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La blockchain intéresse la bourse australienne


Après une première expérimentation du NASDAQ américain visant la gestion des titres de sociétés privées, c'est désormais l'opérateur de la principale bourse australienne, ASX, qui, selon un article de la presse locale, envisagerait sérieusement d'utiliser la « blockchain », de manière à simplifier et fiabiliser son système de compensation.




Les règlements et livraisons de titres (« post-trade ») concernés par cette proposition sont actuellement pris en charge par un dispositif baptisé CHESS (pour « Clearing House Electronic Subrregister System »). Âgé de plus de 20 ans, celui-ci est en voie d'obsolescence et devrait être remplacé à court terme. La bourse pourrait donc saisir cette opportunité pour franchir un bond technologique et passer immédiatement à une nouvelle génération de solutions, rompant avec les habitudes du passé.

Le défi est en effet extrêmement ambitieux, puisque la transition vers la « blockchain » consisterait à abandonner une culture millénaire de gestion des comptes centralisée, au profit d'une approche non seulement décentralisée mais aussi, potentiellement, dépourvue d'autorité de contrôle. Car l'objectif est, dans cette hypothèse, de répartir le registre des transactions sur un réseau d'ordinateurs, dont la coordination et l'intégrité globale sont exclusivement garanties par des algorithmes cryptographiques.

Autrement dit, et pour revenir aux fondamentaux du bitcoin, la « blockchain » représente un logiciel informatique capable de se substituer en partie au concept usuel – en tant que personne ou organisation – de tiers de confiance : en distribuant les données à conserver (et à sécuriser) sur un ensemble de machines indépendantes, assujetties à aucun organe centralisateur (ou autre propriétaire), elle établit un système de confiance quasiment inviolable, reposant sur le consensus de la majorité.

Naturellement, cette vision soulève une question sensible : si les algorithmes peuvent remplacer l'intermédiaire, celui-ci est-il donc condamné à disparaître ? Ou, pour être plus explicite, dans le contexte de la bourse australienne, les dirigeants d'ASX sont-ils en train de mettre en œuvre le principe de destruction créatrice de Schumpeter ? Et, dans ce cas, quelle est la perspective pour leur métier de base ? Devenir un simple fournisseur de logiciels de règlement-livraison de titres sur la « blockchain » ?

C'est généralement à ce stade de la réflexion que l'acceptation du modèle atteint ses limites dans les institutions financières. La plupart d'entre elles ne peuvent (logiquement ?) admettre de se voir réduites à un rôle mineur dans un marché que, jusqu'à maintenant, elles contrôlent entièrement, par leur position d'intermédiaire incontournable. Alors, elles dévoient le concept et le transforment en une simple base de données décentralisée (au sens technique), qu'elles veulent administrer elles-mêmes.

Seules quelques initiatives montrent une véritable compréhension de la valeur disruptive de la « blockchain », qui est essentiellement de permettre à deux parties qui ne se connaissent pas de conduire une transaction en toute confiance et en totale autonomie. Ce n'est qu'en acceptant cette idée que les bénéfices recherchés – de réduction de coûts, de meilleur efficacité, d'accélération… – pourront être obtenus. Et, aujourd'hui, cela n'est possible qu'en exploitant l'infrastructure bitcoin existante, en aucun cas avec une solution dérivée purement technique. ASX suivra-t-il NASDAQ dans cette voie ?

Patrice Bernard
Fondateur du blog “C’est pas mon idée”

fr.linkedin.com/in/patricebernard





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Vendredi 20 Novembre 2015
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