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L’impact de la crise sur les métiers de la finance


eFinancialCareers.fr, Le premier site d’offres d’emploi spécialisé dans les secteurs de la banque et de la finance a organisé en juillet 2009 à Paris sa première table ronde sur le thème de « La mutation des métiers de la Finance face à la crise ». A eux quatre, les intervenants ont couvert un large spectre, depuis le recrutement des jeunes diplômés à celui des cadres dirigeants en passant par le middle management.




Voici leurs fonctions respectives :
Henry Cheynel, responsable de l’Observatoire des métiers de la banque
Jérôme Hacquard, associé chez le cabinet de chasseurs de têtes Singer & Hamilton
Vincent Picard, associé du cabinet de recrutement Fed Finance
Dominique Schaeffer, responsable des Relations Ecoles/Stages/VIE/Alternance chez Natixis

Quels sont les métiers que la crise a renforcés ?
Les effectifs globaux de la banque ont reculé de 1,5 % en 2008, ce qui constitue une inflexion par rapport aux années précédentes. Depuis 2000, les effectifs étaient croissants chaque année. Il faut remonter à la période 1995-2000, où les effectifs bancaires avaient connus des décroissances. La baisse demeure néanmoins très faible au regard de celle enregistrée dans d’autres secteurs comme l’industrie ou dans d’autres pays comme le Royaume-Uni.

Tel est le constat dressé par Henry Cheynel. Ceci étant dit, cette baisse cela ne concerne pas les fonctions Inspection/Audit/Déontologie (en hausse de 6 % par rapport à l’an dernier), ni le Contrôle de Gestion (+ 2 %) ou les Juristes/Fiscalistes (+ 5,36 %). « Nous observons également une poussée continue des fonctions de vente de la banque de détail (conseillers clientèle, conseillers patrimoine), de même qu’un renforcement des fonctions d’experts en back et middle office ainsi qu’en gestion de patrimoine », poursuit le responsable de l’Observatoire des métiers de la banque.

La fonction Contrôle se porte bien
La crise a donc surtout renforcé les fonctions de gestion du risque et de contrôle. « Certains opérationnels des salles de marché se retrouvent à évoluer vers ces fonctions, et ils sont réellement motivés car elles ont pris de l’importance dans les organisations bancaires », explique Jérôme Hacquard.

Ce sont des fonctions très techniques, mais pas seulement. « Nous recherchons des personnalités capables d’être de véritables contre-pouvoirs face aux opérationnels, et pouvant faire face aux fortes personnalités des traders et des gérants, qui disposent d’une grande marge de liberté et y sont attachés », poursuit-il. C’est pourquoi il faut un professionnel bien diplômé, brillant, pédagogue, capable d’avoir à la fois une dimension opérationnelle mais également capable de prendre du recul. Un tel profil fait appel à des compétences, des traits de personnalité assez riches et assez variés. Ce qui rend ces métiers d’autant plus intéressants pour les candidats.

Beaucoup de ces candidats ont déjà occupé des fonctions de management dans le front office avant d’exercer des fonctions dans le management des risques. « Et ce ne sont pas les possibilités d’évolution qui manquent ; ils peuvent par exemple prendre à terme la responsabilité nationale – voire mondiale - des risques pour un établissement financier », note Jérôme Hacquard.

Un marché tendu
« Les fonctions risques en particulier et contrôle en général sont de plus en plus sollicitées par nos clients qui interviennent sur les marchés financiers, quelque soit d’ailleurs la structure (banque d’affaires, banque privée, société de gestion…) », confirme pour sa part Vincent Picard.

Le développement de ces fonctions étant très marqué depuis deux ans, du coup il n’est pas toujours facile de trouver des profils formés et adaptés aux besoins de chaque client. Le profil idéal dépend de la typologie des risques sur lesquels il est amené à intervenir (risque de trading, risque opérationnel, risque de marché…). « Nous recherchons des candidats expérimentés capables d’apporter une réelle plus-value, ce qui rend les recherches difficiles dans bien des cas, reconnaît Vincent Picard. Comme la fonction risque est bien souvent une fonction de construction et de rationalisation, nous recherchons des gens à la fois polyvalents et qui prennent des initiatives ».

