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Le ROE est mort, Vive le ROE !


A en croire les financiers et les investisseurs, il n’y a rien de plus de puissant pour une entreprise que le ROE (Return On Equity - qui peut être traduit en français par “ taux de retour sur capitaux propres ” ou taux de “ rendement des capitaux propres ” ou encore “ rentabilité des capitaux propres ”). Le ROE mesure en pourcentage le rapport entre le résultat net et les capitaux propres investis par les actionnaires. Le ROE détermine non seulement les décisions d’investissement mais également la culture de l’entreprise.




Patrick Jaulent
Patrick Jaulent
Je pense toutefois, que cette mesure n’est plus adaptée au monde actuel et qu’elle est à l’origine de bien des maux. Pour comprendre que le ROE nous a conduit à la fétichisation du rendement financier et à toutes ses dérives, revenons à son origine.

Il y a une centaine d’années, la révolution industrielle a permis à la société de bénéficier d’une production de masse. En 1917, General Motors connu des difficultés financières. C’est ainsi que DuPont pris une position importante dans cette entreprise après avoir envoyé Md. Donaldson Brown, une prometteuse ingénieure pour “ analyser ” la situation et identifier des pistes de changements. Brown a noté un fait simple : le rendement des capitaux propres peut être décomposé en une équation simple énoncée ci-dessus. Le ROE était né !

Lorsque l’on fait une rapide analyse de cette mesure, on s’aperçoit qu’elle fournit les bases d’une organisation divisée en fonctions de leurs propres objectifs : une belle organisation en silos avec les premières dérives.

Par exemple, avec une telle mesure :

- le marketing cherchera à être en position de monopole sur un marché - ce qui nécessita des lois antitrust !

- les ingénieurs de production considèreront royalement leur travail comme du consommables - jusqu'à ce que les syndicats et les lois du travail interviennent !

- Les directeurs financiers, soutenus par leurs banquiers, traiteront avec un certain “ laxisme ” les ratios liés à la dette, au capital et aux fonds propres - jusqu’à ce que la réglementation (je veux dire jusqu’à ce qu’une catastrophe financière et une dépression voient le jour) impose des règles (ratio de solvabilité, ratio de fonds propres,…)

- Etc.

De surcroît, lorsque le ROE règne dans l’entreprise, la réduction des coûts et des investissements l’emportent toujours sur le pari spéculatif d’un nouveau modèle économique. D’une certaine manière l’équation de Brown est biaisée.

Prenons un exemple simple. Vous avez tous déjà vu un paon lorsqu’il charme une paonne avec les plumes de sa queue. Mais la queue est devenue trop volumineuse au point qu’elle devienne un fardeau nutritionnel de croissance. De plus, le magnifique paon devient un objet de prédation en raison de son poids. Il en est de même des entreprises où règne le ROE.

Les biologistes utilisent le terme “ emballement ” pour décrire ce qui arrive lorsqu’un seul critère domine le choix d'accouplement d'une espèce à l'exclusion des autres traits précieux.

De nombreuses entreprises se comportent comme des paons – elles n’offrent qu’un seul critère de “ séduction ” le ROE, en privilégiant, nous l’avons noté, la réduction des coûts et des investissements.

La leçon que nous devons retenir du ROE de Brown est qu’il n’est plus adapté aux entreprises du 21e siècle pour deux principales raisons (pour faire simple). La première raison est qu’il ne parvient pas à maximiser le bénéfice de l’entreprise car il mesure la valeur en termes de rendements en ne prenant en compte, qu’une seule partie prenante : les porteurs de capitaux. La seconde raison concerne l’allocation des ressources humaines, puisqu’il suppose que la maximisation de l’efficacité du capital financier est essentielle à la croissance du bien être social.

Le ROE est mort ! Comme les plumes éclatantes et volumineuses d'un paon qui ne peut pas rivaliser avec un prédateur rapide et agile. Or, nous nous dirigeons vers une mer de changements dans une économie mondiale que n’avons jamais connue auparavant et dont nous commençons tout juste à sentir et à comprendre. Tout ceci me laisse donc penser qu’il est grand temps de concevoir un équivalent au ROE qui propulse les entreprises et les acteurs qui les font tourner dans le monde d’aujourd’hui (plus social, plus écologique,..) sans toutefois faire dérailler le capitalisme.

Quelles sont les pistes ?

Nous savons, qu’avec la crise l’argent se fait rare (les capitaux) pour l’investissement. Ainsi, le nouveau ROE devrait prendre en compte l’ensemble des parties prenantes et non pas seulement les porteurs de capitaux propres. En outre, cette nouvelle mesure devrait être suffisamment large pour tenir compte des différences culturelles à travers le monde. Certaines valeurs sont plus ancrées en France, en Suède et Norvège (social, écologie) qu’aux Etats-Unis, par exemple.

De même, je suis convaincu que l’une des solutions pour retrouver la croissance est de se concentrer sur l’innovation (cf. www.cfo-news.com/Une-seule-strategie-pour-retrouver-la-croissance-l-innovation-_a19475.html) qui conduirait à une accélération de l’investissement tout en conduisant à une plus grande création de valeur. Par conséquent, je propose que ce nouveau ROE soit basée sur l’innovation avec pour résultat non pas le “ retour ou rendement sur capitaux propres ”, mais la croissance. Il est temps de concevoir, nous Français, un nouveau paradigme de création de valeur, car je ne pense pas que celui verra le jour dans des pays ou la fétichisation du rendement financier fait partie de la culture.

