques et de la crise de la dette souveraine de la zone euro, qui a continué de saper la situation financière du secteur bancaire.

A cela il faut ajouter que :
- 35% des banques ont durci leurs conditions de crédit aux entreprises au quatrième trimestre, alors que cette proportion n’était que de 16% dans l’enquête sur le troisième trimestre 2011.
- 21% des banques prévoient une baisse de la demande de prêts des entreprises sur les trois premiers mois de cette année, contre 5% seulement au troisième trimestre.
- 44% des banques attendent une baisse de la demande de prêts immobiliers.

Le président de la BCE, Mario Draghi, a déclaré, en marge de la publication du rapport que les 489 milliards de liquidités (apportés aux banques lors du refinancement à trois ans de fin décembre) avaient permis d’éviter un credit crunch majeur. Malgré tout, il a aussi ajouté que le crédit restait fortement affaibli dans certaines parties de la zone euro. Ceci laissant augurer que la situation est toujours à risque. Un nouvel assèchement de crédit serait bien évidemment un nouveau coup dur porté aux nombreuses PME qui fournissent la majorité des emplois.

b/ Rétablir la confiance

La confiance est le moteur de la croissance mais aussi de la normalisation des conditions de crédit. En période de crises financières, la perte de confiance se diffuse dans l’ensemble de l’économie et au sein des banques. Les institutions financières finissent par ne plus croire en rien, freinant donc l’accès au crédit. La méfiance des banques à l’égard de l’ensemble des agents économiques conduit au refus de crédit.

Il ne faut pas oublier qu’une crise de confiance porte sur tous les acteurs de la vie économique et toutes les opérations de crédits. Synthétiquement, c’est aussi bien le fait de réduire voire d’interrompre les prêts à la consommation, que de stopper toute opération de crédit entre banques. En ce sens, l’on constate que les indices de confiance sont parfaitement corrélés avec la performance des indices.

S’il est un fait que nous enregistrons depuis peu un rebond général de la confiance, son rétablissement reste fragile et prendra beaucoup de temps.

Il n’est donc pas faux de penser que toute tension sur le crédit va avoir une influence sur la confiance qui en définitive impactera l’évolution des indices boursiers. Le gouverneur de la Réserve fédérale de New York, donna en 2007 une bonne synthèse du lien qu’il y a entre liquidité et confiance qui pourrait se résumer par: «La liquidité, c’est la confiance. Si la confiance des investisseurs est particulièrement mise à mal, le manque de liquidité lié à un choc peut se révéler particulièrement imprévisible».

Il faut cependant noter que l’enquête de la BCE menée entre le 19 décembre 2011 et le 9 janvier 2012 auprès de 124 établissements ne prend pas pleinement en compte l’impact de l’injection massive de liquidités réalisée le 21 décembre. Malgré tout, le déversement de liquidité de la BCE ne semble pas avoir eu les effets escomptés pour l’instant, ce qui pourrait aussi mettre à mal le rétablissement de la croissance. En effet, les banques se sont empressées da replacer les liquidités ainsi obtenues à la BCE.

Les conditions de prêt ne sont pas encore dramatiques, mais elles sont de nature à nourrir les inquiétudes sur les risques d’assèchement du crédit avec la prolongation de la crise de la dette dans la zone euro.

Par JOHN-F. PLASSARD
Louis Capital Markets Genève


Les précédents cas de credit crunch

Si nous devions connaitre un crédit crunch, cela ne serait pas une première, les précédents sont nombreux. Deux d’entre-eux méritent l’attention.

Crise du subprime aux Etats-Unis
Comment parler de la crise de la dette sans parler de la crise du subprime? Fin 2008, la chute de Lehman Brothers eut comme conséquence une évolution du crédit bancaire dont découlera la plus forte contraction du crédit jamais observée depuis le début de la publication des statistiques de la Fed (soit depuis 35 ans…). Il faut cependant rappeler que cela mis fin à des décennies d’expansion de la dette aux Etats-Unis. Cette contraction était une conséquence directe des difficultés bancaires et de la chute de l’immobilier, portant ainsi un coup d’arrêt à l’expansion incontrôlée du crédit. Les conséquences que l’on connait aujourd’hui sont: une chute de la consommation et une extension de la crise à tous les secteurs de l’économie.

Japon des années 1990
La crise des banques japonaises dans les années 1990, consécutive à l’éclatement de la bulle boursière et immobilière, a été la plus longue (10 ans) et la plus importante en perte de capital (775 milliards
de dollars, selon le FMI, et 20% du PIB annuel du pays). Faute d’avoir su gérer dés le début les créances douteuses et malgré des taux d’intérêt très bas de la part de la Banque du Japon, les banques ont été incapables d’assurer leur rôle de financement des entreprises et des ménages pendant toute la décennie. Les conséquences sur l’économie furent dramatiques («la décennie perdue»).

Si le credit crunch correspond à une crise bancaire qui paralyse la distribution du crédit et met en péril la croissance de tout un pays, il faut donc aussi rajouter comme exemples l’Espagne de 1977, la Norvège de 1987 et la Suède-Finlande de 1991.

L’Agefi, quotidien de l’Agence économique et financière à Genève
www.agefi.com

Vendredi 17 Février 2012
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