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Le coup de froid persiste sur la zone euro, les premiers signes de reprise ne sont attendus qu’à partir de la fin de l’année 2010


Toutefois, l’emploi n’amorcera une remontée que l’an prochain et le PIB ne retrouvera son niveau d’avant la crise que vers le second semestre 2012, soit 4 ans après le début de la crise.




Les principaux enseignements du premier rapport trimestriel Ernst & Young Eurozone Forecast (EEF), désormais rendu public, révèlent que si un certain nombre de ses principaux États membres ont été parmi les premiers à sortir de la récession l’année dernière, les perspectives à court terme de la zone euro restent mitigées : la croissance de son PIB ne devrait pas dépasser 1 % en 2010 et 1,6 % en 2011. Par ailleurs, le chômage devrait essentiellement poursuivre sa hausse jusqu’au premier semestre 2011, pour culminer à plus de 17 millions de chômeurs (soit 10,9%)

Une croissance faible jusqu’en 2012
Pour Marie Diron, l’économiste en charge du Ernst & Young Eurozone Forecast, « la zone euro a beau être sortie de la récession, il s’agit d’une reprise timorée. L’économie doit toujours faire face à des obstacles importants auxquels s'ajoute la crise financière grecque. Malgré quelques embellies, nous estimons qu’il faudra attendre le second semestre 2012 avant d’assister à une véritable reprise.» L’EEF prévoit que la croissance du PIB sera faible jusqu’en 2012 sur tout le continent. La zone euro s’est essoufflée au cours du 1er trimestre 2010 après un début de reprise dans la plupart des grands pays européens (Allemagne, France, etc.), au second semestre 2009. « Pendant toute l’année 2010, nous assisterons à une reprise du commerce international, menée par un rebond de l’économie américaine et une poursuite de la croissance des économies asiatiques, ainsi qu’à une amélioration de la demande intérieure, sans pour autant stimuler une croissance significative de la zone euro. », précise Marie Diron.

Une zone euro à deux vitesses, partagée entre le nord et le sud
La reprise n’interviendra pas de manière uniforme. Les événements récents ont mis en évidence les obstacles auxquels étaient confrontés les pays fragiles sur le plan budgétaire, à savoir la Grèce, mais également le Portugal, l’Espagne, l’Irlande, et à un degré moindre, l’Italie. En conséquence, le rapport met en lumière l’émergence d’un clivage nord-sud en termes de croissance. « Alors que l’Allemagne, la France et les pays du Benelux amorcent un rebond, la croissance des économies méditerranéennes et de l’Irlande sera freinée par des efforts d’austérité budgétaire.

La croissance des économies méditerranéennes devrait rester inférieure à 1% par an sur la période 2010-2012, contre 1,8 % en Allemagne, en France et au Benelux », poursuit Marie Diron. Rétrospectivement, dans les cinq ans qui ont précédé la crise, la croissance combinée de la Grèce, de l’Irlande, du Portugal et de l’Espagne s’élevait en moyenne à 3,5 % par an alors que celle de leurs voisins du Nord ne dépassait pas 2 % par an.

Le PIB luxembourgeois affiche une baisse générale de ses activités financières et industrielles…. Mais la reprise sera progressive
La croissance devrait atteindre 1.7 % en 2010 dans l’ensemble. On s’attend à ce que l’investissement constitue un frein majeur cette année, car les entreprises risquent de maintenir leur capacité actuelle, pour éviter de perdre en rentabilité, au lieu d’investir dans de nouveaux équipements. Le développement à nouveau marqué des exportations de services (140% du PIB luxembourgeois) va dynamiser la croissance économique en 2011; nous assisterons seulement en 2012 – alors qu’une hausse des exportations et un secteur bancaire stabilisé relance l’investissement public - au retour du PIB à son taux de croissance normal, soit actuellement d’environ 3%.

