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La fin des trente glorieuses du marché


Le triomphe prétendu de l’économie du marché qui date d’au moins, il y a trois décennies, de l’ère de la «Reaganomie» et du «Thatchérisme» ne saurait définitivement être acquis. Ce modèle d’économie libéralisée est jugé favoriser la création des richesses et le développement des innovations.




La fin des trente glorieuses du marché
Or, ce sont ces innovations financières et les produits dérivés sous jacents, accompagnés souvent des applications techniques sophistiquées, qui ont trop poussé le marché financier de son stade « organisé » vers un autre « de gré à gré » plus risqué, débouchant sur une crise qui a sapé tout sentiment de confiance vis-à-vis de l’économie du marché. Devant cette déroute financière, il s’est avéré que seul un Etat bienveillant pourrait redonner du souffle à une économie mondiale en marasme qui risque de se convertir en une dépression fatale et durable : « Là où le marché est imparfait l’Etat doit intervenir ».

La crise financière internationale, éclatée en 2008, et les menaces d’une récession économique profonde qui s’annoncent au jour le jour notamment dans les grandes puissances économiques, en l’occurrence le Japon, ont remis en cause les «grands principes» d’un capitalisme à outrance guidé à l’aveuglette. Ceci prouve que les lois économiques ne sont pas immuables. Ces dernières sont, par contre, régies par des comportements économiques irrationnels et non conformes aux règles établies par les théories conventionnelles. La main invisible d’A. Smith n’a pas pu épargner l’économie du marché de la crise, les mécanismes autorégulateurs non plus. De même, les adeptes du postulat de rationalité et de « l’homoéconomicus », cherchant le maximum de profit avec un minimum de coût, se sont trouvés hors jeu, alors que l’économie mondiale s'enfonce dans la récession, d'une virulence jamais vue depuis 1930. Il faut l’avouer, le laisser faire laisser aller a ses limites. Il ne s’agit pas de « la fin de l’histoire » selon F.Fukuyama mais d’une trente glorieuse du Marché qui a atteint son cycle. Cette approche philosophique régissant l’économie mondiale ne peut bien triompher sans être encadré, dans un contexte ou le modèle du marché souffre néanmoins d'un certain nombre de défaillances qui en amoindrissent la portée.

A la lumière de cette grille d'analyse, l’Etat apparait le plus puissant et le marché impuissant voire imparfait. La multiplication des plans de relance implique que « nous sommes tous des Keynésiens » et qu’« à long terme nous seront tous morts » selon l’expression de J.M.Keynes. L’Etat n’est-il pas un mal absolu, expression avancée par Robert Lucas (Nobel 1995), quand il s’agit de préconiser des plans de relance économique et venir au secours du secteur privé ? Aussi, les aides financières directes de l’Etat octroyées aux institutions financières et aux secteurs industriels en difficulté viennent-elles invalider les mécanismes de fonctionnement du marché en poussant, par ricochet, vers une régulation tout en renvoyant les acteurs de ce marché, y compris l’Etat, à leurs responsabilités. D’un autre côté, qu’en est-il de la politique de privatisation préconisée par les institutions financières internationales (FMI, BM) pour les pays en développement, du moment où le soutien financier ostentatoire dont bénéficient de grands établissements financiers en faillite, notamment dans les pays riches, témoigne d’une grande nostalgie aux nationalisations.

De surcroît, l’aide financier de l’Etat aux secteurs en difficulté n’est-il pas synonyme d’une perturbation de la concurrence et d’une violation des règles du marché ? Déjà, sur le plan des échanges commerciaux internationaux, le multilatéralisme de l’OMC ne fonctionne pas selon les règles ratifiées par les adhérents. Bien plus, le libre échange, dans l’optique des grandes puissances économiques, était souvent en difficulté quand il est question, par exemple de l’agriculture (Accord de Blair House, Politique Agricole Commune,…) qui demeure régit par une ouverture sélective. En contrepartie, le négoce d’autres produits hors agricoles bute sur un mercantilisme agressif (exemple de la chine). Toutefois, il est inconcevable de défendre le libre échange quand on est « gagnant » et tolérer une escalade protectionniste chaque fois qu’on est perdant, à la lumière des plans de sauvetage économique déclenchés en 2008 et 2009 par les tenants et les défenseurs de la mondialisation.

Ceci étant, face à une crise financière qui s’étend à l'économie réelle que faut-il suggérer comme renouveau pour sauver les pertes d’emploi, relancer l’activité économique et encourager le crédit et le placement financier ? Creuser le déficit budgétaire même si cela pourrait engendrer des effets de second tour en termes d’impôts avec un coût d’opportunité élevé en matière d’investissement social. En d’autres termes, ces coupes budgétaires destinées à relancer l'économie réelle vont-elles alourdir le fardeau de la dette public aujourd’hui et les impôts de demain avec une dose de taxe inflationniste en validant « le théorème d’équivalence ricardienne » ? Cette intervention de l’Etat est-il à court terme ? Ou devrait- elle s’imposer comme un modèle alternatif au marché ?

De toute façon, l’Etat ne devrait pas jouer continuellement le rôle du prêteur du dernier ressort chaque fois que le marché est en panne. Le secteur privé et ses acteurs qui se nourrissent de la spéculation adoptent un comportement d’aléa moral via des pratiques égoïstes. C’est ce comportement spéculatif de certains agents, avide de gains, agissant hors loi et morale, qui menace le bon fonctionnement des marchés financiers voire de l’économie réelle toute entière.

Face à cette asymétrie de l'information, seule une régulation du marché financier et un nouveau paradigme du fonctionnement de l’économie mondiale pourraient garantir une coexistence entre l’Etat et le marché avec un minimum de transparence. Cette régulation devrait normalement se concrétiser dans les faits et ne pas rester au stade des bonnes intentions. Il est également impératif de réactiver le rôle des gendarmes du marché et de comités de surveillance avec une séparation entre les activités de banques commerciales, de banques d’affaires et des sociétés d’assurance. La confiance pourrait également être améliorée à la fois par l’indépendance et la séparation des fonctions de décision, de contrôle et de rating des institutions corollaire d’une bonne gouvernance économique et financière. Sauf que cette indépendance est corollaire également d’une reddition des comptes.

Dans l’immédiat, des règles de conduite doivent être édictées et qu'un mix optimal entre politique budgétaire et monétaire devrait être adopté afin de remettre l’économie sur les rails. Néanmoins, une baisse continue des taux d’intérêt a ses limites, à savoir la trappe à liquidité, et que toute action non réfléchie d’une baisse additionnelle du taux d’intérêt pourrait avoir en retour des retombées négatives en terme d’investissement et d’épargne qui deviennent inélastiques.

La fin des trente glorieuses du marché
Par :
Dr. Kamal EL-Oualy
Economiste

Domaine de recherche : Macroéconomie, économie monétaire et ciblage d’inflation
kamal.eloualy@yahoo.fr

Mercredi 3 Juin 2009
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