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Jonathan Williams, Directeur du département Stratégie de paiements chez Experian


Entretien avec Jonathan Williams, Directeur du département Stratégie de paiements chez Experian.




Jonathan Williams
Jonathan Williams
Selon une étude récente réalisée par Experian, 12 % des paiements électroniques effectués par et à destination des entreprises en euros comportent actuellement des données erronées : comment est-ce possible et quelles en sont les conséquences pour la migration vers le SEPA ?

Tout d’abord, il faut clarifier ce que l’on entend par « erreurs de données ». Les entreprises n’enregistrent pas actuellement un taux d’échec de 12 % de leurs paiements, mais seulement un taux de 2 % maximum sur leurs prélèvements directs. En revanche, 12 % des paiements électroniques en euros contiennent des erreurs de données susceptibles d’empêcher l’exécution de bout en bout du paiement.

Si les entreprises n’essuient pas un tel taux d’échec, c’est parce que les banques corrigent fréquemment, discrètement et de façon transparente toutes les données inexactes chaque fois qu’elles le peuvent, et ce sans en informer le payeur : cette démarche est plus efficace que de signaler l’échec du paiement et se révèle plus confortable pour le client. Par exemple, si une banque reçoit un virement avec pour code guichet celui d’une succursale ayant fermé ses portes il y a 3 ans, elle n’est pas sans savoir que tous les comptes de l’ancienne agence ont été transférés vers une autre agence. Ainsi, elle traite le virement comme s’il émanait de la bonne succursale afin de le valider, malgré les informations fournies. Dans le cadre du SEPA, cette banque ne serait pas au fait des informations concernant la succursale en question, et le risque d’échec du virement serait par conséquent considérable.

La migration vers le SEPA limitera les données bancaires requises pour les virements à un seul champ : l’IBAN (le numéro de compte bancaire international). Dans le cadre du processus de standardisation qui caractérise le SEPA, l’IBAN devient une donnée essentielle, entraînant de facto la suppression d’autres champs localisés qui permettaient jusqu’alors aux banques de corriger les erreurs de données de paiements, et donc d’assurer leur exécution en dépit d’éventuelles inexactitudes. À l’avenir, la suppression des codes BIC (code d’identification des banques) et d’autres champs de données caractéristiques des paiements électroniques empêcheront les banques de procéder à ces corrections, entraînant ainsi une hausse marquée du taux d’échec des paiements.

Aussi, il est primordial que les entreprises prennent la mesure des problématiques qui se posent à elles en cas de non correction des erreurs de leurs bases de données avant le passage au SEPA. Une simple migration n’aura pour effet que de perpétuer ces erreurs, engendrant un taux d’échec potentiel de 12 % des paiements. En revanche, si les données sont dûment validées avant leur migration vers le SEPA, la diminution du taux d’erreur de la nouvelle base de données permettra à l’entreprise de tirer profit du SEPA plutôt que d’en subir le seul coût.

L’échec des paiements imputables à ces erreurs dans le cadre du SEPA induira des coûts supplémentaires (la facture totale est estimée à plus 20 milliards d’euros par an). Les entreprises en sont-elles conscientes, et y sont-elles préparées ?

Les multinationales qui, lors de virements transfrontaliers, ont été confrontées à des échecs de paiements dus à l’inexactitude de certaines données sont bien conscientes du coût et des retards induits par les erreurs de données de paiement. À titre d’exemple, nous avons constaté que les entreprises des secteurs du tourisme, des loisirs et des médias migraient bien plus tôt que les autres, certainement parce qu’elles facturent des abonnements et disposent de fournisseurs et de bénéficiaires situés dans de nombreux pays différents. Ainsi, ces entreprises ne sont pas étrangères aux coûts engendrés par les échecs de paiement depuis l’entrée en vigueur du SEPA en 2008.

Les entreprises non coutumières des virements transfrontaliers sont peu susceptibles d’être aussi bien préparées que les autres, dans la mesure où l’importance et l’impact du SEPA ne se sont, pour elles, pas encore matérialisés. Toutefois, il est capital que toutes les entreprises effectuant des transactions à l’échelle de l’UE comprennent combien le SEPA leur sera profitable. Par exemple, le détaillant mondial Levi Strauss & Co, qui a reconnu la nécessité de passer au SEPA le plus tôt possible afin de tirer parti d’une base de données standardisée, a œuvré avec Experian à la validation et à la conversion de ses données. Experian a ainsi révélé que 91 % des données détenues par cette société étaient exactes et complètes, ne laissant que 9 % d’informations à vérifier. Le groupe a ensuite pu concentrer ses efforts sur la correction de ces données, s’épargnant ainsi le coût potentiellement considérable d’une vérification de tous ses dossiers, et lui faisant gagner énormément de temps et de ressources. Le projet devait durer six mois mais, en l’espace de deux mois seulement, le fichier était terminé à 100 % et 95 % des données étaient complètes, exactes et converties en seulement dix jours.

