La rivalité États-Unis / Chine


Parlons un peu de la rivalité Etats-Unis / Chine à l’occasion de la rencontre aujourd’hui en Chine entre le secrétaire à la défense M. Robert Gates et son homologue chinois, M. Liang Guanglie.




Paul Jorion
Paul Jorion
L’événement de la semaine dernière en Chine a été la parade sur la piste d’envol de l’institut aéronautique de Chengdu du J-20, qui semble être le premier chasseur furtif chinois, invisible sur les écrans de radar, ce qu’on appelle aussi un « chasseur de 5ème génération ». La Chine en général très sélective quant à l’information disponible relative à son armement a plutôt encouragé dans ce cas-ci la diffusion de l’information. Deux raisons possibles à une telle « fuite bien orchestrée » : premièrement, l’annonce très récente que la Russie et l’Inde ont décidé de collaborer dans la mise au point d’un tel avion militaire, deuxièmement, le souci de décontenancer Robert Gates en visite en Chine aujourd’hui, lui qui avait récemment déclaré que les Chinois ne disposeraient pas d’un tel avion avant 2020.

L’exhibition du chasseur furtif succède à celle datant d’octobre dernier, d’un superordinateur chinois, le Tianhe-1A, désormais le premier au monde, sa capacité dépassant de 40 % celle du superordinateur américain le plus puissant. Les processeurs de cet ordinateur sont américains (confectionnés par Intel et Nvidia) mais l’architecture de la machine ainsi que les puces assurant la communication interne sont elles de conception chinoise.

Les signes extérieurs de la rivalité entre les deux nations se multiplient donc alors que le ton est monté d’un cran au cours des mois récents dans le contexte de ce qu’on appelle désormais la « guerre des terres rares », domaine où la Chine représente aujourd’hui 97 % de la production mondiale et dont elle a réduit les ventes à l’étranger de 72 % au cours du 2nd semestre 2010.

Les terres rares ont de multiples usages, comme le polissage du verre et des semi-conducteurs, elles entrent dans la fabrication des disques durs d’ordinateurs sous forme d’aimants de petite taille, dans les batteries de véhicules hybrides, dans la réfrigération magnétique, elles jouent aussi le rôle de catalyseur dans les pots d’échappement et dans le raffinage des produits pétroliers. Les États-Unis en font un usage militaire important, par exemple dans le système de guidage des missiles, ou dans le revêtement de pales d’hélicoptères de combat.

Les terres rares ne sont en réalité pas des « terres » mais des métaux aux propriétés électroniques exceptionnelles. Leur nom de « terres » vient du fait qu’on les rencontre en général sous la forme d’oxydes que l’ancienne alchimie appelait « terres ». Les terres rares ne sont pas non plus rares comme leur nom semblerait l’indiquer : elles entrent en Chine dans la composition de certains engrais et on les utilise comme composante de revêtements routiers. Les réserves existantes des deux plus rares d’entre elles, le thulium et le lutetium sont 200 fois plus importantes que celles de l’or. Leur réputation de rareté découle du fait qu’on ne les rencontre en général qu’en faibles densités, ce qui les rend difficile à exploiter. Facteur aggravant, on les trouve en général combinées à des éléments radioactifs, ce qui rend leur exploitation délicate. La Chine dispose de 36 % des ressources disponibles, les États-Unis, de 13 %. Des gisements sont également exploités en Australie, en Inde, Mongolie, Russie, Afrique du Sud et au Kazakhstan ; il existe également des dépôts exploitables au Vietnam, Canada, Groenland, par exemple.

Comme je l’ai déjà indiqué, la production actuelle est d’origine chinoise à 97 %, ce qui crée une dépendance stratégique entre le reste du monde et la Chine. Une crise a éclaté au cours du second semestre 2010 quand celle-ci décida de réduire ses ventes de 72 %, dans un souci, déclara-t-elle, de bonne gestion de ses ressources et de protection de l’environnement. Il ne s’agit pas comme on pourrait le suspecter d’un simple prétexte : l’exploitation des terres rares débuta en Chine dans les années 1980 quand des entreprises furent créées en pagaille dans le cadre d’une politique de plein emploi. La Chine tente maintenant de réduire le nombre de ces entreprises de 90 à 20 pour ne conserver que les plus modernes et les moins polluantes.

La réaction à la réduction des quotas d’exportation chinois ne s’est pas faite attendre : le prix de vente des terres rares a augmenté de manière dramatique, étant par exemple multiplié par sept dans le cas du cerium. Du coup, les États-Unis, dont l’industrie de l’armement dépend des achats de terres rares en Chine, crient à l’accaparement et ont déposé une plainte officielle auprès de l’Organisation Mondiale du Commerce. Pourtant quand on examine l’historique du secteur des terres rares, on s’aperçoit que la responsabilité de la crise incombe entièrement aux Etats-Unis : l’industrie se trouvait à l’origine essentiellement sur leur territoire, ils fermèrent ensuite les yeux devant la délocalisation qui eut lieu au début des années 1990.

Durant la période qui va de 1965 à 1985, les États-Unis étaient en effet le principal producteur mondial de terres rares grâce à la firme Molycorp qui exploitait la carrière de Mountain Pass dans le désert de Mojave en Californie. Dans les années 1980, la compagnie Magnequench, spécialisée dans la fabrication d’aimants faits de neodymium créa une unité de production en Chine en raison de moindres coûts salariaux et d’une réglementation environnementale moins stricte. Le délocalisation fut autorisée par les autorités américaines à condition que l’usine en Indiana demeure opérationnelle. Ce qui ne fut pas le cas : celle-ci fut rapidement et très discrètement fermée. Molycorp de son côté interrompit l’exploitation à Mountain Pass. En raison de la colère du Pentagone devant le quasi-monopole chinois actuel, la carrière est en train d’être rouverte et son exploitation devrait reprendre fin 2012. On compte cependant qu’il faudra quinze ans pour qu’elle tourne à nouveau à plein rendement. Il faudra aussi que les États-Unis reconstruisent durant cette période leur capacité à séparer et raffiner les différentes terres rares, un processus chimique complexe et polluant dont les résidus sont souvent, comme je l’ai dit, radioactifs.

Quinze ans durant lesquels le Pentagone aura tout loisir de se ronger les ongles nerveusement.

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Jeudi 13 Janvier 2011
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