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Le choix de Madoff (3)


«J’ai rencontré Bernard Madoff entre 30 et 35 fois». Des premiers contacts au début des années 1990 à la révélation de la fraude le 11 décembre 2008, les associés de Genevalor Alberto et Stéphane Benbassat racontent leur relation d’affaires avec le financier déchu.




Le choix de Madoff (3)
«Nous avions envisagé plusieurs scénarios du pire». Le premier concernait la stratégie, tout d’abord. «Des marchés flat ou faiblement baissiers avec peu de volatilité auraient effrité la stratégie car dans ces conditions, les puts ne prennent pas de valeur». Si le marché avait perdu 2 - 3% sur plusieurs mois, la protection censée découler de la stratégie n’aurait plus été efficace.

Autre risque, lié aux titres éligibles, cette fois. «Le pire scénario aurait été qu’un ou deux entreprise du S&P 100 annoncent une catastrophe en même temps et que leur titre accuse une forte baisse subite». Car les options protégeaient contre l’indice, mais pas forcément de manière adéquate contre la variation d’un titre. Dans l’atmosphère de fin du monde qui dominait à l’automne 2008, avec une paralysie du financement interbancaire, Madoff était perçu comme un havre de paix par certains clients, qui avaient alors demandé de renforcer leur exposition à sa stratégie. «Après la faillite de Lehman Brothers, nous avions d’ailleurs parlé du risque de contrepartie avec Madoff. Il nous a alors assuré que ses contreparties devaient gager des avoirs suffisamment importants pour qu’il soit très pénalisant pour elles de faire défaut.»

Alors qu’AIG était au bord de l’implosion, «nous avions également abordé avec lui le risque de fin du monde: la situation dans laquelle les contreparties n’honoreraient pas les puts, ce qui serait le pire du pire.» Un pire du pire qui aurait équivalu à ne plus avoir de protection sur les plus grosses blue chips américaines. Soit un risque de baisse estimé entre 20 et 30%, dans une situation où les autres classes d’actifs se seraient encore plus effondrées.

La crédibilité de Madoff
La manière dont il utilisait – soi-disant – les dernières technologies contribuait à renforcer sa crédibilité. «Après les attentats du 11 septembre 2001, Madoff affirmait que le seul moyen de vendre des actions était de passer par lui, alors que les bourses étaient restées fermées pendant trois jours. Il assurait aussi posséder depuis plusieurs années un second centre opérationnel en dehors de Manhattan, pour se protéger contre les coupures d’électricité. Madoff semblait toujours à la pointe de la technologie. C’est d’ailleurs dans sa salle de trading que nous avons vu des écrans plats pour la première fois, au milieu des années 1990, avant qu’ils soient commercialisés.»

Son background parlait également en sa faveur: ex-président du Nasdaq, il avait été un des plus importants brokers ou «market makers» de Wall Street, donc régulé par la SEC, avec une part de marché estimée à 10% et 600 clients, dont toutes les grandes banques. Il était spécialisé dans les transactions hors bourse, au point d’être le numéro 1 américain pour ce genre de transaction. Sa force résidait dans son système informatique, affirmait-il. «Le fait que personne n’avait réussi à répliquer sa performance, même a posteriori, était selon lui la preuve que personne n’avait réussi à créer un système similaire au sien. Et la possibilité que quelqu’un y parvienne constituait sa grande peur, répétait-il souvent».

Les derniers mois avant l’arrestation
La faillite de Lehman, miseptembre 2008, n’avait pas rendu Madoff plus nerveux, affirment les dirigeants de Genevalor. En décembre, la situation est devenue toute autre : «il était très agité durant la semaine qui a précédé son arrestation le jeudi 11 décembre. Je lui ai parlé le vendredi et le lundi avant qu’il soit arrêté. A ce moment- là, il se montrait très contrarié par les retraits que les fonds avaient effectués auprès de lui. «C’est injuste pour mon groupe, disait-il, car je suis pénalisé alors que ma stratégie est la seule à performer », se souvient Alberto Benbassat. Ce qui n’empêchait pas des pointes d’humour : «Je ne suis pas un ATM (distributeur de billet, ndlr)!», disait-il également. Les autres groupes financiers dans lesquels les fonds étaient investis empêchaient les remboursements ou mettaient des gates. «Nos fonds diminuaient à regret l’exposition à la stratégie de Madoff, car c’était la source de cash la plus rapide à ce moment-là. Si d’autres véhicules avaient remboursé, les fonds n’auraient pas demandé de remboursement à Madoff».

Impossible effectivement pour Madoff de mettre en place des gates, car il n’était pas un fonds mais un broker. Le fonds Thema ne prévoyait pas la mise en place de gates, car la stratégie, très liquide, ne le nécessitait pas. Les remboursements ont néanmoins été suspendus deux fois, le 31 décembre 1999, à cause de la crainte du bug de l’an 2000, et mi-septembre 2001, suite aux attentats.

Entre octobre et décembre 2008, l’intensité des retraits avait de toute évidence épuisé le coussin de guerre que Madoff s’était constitué au fil des années. Un coussin estimé à plusieurs milliards par Genevalor, alors que Madoff s’est trouvé confronté à plus de sept milliards de dollars de demandes de remboursement. Jusqu’au 11 décembre 2008.

Sébastien Ruche

Prochain épisode : «J’ai une mauvaise nouvelle : Madoff a été arrêté»

L’Agefi, quotidien de l’Agence économique et financière à Genève
www.agefi.com

Mercredi 15 Décembre 2010
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