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Le Telegraph et l'euro comme ligne Maginot


Il y a quelque chose de poétique à réaliser que tout, en Europe, commence avec la Grèce.




David Laufer
David Laufer
Dans les grands lignes mythologiques du moins et parfois aussi dans les désastres financiers. Parce que, passés les hors d’œuvre et l’entrée, le plat principal nous sera encore longtemps servi par l’Allemagne. C’est comme ça depuis la construction des nationalismes au XIXe et tout semble confirmer que ce pays garde la haute main sur notre continent. Les récentes déclarations et actions d’Angela Merkel laissent peu de doutes sur l’identité de celui qui, dans cet ensemble unique de peuples, porte vraiment la culotte.

Ainsi, lorsqu’elle déclarait que les pays qui ne respectent pas les critères de convergence devraient être expulsés de l’euro, elle brandit en creux une menace très grave et très réelle : si ces pays ne quittent pas l’euro ou ne s’en font pas exclure, alors nous, Allemands, nous en tirerons les conséquences et nous quitterons l’euro. Voilà ce qu’elle dit, la matronne, à la France, à l’Italie et à l’Espagne. Lorsque, quelques semaines plus tard, elle accède enfin aux prières paniquées de ses collègues, elle ne fait en réalité qu’enfoncer le clou : comme toujours, c’est nous qui devons réparer les dégâts.

Que le peuple allemand ne soit pas très joyeux à l’idée de devoir régler l’ardoise de la « ceinture d’ail », comme on appelle parfois le sud du continent, c’est un gros euphémisme. La colère désabusée de l'Allemagne est de celle qui va maintenant cuire doucement sous la chape pour déborder en un amer brouet anti-européen aux prochaines élections. On peut s’en lamenter, mais il demeure que la ligne Maginot n’a jamais fonctionné et ne fonctionnera jamais. La ligne Maginot, c’est l’euro lui-même, c'est-à-dire une invention avant tout politique et non financière ou économique, qui a pour mission de contenir la puissance économique allemande, totalement disproportionnée par rapport à celle de ses voisins.

Jusqu’à sa mise en circulation en 2002, l’euro existait en réalité déjà sous la forme du mark. Il faut avoir vécu en Europe de l’Est et se souvenir de ces pays où l’on payait tout en monnaies locales « péguées » sur le mark. Tous les achats supérieurs à environ 10 ou 20 marks se calculaient directement en marks, même à la télévision ou dans les publicités. On recevait son salaire calculé en marks, on payait son essence directement en marks et tout cela n’indiquait qu’une seule direction possible : dès leur adhésion à l’UE, tous ces pays en pleine croissance se convertiraient au mark ou se contenteraient de lier leur politique monétaire à celle du mark, bénéficiant de la stabilité allemande au sein de leurs propres économies en reconstruction.

L’euro, pour les fonctionnaires bruxellois et notamment pour la France – on se souvient que l’impayable Giscard voulait l’appeler l’ecu – avait comme mission politique première, au-delà de la convergence et de la stabilité, le maintien sous contrôle de la redoutable puissance industrielle allemande. Dix ans plus tard, de ce point de vue, l’échec est total, l’Allemagne étant désignée comme la seule puissance capable de redonner – pour combien de temps ? – de la crédibilité à l’euro sur les marchés financiers. Il est symptomatique à cet égard que, face à l’envolée des marchés boursiers du lundi 10 mai, la ministre française Christine Lagarde ait déclaré au Telegraph que cette réaction était excessive, comme si elle était blessée de voir que, de New York à Tokyo, on saluait la seule puissance de l’Allemagne.

Pour le reste, les élections britanniques dévoilent à quel point ce pays s’est effondré après l’envolée extraordinaire des années 2000. Voilà une grande puissance industrielle qui a littéralement bazardé ses bijoux de famille aux Allemands, mais aussi aux Chinois et aux Indiens en échange de la monoculture des services financiers, piètres employeurs et prompts à se dégonfler à la première secousse ou à se délocaliser, vers Genève notamment, à la première contraction fiscale. La France, enfoncée dans un déficit et une dette record, que certains estiment beaucoup plus importants que les chiffres officiels, a depuis longtemps perdu sa compétitivité industrielle dans son marasme politique constant, sa valse des ministres de l’économie, ses grèves massives à répétition, et sa fiscalité d’un autre âge.

Le sud de l’Europe est dans l’état que l’on sait. Reste pour l’Allemagne à se tourner vers l’Est, vers la Pologne et vers la Russie, vers les Balkans et vers l’Ukraine. Ça donne quoi ? Une bonne vieille politique rapalliste, du nom de l’accord de Rapallo en 1922, où l’Allemagne et la Russie s’allient économiquement et politiquement contre l’Europe. Cette politique fut quasiment l’unique feuille de route de la politique étrangère soviétique et cela ne devrait surprendre personne de voir un homme tel que Poutine la ressortir ainsi de ses placards.

Pendant ce temps, l’Allemagne continue de produire des machines-outils et des berlines de luxe, c'est-à-dire une véritable richesse industrielle de qualité, exportée dans le monde entier. Qu’elle vende ses lave-linge et ses diesels en euro ou en mark ne changera rien : elle continuera à les produire et elle les vendra de toute façon. C’est l’un des messages les plus importants qu’il faudrait retirer du petit épisode grec.

David Laufer
Partenaire expert CFO-news
www.cfo-news.com/index.php?action=annuaire&subaction=enter&id_annuaire=17005

Lundi 17 Mai 2010
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