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Le réendettement de la Suisse


Une étude de Sarasin conclut que la politique expansionniste des pays en déficit favorise une politique de crédit en Suisse. Extraits.




Le réendettement de la Suisse
Economie ouverte et de petite taille, la Suisse est en grande partie influencée par les évolutions à l’étranger. C’est pourquoi toute perspective sur l’économie nationale doit toujours commencer par une analyse de l’économie mondiale. Les mouvements tectoniques de l’économie mondiale auront une forte influence sur l’économie suisse, à laquelle les autorités politiques devront réagir de façon innovante. Les déséquilibres qui se sont développés au cours des dix dernières années dans l’économie mondiale vont se résorber au cours de la prochaine décennie. La Suisse a joué un rôle significatif dans ces développements. A l’apogée de la bulle du crédit en 2007, elle comptait, selon les chiffres du FMI, parmi les six plus importants exportateurs de capital au monde et finançait encore 4,1% des importations de capital des pays avec un déficit de la balance des paiements courants, comme les Etats- Unis, le Royaume-Uni ou l’Espagne. Ces importations de capital ont conduit à un boom du crédit dans ces «pays en déficit» venant à son tour gonfler les bulles immobilières. A l’inverse, le taux d’endettement («leverage») a chuté dans les pays en excédent comme la Suisse, le Japon, l’Allemagne et la Chine.

L’éclatement de la bulle du crédit a déclenché le retournement de ces développements. Comme le désendettement («deleveraging») a un effet potentiellement déflationniste aux Etats-Unis et dans les autres pays en déficit, ceux-ci se défendent avec une politique monétaire et fiscale expansionniste.

Or l’expansion monétaire de ces pays met les pays en excédent devant un choix cornélien. Soit ils maintiennent le cours de leur monnaie à un niveau inchangé et doivent ainsi supporter cet excès de politique expansionniste, soit ils souffrent de l’appréciation de leur monnaie. L’appréciation du franc n’a pas seulement mis sous pression l’industrie exportatrice suisse, mais elle a aussi exercé une pression à la baisse considérable sur les taux d’inflation. Pendant l’élimination des déséquilibres économiques, la pression haussière sur le franc persistera, conduisant à des taux directeurs structurellement bas en Suisse.

Les pays en déficit forcent effectivement les pays en excédent comme la Suisse à maintenir leur tendance aux taux bas. Au lieu d’une adaptation à la baisse de la consommation excessive aux Etats-Unis et en Grande Bretagne, ce sont les pays en excédent comme la Chine, le Japon, l’Allemagne et la Suisse qui sont contraints à augmenter leur endettement («releveraging»). La bonne nouvelle est que l’économie mondiale parvient de cette façon à revenir à un équilibre après les excès de la bulle du crédit sans en arriver à des développements déflationnistes. La mauvaise nouvelle est que les conséquences de la politique des taux bas peuvent conduire à une nouvelle crise pour la Suisse dans le futur si des mesures prudentielles supplémentaires ne sont pas prises à temps.

On peut évaluer les effets des évolutions de l’endettement du secteur privé («leverage») dans les différentes économies nationales. De 1991 à 2007, l’afflux de capital dans les pays en déficit et l’augmentation correspondante de l’endettement des ménages et des banques a multiplié les prix de l’immobilier presque par quatre en Espagne, par cinq en Irlande. Pendant ce temps, ces prix atteignaient le creux de la vague dans les pays en excédent comme le Japon et la Suisse. Mais le vent a tourné après l’éclatement de la bulle du crédit. Les prix de l’immobilier ont plongé en Irlande et en Espagne, alors que le prix des maisons remontait en Suisse et au Japon.

Le marché suisse de l’immobilier paraît déjà en surchauffe à quelques endroits, mais d’une façon générale on constate que les prix de l’immobilier n’ont jusqu’à présent que modérément augmenté. Dans les faits, les prix des maisons individuelles ont re-trouvé le niveau de leur dernier record en 1990. Cette observation nominale ne doit pas faire oublier le fait qu’entre- temps tous les autres prix ont augmenté. Si on calcule l’évolution réelle des prix des maisons, on s’aperçoit que ces prix se situent à presque 25% du dernier record. La hausse des prix de l’immobilier va donc pouvoir se poursuivre pendant un certain temps.

Pour la Suisse, cet essor de l’immobilier signifie que la consommation pourra continuer à augmenter de façon solide dans les prochaines années. Un renforcement de la distribution des crédits aux ménages privés augmente leur pouvoir d’achat. La hausse des prix de l’immobilier produit un effet de richesse: les ménages se sentent plus riches et augmentent leurs dépenses. En Suisse, le taux d’épargne de 10% est très élevé en comparaison internationale. Le réendettement va conduire à une baisse de celui-ci et ainsi à une croissance robuste de la consommation. Ce phénomène implique cependant une vigilance accrue de la part de la Banque nationale suisse. Elle se trouve en effet devant un dilemme. La politique de taux zéro augmente le danger d’une mauvaise allocation du capital. Mais le franc fort ne permet pas à la BNS de normaliser ses taux directeurs. Si on se rapporte au cycle conjoncturel reflété par l’indice des directeurs d’achat suisse, une augmentation des taux aurait déjà dû se produire depuis longtemps. Cependant, si on représente une fonction de réaction pour la Banque nationale composée de l’indice des directeurs d’achat et du cours de change effectif, on voit pourquoi la BNS a agi jusqu’à présent avec autant de Retenue. Notre fonction de réaction de la BNS se trouve cependant au seuil d’une augmentation des taux et nous nous attendons à un premier pas timide dans ce sens en juin.

Cette mesure sur les taux ne changera cependant rien au fait que ceux-ci resteront structurellement bas. La BNS devra donc trouver d’autres moyens de ne pas laisser évoluer sans contrôle le boom du crédit à venir. A notre avis, la Banque nationale doit réfléchir davantage à des mesures «macro-prudentielles ». Il s’agit ici de régulations permettant de renforcer la limitation des crédits octroyés par les banques à mesure de l’avancement du boom du crédit. C’est seulement ainsi qu’une évolution stimulante des prix de l’immobilier ne débouchera pas sur une dangereuse bulle immobilière. – (Banque Sarasin&Cie)

L’Agefi, quotidien de l’Agence économique et financière à Genève
www.agefi.com

Jeudi 19 Mai 2011
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