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L’Open Source dans tous ses états


Si la part de marché des logiciels libres reste limitée en valeur, à savoir moins de 10 % des logiciels et services en cette fin d’année 2008, les freins à leur adoption sont désormais dépassés. Leur progression sur les cinq années à venir devrait s’accélérer fortement et les prévisions les plus optimistes n’hésitent pas à pronostiquer plus de 35 % du marché en 2012. Voyons quels sont les principaux facteurs sur lesquels se fondent ces prévisions.




Patrick Benichou
Patrick Benichou
La fin du scepticisme en entreprise

La difficulté à appréhender la viabilité économique d’un modèle basé sur le partage et la mise en commun des efforts de développement logiciel, a probablement été l’un des principaux facteurs de suspicion à l’encontre de l’Open Source. Ces freins psychologiques, compréhensibles d’une certaine façon, ne sont plus à l’ordre du jour pour plusieurs raisons.
La première, comme l’atteste une récente étude de Forester, se résume à un simple constat : parce que cela marche ! Nul ne peut aujourd’hui contester la fiabilité des logiciels communautaires et leur capacité à supporter des briques technologiques essentielles comme les systèmes d’exploitation, les bases de données ou les serveurs d’applications.

D’abord cantonnés à des systèmes secondaires non critiques (sauf dans les laboratoires et les universités où depuis toujours ils aident au calcul scientifique, ou à la sécurisation des échanges), il a bien fallu se rendre à l’évidence que les logiciels libres pouvaient remplacer des solutions propriétaires sur des systèmes critiques. Les déploiements réalisés au Brésil sur des milliers de distributeurs automatiques, sur les transactions d’aides sociales ou encore la gestion de plus de 25 millions de paris mensuels pour la loterie nationale sont des exemples assez probants.

En France, le secteur public – par son volontarisme politique – a également fortement contribué à la crédibilité du logiciel libre. Il est au cœur aujourd’hui de toutes les applications critiques au Ministère des finances ou à la Sécurité sociale par exemple.

Mais le décollage du logiciel libre en entreprise est lié à l’avènement d’un modèle de support techniquement et économiquement viable. A l’instar des Red Hat/Jboss, de nouveaux éditeurs Open Source font le pari d’un modèle économique basé sur le service et sur la formation. L’entreprise contractualise une offre d’assistance et d’expertise « à la carte », adaptée à ses contraintes opérationnelles qui lui permet de rester complètement maître de ses choix en la matière.

L’Open Source au cœur du SI

Si l’Open Source est entré dans l’entreprise par la porte de l’Infrastructure (souvent Internet), là encore, 8 ans plus tard, la situation a bien changée. Les DSI ont vite appréhendé les avantages qu’ils pouvaient tirer d’un déploiement plus large des logiciels libres dans leurs applications métiers. Outre les avantages financiers, ils plébiscitent la marge de manœuvre retrouvée vis-à-vis de leurs fournisseurs, l’ouverture des logiciels – c'est-à-dire l’usage de standard – et les garanties d’interopérabilité qui en découlent.

C’est un marché immense qui s’ouvre à l’Open Source. Celui des bases de données, de la GED, du CRM, des ERP ou encore de l’informatique décisionnelle.
La percée du logiciel libre dans les applications métiers, ou dans les logiciels à la demande, n’en est qu’à ses débuts et l’arrivée de nouveaux acteurs comme Alfresco pour la GED, ou Talend pour le décisionnel vont clairement bouleverser l’offre dans ce domaine comme JBoss a pu le faire pour les serveurs d’applications Java.

Les éditeurs traditionnels l’on bien compris. Ils ont pour la plupart opté eux-mêmes pour l’adoption du logiciel libre au sein des couches basses de leurs solutions. Cette approche leur permet de concentrer leurs efforts de R&D sur les couches logicielles qui vont présenter un maximum de valeur ajoutée métier pour leur client, ou un maximum de valeur d’usage par des interfaces ergonomiques d’utilisation ou d’administration. Les briques technologiques, comme les bases de données, les moteurs de workflow, les éditeurs de formats deviennent ainsi des commodités partagées part tous ceux qui opèrent sur des formats et des standards du marché.

L’arrivée de l’Open Source dans le grand public

Malgré ses succès dans le monde de l’entreprise, l’Open Source reste à ce jour encore peu identifié par le grand public, même si certains logiciels tels que eMule, Firefox ou OpenOffice sont désormais très largement utilisés.

La véritable reconnaissance des logiciels libres et des communautés qui leur donnent vie, passera probablement par le succès de Linux sur le poste de travail ou sur le téléphone mobile. Les initiés ont pu apprécier, au fil des évolutions des distributions Mandriva ou Ubuntu, les progrès phénoménaux qui ont été réalisés en matière de facilité d’accès et d’usage de la technologie Linux.

Pourtant, la première véritable opportunité de diffusion massive de Linux auprès d’un large public vient davantage d’une innovation marketing que d’une nouvelle prouesse technologique. Je veux parler du succès des notebook, ou ultra-portables, associés à des offres d’accès réseau 3G lancées l’an passé par quelques opérateurs et imités pour ces fêtes de fin d’année par tous les acteurs du marché. Le succès de ces offres réside bien sûr dans des coûts réduits, mais aussi dans un environnement logiciel qui répond aux principaux usages bureautiques, internet et multimédia, sans nécessiter de configurations matérielles surdimensionnées. Une autre opportunité, dont le succès reste à confirmer, repose sur la diffusion du système d’exploitation Android, lancé par Google sur le mobile, et basé également sur Linux.

De fait, l’arrivée de Linux dans la sphère réellement grand public, n’a sans doute jamais été aussi imminente. Si ce succès se confirme, on peut parier sans trop de risques sur une mise en mouvement similaire autour du poste de travail Windows en entreprise. Malgré quelques percées significatives dans certains ministères, ou quelques grands comptes comme PSA, le couple poste de travail Windows/suite bureautique Office reste pour l’heure un bastion qui résiste à la vague Open Source. Gageons que le retournement du marché dans le grand public, avec à sa suite des effets d’échelle en cascade auprès des équipementiers et des éditeurs de logiciels, soit son talon d’Achille !

Une révolution sans retour en arrière

Selon les chiffres récemment publiés par la Linux Foundation, une distribution Linux récente représente 204,5 millions de lignes de code source, ce qui représente plus de 10 milliards de dollars, et la contribution de plus de 60 000 développeurs. L’écosystème total de Linux représente à lui seul plus de 25 milliards de dollars. Et ce sans compter les milliers d’autres programmes Open Source disponibles sur le net.

Ces chiffres qui donnent le vertige, montrent à quel niveau de complexité l’industrie du logiciel doit faire face pour poursuivre son développement. Les enjeux technologiques, humains et financiers sont colossaux et le développement collaboratif apporte la seule réponse viable qui s’appuie sur une capitalisation à l’échelle mondiale pour poursuivre l’innovation et les développements.A n’en pas douter, l’Open Source va poursuivre son ascension, et la crise économique qui s’annonce ne peut conjoncturellement qu’amplifier et accélérer ce mouvement. Les métiers d’éditeurs de logiciels et d’intégrateurs s’en trouvent profondément modifiés, et je reste convaincu que ces nouveaux modèles qui naissent autour du logiciel libre trouveront leur voie en s’appuyant sur l’innovation dans le service.

Par Patrick Benichou, PDG Open Wide

Vendredi 19 Décembre 2008
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