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Le Figaro et John M. Keynes


Parmi l’interminable liste des mensonges proférés par Tony Blair, en voici un que j’aime particulièrement : « Peu importe qu’une idée soit de gauche ou de droite, l’important, c’est que ça marche. » C’est Tony tout craché.




David Laufer
David Laufer
Formule tout à la fois brillante et convaincante, désir boy-scout et contagieux de s’asseoir tous ensemble autour d’une table, de se rouler les manches, de boire beaucoup de café, et de résoudre tout. C’est grâce à de pareilles coquineries que Tony a été élu trois à Downing Street. Au-delà du blairisme, cette formule trahit l’un des aspects les plus repoussants de la culture anglo-saxonne, et qui est en train de transformer Londres et tout le royaume en un immense shopping mall, l'absurdité selon laquelle les idées n’ont aucune importance réelle devant l’évidente prééminence de la pratique économique. Ou plus exactement que les idées n’ont aucune utilité si elles ne servent pas à s’enrichir vite et beaucoup, ou acquérir beaucoup de pouvoir, ou à mener des guerres inutiles et illégales. C'est-à-dire, en somme, que les idées n’ont absolument et définitivement plus aucune importance.

À première vue, la chose semble crédible. Au fond, il est plus important pour une idée d’être bonne que d’être de gauche ou de droite, de même qu’il n’est pas important de déterminer si une bonne idée est de gauche ou de droite, tant qu’elle est une bonne idée. Je passerai très vite sur le fait que notre Malfaisant Voisin essaye de faire gober à ses électeurs exactement les mêmes couillonnades en faisant de son règne le dénominateur commun de tous les lèche-culs, des hypocrites et des faussaires. Tony Blair avait évidemment le même dessein, qu’il est hélas parvenu à réaliser avec un indéniable talent. C'est-à-dire émasculer toute théorie, la détacher de son socle historique et philosophique, au besoin l’invertir ou même la pervertir, tout cela pour ne servir qu’une seule et unique cause : lui-même. Un tel aplomb dans le mensonge était nécessaire pour Tony qui, chef d'un parti de gauche exsangue, avait bien compris que la droite avait le vent en poupe, et que pour réaliser ses ambitions, il lui faudrait rebaptiser ces idées de droite en idées de gauche. C’est ce que notre Malfaisant Voisin a qualifié d’un seul et à jamais honteux épithète : décomplexé.

Comme disent les Anglais, enter John M Keynes. Keynes, qui soudain retrouve une gloire nouvelle, au point que Le Figaro, enthousiaste Malfaisantiste et libéral mou, décide d’en faire son « Homme de l’année 2009 ». Pas mal, pour un homme mort il y a 62 ans. Keynes, qui se définissait lui-même (et il aurait eu de la peine à dire autrement) comme bourgeois, a repris du galon à la faveur de l’implosion des marchés depuis septembre dernier. Keynes, surtout, qui a fameusement présidé, grâce à ses théories interventionnistes d’équilibre économique, aux Trente Glorieuses de l’après-guerre. Keynes donc, intellectuel ami de Virginia Woolf, homosexuel déclaré et marié pour la galerie à une danseuse russe, passionné par la danse et les arts en général, donc passionné aussi par les débats d’idées, revient des morts comme une Statue du Commandeur. Et comme dans Don Juan, il nous revient avec un message d’une aveuglante clarté : avant d’agir, il faut réfléchir. Dans notre contexte économique, cela se traduirait par : la théorie économique et les idées politiques sont prépondérantes dans notre monde devenu trop complexe pour s’en remettre à nos seuls instincts animaux, comme le proposaient, grossièrement, les friedmaniens et les laissez-fairistes.

Quand je vois que, pour nous sortir du bourbier, on ressort de leur urne les cendres d’un homme qui n’a jamais vu un ordinateur ou un avion commercial à réaction, je constate à quel point les dommages causés par Tony Blair et ce qu’il convient d’appeler son entreprise d’abrutissement collectif sont profonds. De voir un intellectuel comme Keynes, et non pas Donald Trump ou Kate Moss, sélectionné par le Figaro m’offre une maigre consolation même si, comme je le crains, cette crise ne nous aura presque rien appris.

David Laufer
Partenaire expert CFO-news

www.cfo-news.com/index.php?action=annuaire&subaction=enter&id_annuaire=17005

Mardi 6 Janvier 2009
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