Au delà d’être capables de contrôler, l’associé de Fed Finance dit apprécier ceux qui ont une dimension projet et sont à même de bien structurer cette fonction à l’intérieur des entreprises qui, même si elles en avaient une du fait de l’existence d’un cadre réglementaire, restaient souvent limitées, se limitant à quelques ratios de risques et pas forcément une fonction risque complète.

Les jeunes diplômés ne font pas exception
La direction des risques attire de plus en plus les jeunes diplômés ayant suivi une formation en finance. « Lorsque nous allons sur les campus, des métiers qui n’attiraient pas les étudiants avant la crise retiennent maintenant leur attention, explique Dominique Schaeffer. Ceux qui ne juraient que par le front office regardent avec intérêt les propositions des risques, du back et middle office. Un groupe comme le nôtre peut ensuite permettre de nombreuses évolutions dans le cadre de la mobilité ».

« Par ailleurs, l’Inspection a continué malgré la crise à renforcer ses effectifs et reste une voie royale pour accéder à des postes stratégiques dans le cadre d’un déroulement de carrière au sein du groupe, précise Dominique Schaeffer. Nous avons continué à offrir au cours du premier semestre 2009 de nombreuses opportunités de VIE ».

Les salaires sont-ils encore attractifs ?
Selon Jérôme Hacquard, dans les fonctions liées aux risques, les salaires ont augmenté de moyenne de 20 %. Là où quelqu’un gagnait un fixe de 60 000 € il est maintenant à 75 000 €. Par contre, les bonus ne sont pas élevés surtout si on les compare à ceux des opérateurs de marché.

« On constate cependant une vraie évolution, avec l’apparition d’une rémunération variable qui peut représenter entre 30 et 50 % du montant total. Elle est distribuée sur des critères qualitatifs auxquels s’ajoute une prime discrétionnaire. C’est de toute manière une nécessité si les banques veulent orienter des gens brillants vers ces activités », relève notre chasseur de têtes.

Plus généralement, la course aux rémunérations a repris dans les pays anglo-saxons, en dépit des imprécations des régulateurs. Isolée, la France devra convaincre ou s’adapter. Ce décalage met en risque les banques françaises. « Cela se remarque déjà dans les activités de taux depuis le premier semestre », constate Jérôme Hacquard.

Côté jeunes diplômés, la responsable des Relations Ecoles/Stages/VIE/Alternance chez Natixis reconnaît que « les salaires proposés pour les recrutements de jeunes diplômés restent dans la finance tout à fait attractifs et tiennent compte des premières expériences en stage, VIE mais également du niveau d’études ». Quant aux stagiaires, « notre grille d’indemnisation a été revue à la hausse en juillet 2009 et tient compte du rang des écoles ou universités », explique Dominique Schaeffer.

Comment les recruteurs s’adaptent-ils ?
« Nous assistons à l’allongement des délais de lancement des opérations pour les chasseurs de tête, de 4 à 6 semaines pour certains, alors qu’elle n’était auparavant que de 2 semaines », reconnaît Jérôme Hacquard. Même en situation de choix accru, les exigences sont identiques, surtout lorsqu’un décalage aussi fort existe entre l’offre et la demande ».

La crise a fait naître de nouveaux besoins et de nouveaux types de recrutements. Le client a conscience qu’il a le choix et augmente son niveau d’exigences. « Notre façon de travailler change à la marge. Chaque associé passe beaucoup plus de temps sur les mandats avec les clients, ces derniers ayant souvent peu de visibilité sur l’extérieur mis à part ce qu’ils lisent dans la presse financière », précise notre chasseur de têtes.

Avec la crise, nombre de professionnels seniors ont créé leur structure indépendante. « L’activité de chasseur de têtes ayant enregistré une baisse d’activité de l’ordre de 50 %, les choses se compliquent pour ceux qui ne sont pas installés depuis longtemps et n’ont donc pas suffisamment de trésorerie. Mais notre principal concurrent reste la mobilité interne ».

« La mobilité interne a été privilégiée au cours des mois derniers, confirme Dominique Schaeffer. Le niveau de recrutements externes a été limité plus spécifiquement au top management et toute nouvelle embauche nécessitait une validation de notre direction générale ».

Les processus de recrutement n’ont pas changé pour les jeunes diplômés mais « nous avons des candidats aux profils de plus en plus pointus. Pour les VIE entre autres, nous avons souvent des doubles cursus et la maîtrise de plusieurs langues dont certaines rares comme par exemple le Russe ou le Mandarin, selon le pays d’affectation », précise t-elle.