« L’observation des entreprises pendant cette période d’instabilité nous a permis de constater que la plupart d’entre elles ont, au delà de la surveillance accrue de leurs coûts, choisi de repenser en profondeur leur business model. Certaines ont souhaité revenir à leur coeur de métier en cédant les actifs non stratégiques, d’autres ont opté pour un développement sur de nouveaux marchés… Toutes ont repensé leurs organisations afin de faciliter la prise de décision. Aujourd’hui, force est de constater que l’enjeu se situe autour de l’innovation et du financement de celle-ci », conclut Alain Kinsch, Country Managing Partner d’Ernst & Young, Luxembourg.

Le taux de chômage luxembourgeois verra son taux moyen de 3% passer à 5,9% en 2011, en dessous du taux de 10,8% attendu pour la zone euro
Même les économies les plus solides comme la France et l’Allemagne seront freinées par de nouvelles baisses du niveau de l’emploi. La productivité ne reviendra à son niveau d’avant la crise et l’emploi ne se redressera, que dans le cadre d’une croissance significative de l’économie.

« Malgré la chute de 4 % du PIB de la zone euro en 2009, les chiffres de l’emploi ont chuté de moins de 2 % l'année dernière. Les initiatives gouvernementales et les mesures législatives de protection de l'emploi mises en place dans la zone euro ont permis d'alléger le coût de la récession sur les ménages. Toutefois, si les sociétés européennes veulent regagner leur compétitivité, un ajustement des effectifs s'avère nécessaire. Celui-ci devrait avoir lieu cette année et l’année prochaine », ajoute
Marie Diron.

Le déficit luxembourgeois n’est que cyclique
L’excédent fiscal qu’a connu le Luxembourg pendant des années s’est transformé en déficit en raison du soutien financier apporté aux banques, qui s’est matérialisé par un plan de secours de 3 pays envers Fortis, générant ainsi un appel d’offre peu commun sur le marché des euro-obligations souveraines.

D’après le rapport Eurozone, le déficit budgétaire du Luxembourg va augmenter considérablement cette année en raison des augmentations cycliques des dépenses sociales et des baisses de recettes fiscales. Le rapport prévisionnel anticipe un déficit d’environ 5% du PIB. Mais avec une dépense publique très faible (encore en dessous de 10% du PIB qui accuse une baisse), le gouvernement peut se permettre de maintenir son soutien fiscal en 2010-2012 et compter principalement sur une croissance plus forte pour enrayer son déficit.

Une récession à double creux est improbable, mais la croissance de la zone euro restera bien en deçà de celle des Etats-Unis et de l’Asie.
Bien que l’EEF considère qu’une récession à double creux soit improbable, cette éventualité ne doit pas pour autant être écartée. « Nous estimons à 20 % la probabilité d'un scénario à double creux au cours duquel la zone euro glisserait à nouveau dans la récession au second semestre de cette année. Il existe un risque que les inquiétudes des marchés financiers concernant la durabilité des finances publiques européennes débouchent sur une détérioration encore plus grave de la confiance.

L’Europe reste aussi vulnérable à un ralentissement du rythme de la reprise mondiale », conclut Marie Diron. Il est bien plus probable cependant que l’on assiste à un retour de la croissance sur le long terme et qu’à compter de 2012, la plupart des pays de la zone euro soient revenus à leurs niveaux d’activité d’avant la crise. En revanche, cela signifie que la zone euro sera « à la traîne » d’autres grandes régions du monde. « La crise financière et la récession qui a suivi dans les pays occidentaux n'ont fait qu'accentuer le flux de capitaux et de richesse des pays développés en direction des marchés en développement. Si le fait d’atteindre les 2 % de croissance dans la zone euro à compter de 2012 demeure un véritable challenge par rapport à la baisse de 4 % en 2009, une telle performance fait pâle figure par rapport à une croissance moyenne de 3 % minimum aux États-Unis et d’au moins 5 ou 6 % sur les marchés asiatiques. Nous devons réfléchir, à plus long terme, à comment résorber cet écart», ajoute Alain Kinsch.

Source Ernst & Young

Mercredi 19 Mai 2010
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