Quotidien finance innovation, innovation financière journal
Financial Year with Finyear
 
 
 
 


              

La cohabitation de l’inflation et de la déflation


De nombreux investisseurs pensent que ce sont des phénomènes globaux. Affectant tous les marchés ou aucun.




La cohabitation de l’inflation et de la déflation
«Si le peuple américain permet un jour que les banques contrôlent leur monnaie, les banques priveront les gens de toute possession, d’abord par l’inflation, ensuite par la déflation, jusqu’au jour où leurs enfants se réveilleront sans maison et sans toit», disait Thomas Jefferson. Depuis plus de deux ans, l’univers de l’investissement est caractérisé par un degré élevé de doute et d’anxiété qui ne semble pas prêt de disparaître. Le président de la Réserve fédérale américaine Ben Bernanke a rappelé lors de son récent discours devant le Congrès «l’incertitude inhabituelle » qui teinte les perspectives économiques pour les Etats-Unis. Et au coeur du débat sur les développements futurs se trouve la question de l’inflation ou de la déflation.

L’inflation et la déflation sont traditionnellement sources de crainte pour les investisseurs et ce, pour une bonne raison: dans les deux cas, tous les segments de la société sont pénalisés. L’inflation affaiblit les placements en titres, l’épargne et les valeurs à revenu fixe tout en réduisant le pouvoir d’achat de la monnaie à la fois sur le marché domestique et à l’étranger. La déflation quant à elle augmente la valeur réelle des dettes publiques et privées et entraîne des comportements anormaux de la part des consommateurs et des investisseurs, qui repoussent leurs décisions dans l’attente de nouvelles baisses des prix.

Pourquoi, aujourd’hui, de nombreux investisseurs craignent-ils une inflation imminente? Pour certains, il suffit de considérer la République de Weimar dans les années 1920 ou l’Argentine au début des années 1980 pour se rendre compte que les gouvernements sont facilement tentés de résoudre un endettement excessif par des politiques inflationnistes. Nombreux sont ceux qui pensent que certaines conditions sont réunies aux Etats-Unis pour voir apparaître un scénario similaire. En effet, les initiatives pour stimuler l’économie après la crise du crédit ont été coûteuses et se sont traduites par un ratio dette/PIB de plus de 350%. De plus, le programme d’assouplissement quantitatif de la Réserve fédérale est souvent comparé à un recours à la planche à billets.

Pourtant, jusqu’à présent, il y a peu de signes d’inflation aux Etats- Unis, que ce soit au niveau de l’inflation apparente ou des obligations d’Etat indexées sur l’inflation. Ceci s’explique en partie par le fait que le processus d’assainissement des bilans d’entreprises et des finances des particuliers a fait reculer la demande au point que l’économie ne génère plus aucune pression inflationniste. Les excédents de capacité affichés par de nombreux secteurs sont la preuve de ce phénomène. Peut-on alors en conclure que la déflation est un scénario plus probable? Les exemples historiques sont plutôt rares, mais il est peu probable que le plus connu d’entre eux, celui du Japon, se reproduise ailleurs. La banque centrale japonaise avait commis de sérieuses erreurs très tôt, notamment en continuant à relever les taux d’intérêt bien après le crash boursier de 1989 et en attendant plusieurs années avant d’adopter des mesures d’assouplissement quantitatif pour renforcer la liquidité, laissant ainsi la déflation s’enraciner. A l’inverse, la Réserve fédérale et d’autres banques centrales ont réagi beaucoup plus rapidement.

Dans le débat qui nous occupe, de nombreux investisseurs pensent que l’inflation comme la déflation sont des phénomènes mondiaux qui sont soit présents, soit absents, et qui affectent tous les marchés ou aucun. La réalité sera sans doute plus nuancée, avec des poches d’inflation et de déflation affectant simultanément différentes économies et différents marchés au même moment. Les stratégies d’investissement devront être très flexibles et tenir compte des deux possibilités. Outre les méthodes de couverture les plus classiques telles que les obligations indexées sur l’inflation et l’or, il existe plusieurs options d’investissement permettant de prospérer en période d’inflation. Par exemple, l’exposition à long terme aux marchés émergents semble être une bonne solution puisque les taux de croissance supérieurs de ces pays vont sans doute tester leurs infrastructures moins développées. Les secteurs de l’énergie, des transports et de l’alimentation sont des candidats évidents à l’investissement. Globalement, plusieurs secteurs des services qui dépendent de ressources de plus en plus rares ou présentent des coûts de production croissants devraient eux aussi être favorisés, surtout en cas de consolidation sectorielle et de goulets d’étranglement. Parmi les domaines à surveiller citons la santé, l’éducation et le transport aérien. Une allocation prudente aux devises «fortes», aux matières premières et à l’immobilier pourrait également jouer un rôle utile.

Le scénario de la déflation, pour sa part, n’est pas à écarter dans les économies occidentales à «bulle» en cas de stagnation de la croissance et d’erreurs politiques répétées. Se prémunir contre la déflation et en profiter représente un plus grand défi, mais outre l’importance qu’il convient évidemment d’accorder aux liquidités, les placements en obligations d’Etat et de certaines entreprises ainsi qu’une approche de trading active de la courbe des rendements pourraient être des solutions lucratives à mesure que les marchés s’adaptent à la baisse des prévisions de croissance. Une autre option consiste à privilégier une combinaison d’entreprises diversifiées, comprenant des sociétés de services aux collectivités, à même de conserver leur pouvoir nominal de fixation des prix et leurs parts de marché dans un contexte de baisse des prix.

La difficulté pour les investisseurs sera de trouver l’équilibre entre les deux scénarios: l’inflation et la déflation vont coexister et se manifester à des degrés divers dans plusieurs classes d’actifs, régions et marchés. La bonne nouvelle, toutefois, est qu’il y aura de nombreuses opportunités pour se protéger et profiter des deux tendances.

L’Agefi, quotidien de l’Agence économique et financière à Genève
www.agefi.com

Mardi 12 Octobre 2010
Notez




Nouveau commentaire :
Twitter

Your email address will not be published. Required fields are marked *
Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Recevez la newsletter quotidienne


évènements


Lettres métiers


Livres Blancs