Un travail pédagogique
« Nous avons à faire un travail pédagogique auprès des clients, qui sont persuadés d’avoir accès à un marché large. Or ce n’est pas vraiment le cas étant donné qu’ils recherchent la même typologie de profil, note Vincent Picard, avant d’ajouter : en tant que recruteur, l’activité commerciale a pris le pas : nous allons davantage vers les clients et n’hésitons pas à leur remonter le moral ».

Trop souvent les cabinets de recrutement sont perçus par de simples prestataires, alors qu’ils permettent d’accéder à de précieuses informations. Ainsi, il ne faut pas oublier que Fed Finance reçoit en moyenne près de 150 candidats par semaine sur la partie Banque et Assurance.

Autre constat de Vincent Picard : « depuis le début de l’année les budgets de nos clients se recentrent sur le travail temporaire, au détriment des CDI ». Ainsi, sur 450 recrutements réalisés par Fed Finance en 2008 sur la partie Banque et Assurance, le CDI représentait 60 % et pour 2009 cela s’inverse car c’est le travail temporaire qui représente plus de 60 % de son activité.

Quel est l’avenir des métiers en finance de marché ?
Aujourd’hui, les recrutements ont surtout lieu au niveau du top management, mais l’opérationnel viendra ensuite. Parmi les secteurs en baisse il cite les dérivés actions, les grosses opérations de M&A et de LBO. Et parmi les secteurs en hausse : le fixed income, la gestion privée, les petites et moyennes opérations de M&A et de LBO.

Tel est le point de vue de Jérôme Hacquard qui estime par ailleurs que ce sera compliqué jusqu’à l’automne 2010, s’il n’y a pas d’accélération franche avant cette date. « Un léger frémissement se matérialise en terme de mandats alors que dans certains établissements financiers les recrutements sont gelés depuis près deux ans. La question principale sera de savoir comment sortir de cette situation vers le haut ». Pour lui, ce qui s’est passé n’est pas lié à l’incompétence des opérateurs de marché mais de ce l’on attendait d’eux. Où placer la barre ? Les banques y réfléchissent actuellement…

De son côté, Vincent Picard reconnaît que le début année a été difficile mais pour lui, le système français reste l’un des plus épargnés, en tout cas davantage qu’aux Etats-Unis où pas moins de 48 banques ont fait faillite. « Au bout d’un moment, il faudra de toute façon bien recommencer à recruter pour repartir de l’avant et la rentrée offre quelques signes encourageants ».

Pour sa part, Dominique Schaeffer note une réelle inquiétude sur tous les campus des étudiants qui sont sortis diplômés en 2009, certains n’hésitant plus à parler de « promotion malchance ». La finance de marché continue à intéresser les étudiants mais ceux-ci se tournent aussi vers d’autres métiers en dehors du front office.

Les stagiaires peuvent quant à eux dormir sur leurs deux oreilles. « Nous avons réalisé une enquête auprès d’un échantillon de nos stagiaires : tous ont estimé que les missions que nous leur confions étaient intéressantes et responsabilisantes, et qu’ils pourraient ensuite les valoriser dans le cadre de leur recherche d’emploi ».

Miser sur l’avenir
C’est Henry Cheynel qui a eu le mot de la fin, en rappelant que la réduction des recrutements depuis quelques mois provoque le tarissement des flux sur un certain nombre de métiers. Avec les mois qui passent, les stocks s’amenuisent. C’est la reprise de la tension sur les marchés de la demande. Les salaires pourraient même être sur une tendance à remonter, mécaniquement !

En attendant, les banques continuent de miser sur l’avenir, comme en témoigne les efforts en matière de formation interne. Ainsi, l’équivalent de plus de 4 % de la masse salariale est consacré à formation, ce qui est considérable par rapport au budget légal, de l’ordre de 1,5 %.

« Avec les bouleversements à venir des régimes sociaux, amenant les salariés à partir plus tard, et le développement de l’apprentissage, poussant les plus jeunes à démarrer plus tôt leur vie professionnelle, le secteur est sans doute à l’aube d’un bouleversement plus grand que la crise que tout le monde à en tête », conclut le responsable de l’Observatoire des métiers de la banque.

www.eFinancialCareers.fr

Mardi 29 Septembre 2009
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