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La vengeance du mandarin


Le monde occidental est devenu dépendant de produits de bonne qualité mais peu chers provenant de l’Orient. Il fut un temps où c’était l’inverse. A l’époque du commerce de l’opium.




La vengeance du mandarin
On connaissait déjà les succès remportés par une croissance par les exportations, mais elle n’a jamais été appliquée à une telle échelle ou avec autant d’intensité qu’actuellement dans les pays de l’Asie de l’Est, la Chine en tête. Au début, la plus grande force de l’Asie était sa réserve d’ouvriers agricoles susceptibles d’être réemployés d’une façon plus rentable dans des villes, et il faudra encore du temps avant que cette source de main d’oeuvre soit épuisée. Cependant, cette région a su découvrir encore d’autres compétences auxquelles l’Occident aura du mal à répondre.

Selon un principe bien connu, plus la quantité produite s’accumule, plus le coût par unité baisse. Chaque fois que la quantité cumulative du produit est doublée, les coûts de production diminuent d’environ 20%. Pendant les 30 dernières années, l’Asie de l’Est a doublé ses volumes cumulatifs à plusieurs reprises, dans bon nombre de secteurs dominés auparavant par les producteurs occidentaux, l’Occident ne se souciant guère de ces avancées concurrentielles irréversibles de l’Asie de l’Est.

Le meilleur indicateur pour mesurer les progrès en compétitivité est «Total Factor Productivity», qui prend en compte à la fois la productivité du travail et celle du capital. Elle reflète la capacité d’un pays à utiliser ses compétences et ses investissements en construction, machinerie et technologie afin de produire des marchandises et des services et d’augmenter le niveau de vie. Il peut paraître surprenant aux yeux des lecteurs occidentaux qu’au cours de ces 20 dernières années, c’est en Chine que l’augmentation de cette productivité a été la plus rapide dans le monde! Par rapport aux pays émergeants, les pays riches ont pris du retard en ce qui concerne cette croissance de la Productivité Total pendant la dernière décennie. Pour exemple, la part chinoise des importations aux Etats-Unis est passée de 1% en 1985 à près de 13,5% en 2007.

Dans le monde occidental, nous sommes devenus dépendants de produits de bonne qualité mais peu chers provenant de l’Orient. Ainsi, nos chefs d’Etat vont sûrement dire aux Chinois de faire en sorte que leurs exportations nous deviennent moins accessibles, pour des raisons d’équilibre d’échanges commerciaux. L’appréciation de la monnaie ou l’instauration de quotas d’exportations étant parmi les éventuelles mesures préconisées. Certes, les Chinois nous répondront en nous rappelant leur rôle de bienfaiteur, notamment le fait d’avoir augmenté le pouvoir d’achat des consommateurs occidentaux en leur fournissant des produits meilleur marché. Ainsi, en cas de restrictions aux exportations chinoises, ce seraient surtout les consommateurs occidentaux qui en souffriraient.

Les consommateurs chinois eux aussi ont, dans l’histoire, été dépendants des importations d’Occident. Les marchands occidentaux payaient leurs achats aux Chinois en leur vendant de l’opium. Leurs livraisons d’opium à destination de la Chine ont été décuplées en 1820-1840, de 4000 à 40000 caisses par an. L’opium est devenu la marchandise principale de l’exportation occidentale destinée à la Chine, représentant la moitié de toutes les exportations anglaises à destination de cette région. Le surplus annuel de balance de compte courant chinois de 4 millions d’onces en argent s’est transformé en un déficit de 9 millions. Au désir des Chinois d’interdire l’opium la Grande-Bretagne et les Etats- Unis ont envoyée leurs navires de guerre afin d’obliger ce pays à légaliser la drogue. Ce n’est qu’en 1907 que les Britanniques se sont mis d’accord avec la Chine et l’Inde pour arrêter le commerce d’opium. Imposer de l’héroïne est bien pire que rendre les gens dépendants de produits peu chers mais de bonne qualité.

Ainsi, il est bien possible que les Chinois estiment avoir droit à une douce vengeance – la vengeance du Mandarin – en rendant l’Occident dépendant de leurs produits. Encore en 1820, la Chine et l’Inde à elles seules couvrent près de la moitié de la production mondiale. L’industrialisation en Occident accompagnée de prouesses militaires et de manoeuvres politiques habiles a engendré une augmentation régulière des parts de marché occidentales et une accélération de son expérience cumulative par rapport à l’Asie. En 1980, la Chine et l’Inde ne produisaient plus que 4 % du PIB mondial. Par conséquent, aux yeux asiatiques, leur retour sur le devant de la scène est synonyme d’un retour à l’état normal reflétant mieux les structures démographiques, la compétitivité et le désir d’avancer.

Il se peut que le fossé compétitif s’est agrandi entre nos deux mondes à tel point que pendant les années à venir la majeure partie de la croissance mondiale sera due aux économies émergeantes alors que nous n’en cueillerons que des miettes.

H. ET J. KULVIK, Sifter Global Fund
HEINER WEBER, co-auteur de «The Ultra Net Worth Banker’s Handbook»

«CELUI QUI RECHERCHE LA VENGEANCE DEVRAIT SE SOUVENIR DE CREUSER DEUX TOMBES.» PROVERBE CHINOIS

L’Agefi, quotidien de l’Agence économique et financière à Genève
www.agefi.com

Dimanche 21 Mars 2010
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