J’ai pour ma part quelques idées sur la structure de la future équation selon deux scénarios. Un premier scénario progressiste – on fait évoluer le ROE dans le temps (en utilisant des facteurs de pondération par exemple). Un second scénario du type Big Bang (seulement pour les pays fétichistes du rendement financier) – on éradique le ROE actuel pour le reconstruire entièrement.

Qu’en pensez-vous ?

PS : Article complet publié début 2012 dans la HBR (Harvard Business Review).

Mon dernier livre “ Objectif performance ” www.amazon.fr/Objectif-performance-Patrick-Jaulent/dp/2124653075

Patrick Jaulent
"Président du club Balanced Scorecard et Performance Europe"
Partenaire-expert Finyear

Vendredi 4 Novembre 2011
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1.Posté par Patrick Jaulent le 04/11/2011 14:18 | Alerter
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Je me réjouis par ailleurs, que la préoccupation du nouveau Président de la BCE ainsi que celle du G20 de Cannes soit la croissance. Ce post va dans ce sens.

2.Posté par Patrick Jaulent le 07/11/2011 15:10 | Alerter
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J'interviens sur un projet européen, comme directeur de projet, ayant pour objectif d'analyser la « pertinence » des principaux indicateurs financiers : ROE, WACC,…

3.Posté par Brunel le 07/11/2011 20:52 | Alerter
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Vraiement pas mal comme article. Bravo!!
Vous avez très bien écrit ce que je pense.
Pour votre orientation en bout d'article, je vous souhaite bien du courage pour formuler un ratio qui puissent satisfaire tout le monde.
Les investisseurs rechercheront toujours leur rentabilité propre toujours au détriment des valeurs sociales que vous énumérez.
Pourquoi ne pas imaginer un ratio avec 3 composantes, du style des formules de réindexation des contrat avec indice de départ et indice du jour (mois, année), avec une partie du ROE actuel, une partie sur la croissance et une partie pour les RH qui stimule la Performance des employés.

4.Posté par Hubert C le 11/11/2011 13:58 | Alerter
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Je suis d'accord avec vous M. Jaulent. il est nécéssaire de repenser la manière d'évaluer la rentabilité des capitaux et des entreprises. Toutefois, je reste persuader que le vrai problème est en amont pour les deux types de pays dont vous parlez (Pays fétichistes du rendement financier et les autres moins fétichistes). Il s'agit avant tout de contraindre par la législation les entreprises et leurs financiers à limité la maximisation du ROE en limitant le taux d'endettement possible des entreprises et des banques. Cela devrait se faire à l'échelle globale pour éviter la perte de compétitivité des industries et entreprises des pays adhérant à ce nouveau modèle face aux conservateurs (qui adhère au système financier actuel). Comme vous dites, le monde actuel s'est dévoyé en choisissant la voie de la facilité: s'enrichir en faisant le moins d'effort possible et sans tenir compte des autres parties prenantes de l'économie ou de l'entreprise. Mais n'oublions pas, l'occasion fait le larron et l'homo economicus est tout sauf altruiste. De fait, je pense que votre approche du problème permettra de réformer la gouvernance des entreprises en proposant une méthode de calcul de la rentabilité plus durable (sociale & économique au moins) Mais ce sont avant tout l'instauration de nouvelles règles globales et communes qui permettrons de garantir un développement économique moins plus moral ( Si on peut utiliser ce mot pour le qualifier). Vous pensez pas?
J'attends avec hâte votre article de 2012 dans la HBR.

5.Posté par Patrick Jaulent le 12/11/2011 10:20 | Alerter
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Merci de vos retours. J'y suis sensible.

L’équation que je propose dans l’article permettrait d’évaluer la croissance de la valeur créée par l’innovation à partir de trois composantes :

1. La valeur de l'innovation d'une entreprise / personne impactée
2. Le nombre de personnes impactées par une innovation
3. La fréquence avec laquelle l'organisation innove
Ainsi :

1. L’entreprise devra privilégier l’innovation qui conduit à une plus grande valeur. L’innovation devrait permettre orienter les décisions et les actions correspondantes de manière différente. Cette valeur devra être mesurée dans toutes les parties prenantes.

2. L’innovation doit avoir le marché le plus large possible (cf. Ipod – Iphone -..). Dans un discours récent au MIT, le fondateur de Infosys, M. Narayana Murthy, eu ce message que je laisse à votre appréciation : « L’innovation technologique permet de réduire les coûts, le temps de cycle tout en rendant la vie plus agréable. Qui a le plus besoin de nouvelles technologies que les pauvres. » Je pense personnellement que le bas de la pyramide est un marché et non pas un problème social.

3. Le champ de bataille de la compétitivité va désormais au-delà des délais de commercialisation, d’où l’idée afin d'inclure la fréquence avec laquelle une entreprise apporte des innovations utiles au marché.

Je n’ai pas encore la date précise de la publication de l’article dans la HBR. Mais tout ceci mériterait un débat lors d’un webinar par exemple organisé par Finyear.


6.Posté par François Pina le 14/11/2011 10:18 | Alerter
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Excellent article et échanges !
Ca va tout à fait dans le sens que je préconise autour de moi.
La chaîne des valeurs de la vie en société pourrait aussi trouver son prolongement au travers de définitions plus adaptées à cette période chaotique. J'espère pouvoir de mon vivant voir notamment changer les critères de rentabilité actuellement en usage...

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