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La forte attraction de l’Est sur l’Allemagne


L’Allemagne entretient des liens commerciaux toujours plus étroits avec la Russie. Verra-t-on bientôt l’émergence d’un axe Berlin-Moscou?




La forte attraction de l’Est sur l’Allemagne
En cette période de fortes tensions souveraines, problèmes géopolitiques, croissance européenne morose, niveau de chômage élevé et baisse de l’euro; le moteur de l’Europe, soit l’Allemagne, ne sera-til pas bientôt tenté de changer de cap et lorgner vers l’Est où les opportunités pourraient s’avérer plus intéressantes? Pour l’Allemagne, l’année 2010 aura marqué deux évènements importants: les 20 ans de la réunification, mais aussi et surtout la fin du remboursement des obligations financières datant du traité de Versailles.

L’Allemagne a donc payé un lourd tribut pour les deux guerres et la réunification qui à elle seule a coûté plus de 1300 milliards d’euro, selon les dernières estimations. Débarrassée de ce poids de la dette, l’on comprendra aisément, au-delà de la spécificité et de la qualité manufacturière du pays, pourquoi l’Allemagne va de l’avant. Une autre explication au redémarrage tient aussi dans le rattrapage du coût horaire entre l’Allemagne de l’Est et l’Allemagne de l’Ouest. Cependant, il est aisé de comprendre (cela s’est notamment ressenti lors du sauvetage de la Grèce), que l’Allemagne ne veut pas être le sponsor européen, tant sur la croissance que sur le renflouement des pays en difficulté. A un moment ou un autre, le pays impliqué devra choisir entre sortir de la zone ou voguer vers d’autres horizons. C’est sur ce deuxième point. Un retour de l’Allemagne vers l’Est et notamment vers la Russie est un sujet qui ne date pas d’aujourd’hui. En fait, l’Allemagne a depuis toujours entretenu des affinités avec la Russie. Quelques faits non exhaustifs plaident pour eux-mêmes. Il faut remonter au XVIIIe siècle avec l’avènement de Catherine II, née en Allemagne (plus précisément en Poméranie) qui devint l’impératrice de toutes les Russies. L’arrivée au sommet de cette dernière va signifier l’ouverture de la Russie vers l’Europe centrale et plus particulièrement vers l’Allemagne à travers la volonté de moderniser la Russie en favorisant l’arrivée de main-d’oeuvre étrangère.

La solidarité guerrière se matérialisera également entre l’Allemagne et la Russie pour repousser les assauts de Napoléon.

Sans aller trop loin dans l’histoire commune entre ces deux pays, la cassure eut lieu à la fin du XIXe siècle dans la manifestation d’un élan de protectionnisme, se traduisant par une augmentation des taxes, tant sur les exportations allemandes de gros matériaux que sur les importations de denrées agricoles russes.

La première guerre mondiale fut l’illustration parfaite du désaccord entre les deux nations, d’un côté une volonté d’expansion territoriale vers l’ouest et de l’autre une volonté de «libérer» certains pays du joug de la Russie, en étant plus clair: s’assurer un ravitaillement durable en matières premières! En marge de la conférence de Gênes, le traité de Rapallo marquera l’enterrement de la hache de guerre entre les deux pays, vite déterrée par Hitler. Cet état de fait se termina par une scission de l’Allemagne en quatre zones distinctes, ce qui permit à la Russie de reprendre ses désirs d’influence et d’emprise sur l’ouest.

Finalement les relations politiques se réchaufferont avec Gorbatchev (ami intime de Helmut Kohl), Poutine (ayant fait ses classes en Allemagne au sein du KGB) et finalement Medvedev dont les relations avec Angela Merkel ne font que s’améliorer, cette dernière poussant, entre autre, pour l’entrée de la Russie dans l’OMC. Forts de ces éléments, il est aisé de comprendre les relations privilégiées qu’entretiennent ces deux pays depuis de nombreuses années et qui devraient perdurer.

L’Allemagne est le principal partenaire commercial de la Russie. Aujourd’hui, les relations économiques des deux États reposent sur une structure commerciale complémentaire. En terme d’exportations, d’un côté l’Allemagne fournit des produits chimiques, des véhicules et surtout de la machinerie et de l’autre côté la Russie fournit du pétrole, du gaz naturel et des matières premières. Les besoins aussi sont croisés puisque la Russie est en quête de modernisation ainsi que d’innovation (à travers les secteurs ferroviaires, aérospatiaux et automobiles) et l’Allemagne se doit d’étoffer son approvisionnement énergétique sur le long terme.

