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La comptabilité en 2030 - Première partie : le moine, la sirène et le papillon


Souvent considéré comme l’inventeur de la comptabilité en partie double, Luca Pacioli, moine italien du XVème siècle, est plutôt celui qui rassembla les méthodes et les savoir-faire comptables de son temps. Depuis lors et jusqu’à la fin du XXème siècle, la comptabilité ne connut pas d’évolution majeure.




Les années 1990 / 2000 marquent une vraie rupture dans la façon d’aborder la comptabilité. Portée par une approche anglo-saxonne de la comptabilité, la réflexion sur la mise en place de normes internationales visant à faciliter les comparaisons entre multinationales prôna la fair value (ou juste valeur) pour tous les actifs et passifs de l’entreprise. Dans le même temps, l’arrivée des progiciels de gestion intégrés (ERP) couplée avec la mise en place de nouveaux modes d’organisation (Centre de Services Partagés, externalisation) promettaient une fin proche à la « comptabilité de papa »…

La douce musique de la norme unique

Bien que les IFRS soient devenues la norme en Europe, la tenue d’une comptabilité dans plusieurs normes en parallèle est pourtant une réalité pour nombre d’entreprises, en raison de l’existence de contraintes réglementaires et fiscales locales. C’est le cas en France, mais également, contre toute attente, dans les pays anglo-saxons (au Royaume-Uni par exemple). Si une partie des nouvelles approches a été réintroduite dans les normes locales, le processus de convergence est un chantier de longue haleine. Les ERP ont permis d’automatiser le rapprochement entre comptabilités (générale et analytique, locale et IFRS), mais l’appropriation de ces nouveaux concepts par les populations opérationnelles non comptables reste pour l’instant limitée. Les normes internationales ont instillé un degré de complexité supplémentaire à la lecture et à la compréhension des chiffres, parfois au prix d’un éloignement de la réalité économique, pourtant si recherchée.

L’hymne à la régulation

Les péripéties traversées par le monde économique au début des années 2000 (affaires Enron, Worldcom…) ont conduit les régulateurs à dessiner un cadre beaucoup plus strict en matière de contrôle interne (Sarbanes Oxley Act aux Etats-Unis, Loi de Sécurité Financière en France). Censé améliorer la qualité de l’information financière et minimiser les risques de fraudes, ce cadre réglementaire s’est malheureusement avéré inapte à prévenir la crise de 2008, malgré son coût astronomique pour les entreprises cotées. Le recours au financement par les marchés s’étant sensiblement réduit ces dernières années, nombre d’entreprises ont fait le choix du retrait de la cotation, invoquant le fardeau réglementaire. Pour les entreprises toujours cotées, le constat est sans appel : la mise en œuvre de ces lois, déjà coûteuse, a entrainé une lourdeur administrative certaine dans le traitement des opérations et des flux financiers. Les entreprises cherchent donc tous les moyens pour parvenir à rationaliser le coût des fonctions comptables.

L’appel du large

La mise en place de CSP a, jusqu’à présent, conduit les entreprises à profiter des différences de coûts salariaux et d’infrastructure entre les pays de départ et les pays d’arrivée. Mais les gains à court terme ont quelque peu détourné les CSP de leur vocation initiale de mutualisation des ressources au profit d’une simple co-localisation de ressources, assurant à elle seule un retour sur investissement rapide. Les efforts d’harmonisation des pratiques entre les entités d’un groupe nécessitant de profondes transformations culturelles et structurelles, de nombreuses entreprises peinent à s’engager dans cette voie, faute de sponsorships suffisants. Alors on s’en remet au système d’information…

ERP : Economique, Rapide et Pourtant…

La mise en place de programmes ERP d’envergure dans les grandes entreprises est maintenant derrière nous. Derniers en date à rejoindre le mouvement, l’Etat, les ministères et les entreprises publiques ont sauté le pas au cours de la précédente décennie. Cependant, les bénéfices attendus de ces projets, aux investissements lourds et à la rentabilité incertaine, tardent à se concrétiser. En effet, l’outil informatique, souvent considéré comme la solution miracle aux divergences de pratiques entre les entités d’un même groupe, ne peut à lui seul assurer le rôle de vecteur de la transformation d’une organisation. Et que devient le comptable dans cet univers changeant ?

La métamorphose

Le comptable a longtemps bénéficié d’une image rassurante d’homme (ou femme) du chiffre certes ennuyeux mais appliquant une technique robuste et prudente. La traduction comptable des évènements économiques de l’entreprise est depuis plusieurs années sur la voie d’une automatisation croissante. Ce phénomène a poussé le comptable à se remettre en question. D’opérateur de saisie à grande échelle (factures fournisseurs et clients, opérations bancaires…), il s’est progressivement recentré sur la saisie d’OD (régularisations, provisionnement…) et surtout sur le contrôle de la bonne réalisation des flux déclenchés en amont par d’autres fonctions de l’entreprise. Mais le comptable 100% tourné vers l’analyse de la santé financière de l’entreprise ne semble pas d’actualité.Ce repositionnement, couplé à la perspective déshumanisée d’une automatisation poussée à l’extrême, pose aujourd’hui un réel problème d’attractivité de la fonction comptable. Un diplôme de comptabilité ne semble plus être nécessaire à la production comptable à proprement parler. Les qualités requises chez un responsable de CSP sont à rechercher plutôt du côté du management des hommes que de la connaissance pointue des normes. Reste le responsable comptable, remis en lumière par la complexité de la production règlementaire, qui semble avoir trouvé un rôle de conseil et de pédagogie auprès des dirigeants. Mais cette expertise pointue rend ce poste difficile d’accès et n’offre pas beaucoup de perspectives d’évolution vers d’autres fonctions dans l’entreprise.

Les récentes ruptures dans la façon d’aborder la comptabilité d’entreprise ne semblent pas avoir permis d’atteindre le nirvana escompté. Les scandales et crises récents nous rappellent que la fair value reste un concept à consommer avec modération… Déjà pris dans la tourmente des changements en cours en termes de culture, de pratique et d’organisation, le comptable cherche sa voie. Et si la solution passait par un retour aux sources, accompagné d’un soupçon de simplicité ?

Par Sébastien Canonne, le 15 novembre 2011
www.bearingpoint.com

Rendez-vous prochainement pour la deuxième partie : l’athlète, le panda et l’hirondelle

Jeudi 1 Décembre 2011
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1.Posté par Rémy Mahoudeaux le 02/12/2011 00:56 | Alerter
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Je m'insurge : avant d'être tourné vers le contrôle de la santé de l'entreprise, le comptable moderne et futur est et sera tourné vers la mesure de l'efficience interne de l'organisation, modulo les tâches liées à la simple conformité réglementaire qui ne soutiennent que bien indirectement le couple ( produit ; marché ). La santé n'est en quelque sorte qu'un petit bout très restrictif de cette lorgnette.

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