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La première agence de notation des managers : MNGT Ratings


Entretien avec Nicolas van Praag, Directeur des Opérations MNGT Ratings.




Nicolas van Praag
Nicolas van Praag
Dans un contexte économique morose, les agences de notation du « Big Three », souvent critiquées pour leur rôle dans la crise financière et dont la crédibilité a souvent été remise en cause, font désormais l’objet d’une directive de Bruxelles visant à encadrer l’utilisation de leur notation.

MNGT Ratings ne se revendique pas comme agence de notation financière mais bien comme spécialiste dans le rating des équipes dirigeantes. Parce que les dirigeants sont la base des engagements humains et financiers de l’entreprise, comme le souligne Nicolas van Praag, Directeur des Opérations et auteur d’une thèse sur la déviance des dirigeants et la performance de l’entreprise, la notation du « team managérial » devient un enjeu, à la fois pour l’entreprise en termes d’image, de fiabilité et de transparence, mais aussi pour les investisseurs, soucieux d’affiner leur connaissance de l’entreprise et d’accorder leur confiance dans les décisions d’avenir des groupes. Entretien.

Sur quels fondamentaux se base votre méthodologie ?

Nicolas van Praag : Notre méthodologie est unique et novatrice. Elle est fondée sur 5 piliers.

Premier pilier important dans notre cadre d’analyse : les managers. Tout d’abord, nous analysons leur expérience, comment eux-mêmes vivent leur relation avec l’entreprise et leur mode de gouvernance individuel. Egalement, nous effectuons des entretiens, avec nos senior analysts, tous issus du monde des affaires, de la banque, et qui sont donc des spécialistes du management et de la gestion. Des auditions sont passées entre chaque manager et nos experts, dont l’analyse s’oriente sur des aspects tels que le comportement dans l’entreprise.

Notre deuxième pilier est un système que j’ai développé au sein de l’Université Paris-Dauphine, basé sur 5 années de recherches, un système d’analyse du dirigeant qui mesure la propension à diriger l’entreprise en bon père de famille dans une logique effectivement pérenne et durable.

Dans le cadre de notre troisième pilier, nous analysons les interactions qu’il y a dans le team de direction, où l’on évalue, sur une base de critères spécifiques, comment se passe cette gouvernance, qui généralement est une gouvernance plurale, et où l’on a en effet un processus décisionnel au sein de ce comité.

Avant dernier point : l’analyse de la gouvernance amont. Nous avons développé des outils qui mesurent la confiance entre les dirigeants et l’actionnariat. S’il n’y a pas de confiance entre l’actionnariat et les dirigeants, nous considérons cela comme un point négatif.

Enfin, dernier pilier : le niveau de confiance entre les salariés, les employés et les dirigeants. Ici aussi, nous possédons une batterie d’indicateurs, ainsi qu’un certain nombre de tests, où l’on procède de manière à mieux mesurer ce niveau de confiance.

L’ensemble de ces piliers se recoupent et j’insiste bien sur le fait que l’on ne note pas un dirigeant séparément, mais bien l’ensemble. Donc à aucun moment, personne n’est mis en cause. Nous notons globalement la capacité du team à conduire les affaires de l’entreprise.

D’après vous, à terme, comment seront évaluées, par le marché, les entreprises qui ne seront pas notées par votre agence ?

Notre cible de clientèle correspond à des grandes entreprises, entreprises multinationales, grandes entreprises nationales. Typiquement pour le marché français, c’est cibler le CAC 40, le Bel20 en Belgique, mais aussi le LuxX au Luxembourg, le MIB en Italie et l’IBEX en Espagne. Ce sont des entreprises qui sont émettrices ou non, car certaines non émettrices souhaitent rentrer dans un processus de notation de leurs dirigeants et de leurs managers. Nous n’avons donc pas vocation à noter toutes les entreprises. Pour nous les choses sont claires : si une entreprise ne nous paraît pas « mériter » notre notation, nous ne la notons pas. Cela veut dire très clairement que, dans les 5 ans qui viennent, une entreprise qui ne sera pas notée n’aura pas forcément un désavantage, mais sera peut être perçue par le marché comme « non notée par MNGT Ratings ». L’idée n’est pas de créer un club, mais de considérer que c’est un label qui, selon nous, va devenir indispensable et prendra peut être le relai de la notation financière actuelle. Vous savez qu’aujourd’hui, le marché obligataire est caractérisé par une liquidité très importante et des émetteurs qui émettent sans notation financière. Et justement, s’il n’y a plus de notation financière, ou s’il y en a moins, je pense qu’il y a un besoin évident d’une notation des dirigeants, qui serait donc non-financière, mais tout aussi importante pour mesurer la capacité de l’entreprise à perdurer.

Vous n’êtes donc pas sans savoir que de plus en plus d’émetteurs d’obligations se passent de notation financière, pourquoi ne se passeraient-ils pas de vous ? Quelle est alors, la plus-value du rating managérial ?

S’il n’y a pas notation financière et s’il n’y a pas de notation des dirigeants, il n’y a donc aucune notation, c’est à dire que l’on se retrouve dans un système où les investisseurs doivent se faire eux-mêmes leur propre opinion. Evidemment, il faut toujours que les investisseurs se fassent leur propre opinion mais on se retrouve alors dans une logique où il n’y a plus aucune opinion d’émise, et cela me paraît aussi être une forme de déviance, c’est-à-dire qu’il est sain dans un marché que l’information soit transparente. Donc oui, il y a peut être une tendance à ce qu’il y ait moins de rating financier, mais c’est justement pour cela qu’il faut un rating managérial en parallèle. Je ne dis pas « à la place », mais bien « en parallèle », nous sommes sur des registres différents. Donc « en parallèle », cela me paraît très sain.

Nous ne sommes pas obligés de noter une entreprise si nous considérons que l’entreprise ne mérite pas d’être notée par MNGT Ratings. Nous considérons qu’il va de notre réputation de noter de manière objective.

Quels sont les managers qui entrent dans votre périmètre d’étude ?

En principe on retrouve le Président de l’entreprise, le Directeur général adjoint, le Directeur financier, le Directeur des Ressources Humaines, le Directeur de l’audit ou du contrôle interne, le Directeur des opérations, d’exploitation… Dans certains cas, on étend à d’autres fonctions. L’idée est de prendre tous les managers qui entrent dans le processus décisionnel, dans la conduite générale des affaires de l’entreprise. Donc parfois il y en a 4 ou 5, parfois 7 ou 8. Mais ce team managérial est validé par la direction générale, c’est à dire qu’au départ de chaque mission, nous nous mettons d’accord sur les personnes qui rentrent dans le team à noter.

Lorsque l’un des managers sort du team managérial, nous faisons une analyse complémentaire car nous supposons que si un manager sort du team, il y en a un autre qui rentre. Nous faisons alors une analyse complémentaire et mettons à jour la note. Cela fait partie de la convention de rating, qui est que de toute façon, tous les ans, nous renouvelons la notation. La notation est sur une base annuelle, mais à chaque fois qu’il y a un changement dans la composition du team, nous procédons à une autre analyse, et cela fait partie du « forfait annuel » facturé à l’entreprise.

Nicolas van Praag, je vous remercie et vous donne rendez-vous très prochainement dans un nouveau numéro de Finyear.

© Copyright CFO-news. Propos recueillis par la rédaction de Finyear.


Vendredi 14 Juin 2013
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