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La directive PSD2 provoquera l’un des plus importants bouleversements du secteur bancaire depuis des décennies


Tony Virdi, VP du département Services bancaires et financiers de Cognizant pour le Royaume-Uni et l'Irlande.




Tony Virdi
Tony Virdi
Alors que les autorités de régulation sont de plus en plus soucieuses d’assurer la protection des consommateurs, de nouveaux cadres réglementaires tels que la Directive révisée concernant les services de paiement (PSD2) contraignent actuellement les acteurs du secteur des paiements à repenser leur mode de fonctionnement dans un marché qui s’ouvre rapidement à de nouvelles formes de concurrence. En effet, face à l’apparition de nouvelles solutions de paiement digital, telles qu’Apple Pay, et à l’essor des services d’agrégation de comptes proposés par les fintechs, cette réglementation qui se trouve actuellement dans la phase ultime de négociation, entraînera des bouleversements et ouvrira la voie à d’autres changements encore plus significatifs.

La directive PSD2 constitue un prolongement de la première Directive sur les services de paiement (PSD) adoptée par la Commission européenne en 2007. L’objectif est de réguler les activités des prestataires de services de paiement et de créer un cadre harmonisé à travers toute l’Europe. Cette réglementation devrait accroître le nombre de prestataires au sein de l’écosystème et renforcer la concurrence, en vue de proposer aux consommateurs un choix élargi et une transparence accrue.

La directive précise que toute entreprise qui fournit et conserve des informations sur des comptes clients doit rendre ces dernières accessibles à des tiers, notamment à des prestataires de paiement mobile, sous réserve que le client leur en ait donné l’autorisation. Une telle mesure contraindra les banques à ouvrir à des tiers l’accès aux données de leurs comptes clients via des interfaces de programmation applicative (API). Pour les banques traditionnelles, une telle évolution entraîne à terme un danger important de désintermédiation, étant donné que de nouveaux acteurs pourront accéder à une base de clientèle bien plus large. En réponse, les banques devront réinventer l’expérience paiement et devront trouver des moyens innovants pour fidéliser la clientèle : cela s’imposera comme un impératif stratégique. De plus, certains critères fondamentaux tels que la sécurité, la responsabilité en matière de défaillances et de fraudes, la connaissance du client (le « KYC ») et les contrôles de lutte contre le blanchiment d’argent (AML) gagneront en importance à l’heure où l’univers des paiements s’ouvre à de nouveaux prestataires.

Quelles conséquences pour les banques traditionnelles ?

Si la directive PSD2 entend éliminer les obstacles auxquels sont confrontés les nouveaux entrants sur le marché, elle implique aussi de règlementer les fournisseurs tiers (les « Third Party Providers » ou TPP) qui proposent des services de paiement. A l’instar des banques, ces derniers devront en effet satisfaire aux exigences imposées par PSD2, comme n’importe quel autre établissement de paiement (agréé, enregistré et contrôlé). Autrement dit, ils seront soumis à leurs propres exigences en matière d’information, de transparence et de sécurité des paiements.

Fournir une infrastructure sécurisée aux TPP constitue un défi majeur pour les banques. Elles doivent en effet créer un cadre pour le KYC et empêcher que la lutte contre le blanchiment d’argent ne gère les risques opérationnels liés aux incidents de paiements ou aux paiements frauduleux, ainsi que les risques pour la sécurité. C’est aux acteurs traditionnels qu’il reviendra de supporter la charge liée à la mise à jour des anciens systèmes pour répondre aux impératifs des paiements internationaux. À cet égard, la transparence et la sécurité accrues des données de paiement constituent des problématiques majeures. Mais, pour les banques, cette charge n’est pas simplement financière. La multiplication des fournisseurs tiers et des nouveaux entrants sur le marché des paiements pourraient également s’accompagner de pertes de recettes et impacter leurs marges. Compte tenu par ailleurs du règlement sur les commissions d’interchange de l’UE (visant au plafonnement de ces commissions), les modèles commerciaux traditionnels se trouvent donc soumis à une forte pression. Avec l’ouverture de la chaîne de valeur, il existe peut-être même de nouvelles opportunités liées à la désintermédiation du consommateur final, qui peut accéder à ses comptes via des outils tels qu’Appel Pay, sans avoir à traiter directement avec sa banque.

Comprendre le client, une condition sine qua non pour survivre

Le fait de savoir si les banques continueront à exister sous leur forme actuelle dans dix ans a alimenté de nombreux débats. En effet, l’émergence des technologies digitales et des autres technologies qui y sont associées, ainsi que l’évolution des préférences des clients, exercent une pression sur les structures et les méthodes de travail traditionnelles. Avec l’adoption de la directive PSD2, les banques seront contraintes de se métamorphoser au risque de rester à la traîne face à de nouveaux prestataires visionnaires et innovants, de tisser des relations plus étroites avec leurs clients et de développer de nouveaux flux de revenus. La tactique ne suffit plus ; les banques doivent adopter une approche stratégique différente si elles veulent conserver leurs clients et en attirer de nouveaux.

Le secteur bancaire est sur le point de connaître une mutation majeure engagée par la PSD2, qui encourage la concurrence et l’innovation dans les services financiers. La seule façon pour les banques de s’assurer que les agrégateurs ne leur dérobent pas de parts de marchés est de nouer des liens véritables, authentiques et émotionnels avec leurs clients. Autrement dit de revenir aux fondamentaux, de comprendre les besoins des consommateurs et de proposer à ces derniers des offres et des services de valeur leur permettant de réaliser plus simplement leurs opérations financières.

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Mercredi 8 Juin 2016
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