L’ouverture de la chambre de commerce germano-russe en 2007 atteste de la volonté forte de collaboration économique entre les deux pays et renforce les intérêts et sensibilités communes. Actuellement, on estime à 6000 le nombre d’entreprises allemandes présentes sur le sol russe. L’Allemagne pèse près de 24% de l’investissement étranger en Russie. Si la Russie ne représente seulement que 5% environ des exportations allemandes. Les exemples actuels commerciaux sont multiples et nous confirment de l’avancée concrète entre les 2 pays et ceci dans plusieurs domaines.

Tout d’abord dans l’approvisionnement énergétique et notamment dans le projet NordStream. En effet, ce projet de gazoduc reliant la Russie à l’Allemagne via la mer Baltique va permettre à l’Allemagne d’être moins dépendante des aléas géopolitiques et leur permettre de diversifier leurs importations. D’une capacité annuelle de 55 milliards de m3 de gaz, ce gazoduc reliera les réseaux gaziers russes et européens en contournant les pays de transit traditionnel. Son itinéraire passera par les eaux territoriales et les zones économiques exclusives du Danemark, de la Suède, de la Finlande, de la Russie et de l’Allemagne. Ensuite, nous pouvons aussi noter les avancées en termes de coopération dans le domaine des énergies renouvelables. L’Allemagne fournira par exemple des éoliennes à la Russie.

La coopération entre les universités techniques des deux pays présente aussi un intérêt certain en ce sens et devrait permettre de rejoindre les exigences de l’union européenne concernant le quota obligatoire de consommation énergétique pour 2020.

Enfin, nous ne manquerons pas de noter les besoins globaux de modernisation qu’a la Russie. A l’image de Siemens, qui a signé des protocoles d’accord pour moderniser 22 stations d’aiguillage d’ici à 2026 et fournir à la société des chemins de fer russes 240 trains régionaux dans les dix ans à venir. Auparavant, la Russie était considérée comme un pays vieillissant, protectionniste et dépendant des aléas du prix des matières premières. Mais cela n’est plus le cas et l’année 2011 pourrait être le symbole du retour sur le devant de la scène d’un pays sur lequel il faudra absolument compter dans la décennie de venir, et ceci pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, les prévisions pour 2011 sont de 4.1% de croissance pour le PIB et de … 4.9% pour la consommation des ménages. Ceci tient à plusieurs facteurs et notamment l’accent qui a été mis par le gouvernement sur l’augmentation des salaires et surtout l’augmentation des retraites.

Ensuite, le gouvernement russe a approuvé un programme de privatisations, annoncé mercredi 20 octobre par le vice-premier ministre russe, Igor Chouvalov, pour un montant estimé de 42 milliards d’euros sur cinq ans.

De plus, dans un futur proche, la Russie pourrait finalement faire son entrée dans l’OMC. La Suisse notamment, en tant que médiateur en sous marin, pourrait définitivement convaincre la Géorgie de ne pas s’opposer à cette adhésion entamée il y a de cela plus de 18 ans. De leur côté, les Etats-Unis ne semblent plus s’y opposer ainsi qu’Angela Merkel qui depuis deux ans fait le forcing maximum en ce sens. Rappelons ici que la Russie est la dernière grande puissance économique à ne pas être intégrée au système commercial multilatéral.

L’afflux mensuel net de capitaux étrangers vers la Russie va aussi dans le sens d’un intérêt économique croissant de la part de la communauté internationale.

Finalement, la réforme fiscale du secteur pétrolier et du secteur gazier (attendue depuis un certain temps) pourrait bien arriver dans les prochains mois pour que les entreprises du secteur puissent, entre autre, entreprendre de nouveaux projets de forage.

A un an des élections présidentielles, de telles mesures d’assouplissement pourraient correspondre à un catalyseur au redémarrage du marché russe. Fantasme ou ébauche d’une réalité future, ce scénario pose bien évidement d’autres questions. Quelle va être l’attitude de Washington qui avait utilisé l’Allemagne comme dernière base vers l’est, alors que nous constatons que ce dernier maillon pourrait finalement se détacher et accentuer naturellement ses rapports avec l’est ?

Quelles sont également les conséquences réelles d’un nouvel axe Berlin/Moscou sur l’actuelle Europe économique et monétaire? La Pologne, la Russie et l’Ukraine représentent un immense potentiel pour l’Allemagne par rapport aux pays du club Med (Grès, Italie, Espagne, France, Portugal). La «Real politik» prendra donc progressivement l’ascendant dans la stratégie allemande.

L’avancée de l’Allemagne vers l’Est est un fait qui ne peut plus être ignoré et le développement de la Russie dans tous les secteurs économiques, monétaires et boursiers est maintenant partie intégrante du jeu politique et économique international.

Mais finalement le Général De Gaulle ne disait-il pas des frontières de l’Europe qu’elles allaient de l’Atlantique à l’Oural.

L’Agefi, quotidien de l’Agence économique et financière à Genève
www.agefi.com

Mercredi 16 Février 2011
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