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Le Times et les super-riches anglais à Genève


Il m’arrive de me demander si la Suisse moderne n’est pas une création de l’Angleterre. Que serions-nous en effet si Byron et ses petits copains n’avaient pas découvert les Alpes au XIX siècle, déclenchant une passion mondiale pour notre pays. Passion qui nous obligea à construire pour tous ces visiteurs des palaces, des chemins de fer et des routes, à les nourrir de chocolat et à leur donner l’heure, même sur un glacier, à restaurer nos châteaux et nos vieilles villes, mais aussi à éduquer leurs enfants et à gérer leur fortune.




David Laufer
David Laufer
Or j’apprends que ce petit conte est en train de se répéter. Dans un article très détaillé paru dans le Times de Londres, la journaliste Kate Walsh, non sans quelque aigreur, raconte les destins de quelques professionnels de la finance qui sont en train de fuir la City et sa nouvelle taxe sur les bonus pour rejoindre la rive nord du Léman. C’est bien moins romantique que le Prisoner of Chillon, surtout lorsque la journaliste explique les motivations de ces jeunes loups. Evidemment il n’y en a qu’une : le pognon. Voilà des jeunes gens pour lesquels il importe peu de savoir où se trouve leur bureau, tant que le fisc les rase de pas trop près.

Ils viennent à Genève pour des raisons dont la journaliste se méfie avec un mélange de jalousie et de compassion pour sa chère capitale trahie avec tant de légèreté : l’air pur, la sécurité, la stabilité institutionnelle, la proximité des Alpes. Mais aussi la proximité de l’aéroport, un avantage énorme dont tous les Londoniens fraîchement genevois parlent avec enthousiasme. Alors, se demande Kate, est-ce que l’avantage principal de Genève réside dans le fait qu’on peut en partir si facilement ? Restent les avantages fiscaux évidents, liés à la situation géographique et le fait Genève est déjà une place financière internationale.

Il y a aussi les raisons pour lesquelles ces financiers quittent Londres. C’est là que ça devient intéressant car il ne s’agit plus seulement de pognon. Un gérant de hedge-fund qui vient de s’installer à Zoug explique par exemple que l’aspect fiscal est essentiel mais pas unique. Pour lui, Londres a cessé de devenir intéressante depuis que tout y est trop cher. Et tout y est trop cher depuis que Londres a décidé de ne plus faire que des services financiers. La France et l’Allemagne sont encore des puissances industrielles et manufacturent des biens. L’Angleterre a depuis longtemps vendu Rolls-Royce et Jaguar et tout le reste à des Allemands ou des Chinois. Un pari qui se révèle donc perdant.

Mais on peut aussi voir les choses différemment. L’Angleterre a été la première puissance européenne à tourner le dos à l’industrie lourde en préférant les métiers de service. Aujourd’hui elle est la première à rencontrer les limites de cette option stratégique prise sous Thatcher. Connaissant sa légendaire vivacité, on peut en déduire qu’elle sera également la première à imaginer un nouveau modèle de développement économique, puisque, même si l’industrie lourde leur offre aujourd’hui une certaine sécurité, il y a peu à parier que cela soit le futur de l’Allemagne et de la France face à la Chine.

Il existe un autre corollaire à cette immigration des super-riches anglais en Suisse. On peut se demander qui sont ces individus qui suivent le capital flottant sans aucune considération pour leur environnement immédiat. Ce ne sont probablement pas les plus créatifs et les plus déontologiques parmi les employés de la finance mondiale. En les voyant partir, Londres se débarrasse aussi d’une population qui, sur nos rivages, viendra faire exploser un marché de l’immobilier déjà saturé sans pour autant apporter à l’économie local une once de vitalité. Ils ne sauront que reproduire les bulles successives qu’ils ont contribué à créer à Londres : immobilières, spéculatives, boursières, etc.

Pour nous, c’est un apport immédiat de capitaux dans une période plutôt complexe, et c’est donc bienvenu. Mais il n’est pas certain que nous y gagnions sur le moyen et le long terme. Contrairement à ce qu’affirment nos critiques, la Suisse n’est pas un paradis fiscal. La finance représente 14% de notre PIB et notre économie, heureusement, repose encore largement sur une manufacture de grande qualité. Or cette immigration porte en elle la croissance future, potentielle, d’un nouveau pan de notre industrie financière vers des zones toujours plus risquées et spéculatives, des genres où la Suisse n’a jamais excellé, on l’a vu récemment. En attendant et dans notre plus pure tradition nationale, souhaitons la bienvenue à ces nouveaux venus. Qu’ils se sentent ici chez eux. En tout cas, jusqu'au prochain changement de loi fiscale.

David Laufer
Partenaire expert CFO-news
www.cfo-news.com/index.php?action=annuaire&subaction=enter&id_annuaire=17005

Mercredi 27 Janvier 2010
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