Quel est le meilleur conseil que vous donneriez aux entreprises pour les aider à migrer vers le SEPA ?

Les entreprises doivent prendre conscience des échéances et commencer à préparer leur migration dès que possible. La migration des données et la correction des informations erronées prend du temps et nécessite un travail qu’on ne saurait sous-estimer. Avant de procéder à la conversion des données, les entreprises doivent s’assurer que leur logiciel d’entreprise est capable de traiter les IBAN et les BIC et qu’elles peuvent traiter les bons fichiers de paiement pour leurs banques. Elles doivent communiquer avec leurs banques et leurs éditeurs de logiciels afin de s’assurer qu’elles disposent des ressources nécessaires, puis vérifier que toutes leurs données sont exactes avant de procéder à la migration.

Pour la migration, les entreprises ont le choix entre trois approches différentes : contacter tous les émetteurs de paiements (personnel, fournisseurs etc.) et vérifier leurs données, procéder à une simple conversion en assemblant toutes les données pour créer des IBAN ou faire migrer leur données à l’aide d’une solution de validation. Outre qu’elle prendrait beaucoup de temps et consommerait beaucoup de ressources, la première solution présente un coût compris selon les entreprises interrogées entre 5 et 10 € par compte bancaire. Une simple conversion est quant à elle risquée dans la mesure où elle ne corrigerait aucune erreur de données et coûterait environ 6 € par compte en raison du taux d’échec de 1/8, se répercutant en outre négativement sur l’expérience client. Ainsi, la solution la plus efficace et la moins coûteuse en vue d’une migration vers le SEPA consiste pour les entreprises à valider toutes les données au cours du processus de conversion, ce qui coûte moins de 1 € par numéro de compte figurant dans la base de données. Experian accompagne un grand nombre de ses partenaires à travers l’UE afin d’aider leurs clients à migrer vers le SEPA et leur fournit directement ses services de migration.

Le fait de migrer avec l’appui d’un prestataire de services partenaire capable de gérer le processus permet un gain de temps et d’argent, facilite la transition et garantit la validité et l’exactitude de toutes les données. Ce prestataire de services veille à ce que vous soyez prêt pour le passage au SEPA et s’assure que les entreprises ne paient pas les frais d’anciennes erreurs une fois le nouveau système adopté. La validation est un processus continu dans la mesure où les données d’un nouveau fournisseur devront faire l’objet d’une vérification avant d’être ajoutées. De plus, si les entreprises maintiennent leurs bases de données à jour, leurs systèmes ne seront pas pénalisés par l’entrée d’informations erronées. Ainsi, il semble naturel d’opter pour un système de vérification des données qui ne laisse aucune place à l’erreur. Bien sûr, il convient de respecter le calendrier budgétaire, mais les entreprises ne devraient pas reporter leur migration vers le SEPA car les ressources dédiées à la migration sont limitées et, plus le temps passe, plus les entreprises risquent de se retrouver dernières d’une longue file d’attente à l’heure où tous s’empresseront de régulariser leur situation.

À quoi ressemblera le paysage des paiements à long terme ?

Après l’échéance de 2014, il est à espérer que 2016 marquera l’avènement de paiements de bout en bout réussis, exempts d’erreurs et opérationnels à travers la zone euro. L’un des principaux avantages du SEPA est la capacité accrue des entreprises européennes à regrouper et à rationnaliser leurs opérations de traitement des paiements et leurs comptes bancaires. Grâce au regroupement des opérations bancaires, la migration vers un centre de services partagés ou une plate-forme centralisée de traitement des paiements est facilitée, offrant ainsi nombre d’avantages en termes d’efficacité. Par conséquent, les banques comme les entreprises devraient profiter des avantages d’un système de paiement simplifié tout en jouissant de retombées positives en matière de réputation, de capacité de traitement et de finances.

À long terme, la standardisation des paiements à l’échelle mondiale présente d’immenses opportunités. D’autres régions peuvent entrer en conformité avec la norme ISO20022 et ainsi réduire leurs coûts et accroître leur efficacité. Notre plus grand espoir pour l’avenir serait que d’autres pays suivent l’exemple de l’UE et développent leurs propres programmes inspirés de l’esprit d’homogénéisation du SEPA.

Vendredi 26 Octobre 2012
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