Le pire est-il à venir ?


La hantise de l’Occident, depuis le démarrage de la crise en 2007, était que les pays émergents plongent eux aussi dans la récession. Le nouveau monde devait en effet aller à la rescousse du vieux monde – composé des Etats-Unis et de l’Europe – et lui permettre de graduellement renouer avec la croissance. Sans cette locomotive des émergents, l’Union Européenne est vouée à l’auto destruction. Quant à la croissance américaine actuelle, elle sera condamnée à être maintenue sous une perfusion éternelle à la faveur d’injections de liquidités supplémentaires par le prestidigitateur en chef, Ben Bernanke, qui fait également office de Président de la Réserve Fédérale… C’est les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) qui nous ont sauvés en 2008. Et nous ne pouvons aujourd’hui strictement plus rien sans eux car notre marge de manœuvre est désormais nulle. Que pouvons-nous entreprendre en effet avec des taux d’intérêts à zéro et avec de tels déficits budgétaires ?




Michel Santi
Michel Santi
N’attendons pas le salut de la Chine qui, de son côté, s’embourbe dans la déflation avec des prix qui ont baissé de 3.5% en six mois pendant que ses exportations étaient réduites de 6.6% sur la même période. Et comment ne pas ressentir comme un début de panique de la part d’autorités chinoises ayant encore baissé il y a quelques jours de manière drastique – et pour la troisième fois en six mois – les réserves obligatoires des banques dans l’espoir que celles-ci consentent plus de crédits aux agents économiques ? En fait, c’est tout le moteur de croissance chinoise qui se grippe puisque sa production industrielle s’est effondrée en Avril dernier à son niveau le plus bas en dix ans ! Idem pour l’Inde dont la même production industrielle recule de 4% dans un contexte de stagflation rappelant la période cauchemardesque des années 70. Et que dire du Brésil où les ventes de voiture accusent un repli de plus de 15% et où les défauts de paiement des privés et des entreprises sur leurs crédits dépassent 10% ? Le bulle des BRICS semble donc bien à point et son implosion qui interviendra à la faveur de leur ralentissement économique se doit d’être prise très au sérieux.

La situation internationale actuelle ressemble étrangement à l’année 1931. A une différence près: à l’époque où régnait l’étalon or, les banques centrales ne pouvaient pas en imprimer tandis qu’elles peuvent aujourd’hui créer des Euros, des Dollars, des Yens, etc … Elles se doivent donc aujourd’hui d’activer frénétiquement leur planche à billets afin d’acheter tout ce qui est à vendre. Et tout rafler sans tarder car c’est la seule et unique façon qu’elles auraient de nous tirer de cette dépression absolue qui serait inéluctable sans leur détermination. Ne pas le faire serait une erreur d’autant moins pardonnable qu’elles sont armées à cet effet. Qu’elles oublient l’inflation et ne se préoccupent plus que de remettre un peu d’huile dans des rouages qui menacent de s’arrêter complètement.

Michel Santi
Economiste et Analyste Financier (indépendant)
www.gestionsuisse.com

Wednesday, May 30th 2012
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