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Gilles Saint-Marc : Paris, capitale de la finance islamique ?


Avocat associé au sein du cabinet Gide Loyrette Nouel et Président de la commission finance islamique au sein de Paris Europlace «Paris, capitale de la finance islamique ?»




Comment expliquez-vous que la finance islamique soit actuellement à la mode en France ?

Gilles Saint-Marc
Gilles Saint-Marc
Nous pouvons mentionner au moins trois raisons pour lesquelles la France s’intéresse de manière étroite au développement de la finance islamique.
Tout d’abord la France a la population musulmane la plus importante d’Europe, près de 6 millions, soit trois fois plus qu’en Grande Bretagne. Ensuite, de manière pragmatique, dans le contexte actuel, la France s’efforce de tout mettre en œuvre pour accueillir dans les meilleures conditions les investissements provenant du Moyen Orient ou de l’Asie du Sud Est pour financer son économie nationale. Enfin, sur un plan plus structurel, la finance islamique constitue une finance alternative par rapport à la finance conventionnelle.

Pourquoi ?

La finance islamique est une finance simple. Or nous découvrons aujourd’hui les beautés de la simplicité.
C’est qui plus est une finance pérenne qui s’inscrit dans une perspective de long terme.
Par ailleurs, la finance islamique est une finance participative : le bailleur de fonds contribue aux profits et aux pertes de l’actif qu’il finance. Sa posture ressemble alors davantage à celle d’un entrepreneur. Cela est d’autant plus intéressant que dans la finance islamique, il n’y a pas de rupture entre le rendement et le risque. Autrement dit, le rendement est une fonction directe du risque pris.

Au-delà, la finance islamique permet de financer l’économie réelle par opposition à ce qu’il est convenu de dénommer la sphère financière. Dans ces conditions, elle a pour vocation de financer des actifs tangibles, des projets d’infrastructure dans des collectivités locales, des biens immobiliers, des flots de véhicules automobiles, la construction de navires, de réseaux de chemin de fer…

Paris, capitale de la finance islamique ? Aura-t-elle les moyens de ses ambitions ?

Londres a incontestablement une longueur d’avance. Ceci étant, la place de Paris a réalisé au cours des 12 derniers mois une modification de son cadre juridique et fiscal comparable à celle qu’a réalisé la place de Londres en quatre ans. Quatre textes ont été adoptés sur le plan normatif.
Nous avons l’intention de compléter le dispositif amorcé au cours de cette année. Nous devrions avoir d’ici fin 2009 dans notre boite à outils tous les instruments nécessaires pour faire de la finance islamique au même coût et sans frottement juridique et fiscal par rapport à de la finance conventionnelle.

De quelle manière percevez-vous le retard pris par rapport à la Grande-Bretagne ?

Nul ne peut réécrire l’histoire. Mais finalement peu importe. L’essentiel est que la place de Paris ait pris conscience de tout l’intérêt que présentait la finance islamique, que la volonté politique soit présente, et que des actions aient été prises pour parvenir à un résultat.

Paris offre par rapport à Londres l’accès à la zone euro. Pour de multiples investisseurs situés au Moyen Orient ou en Asie du sud est, il est intéressant d’envisager la France comme étant le hub de leurs investissements ou pour la cotation de leurs sukuks dans l’Eurozone.

Les musulmans de France y trouveront-ils leur compte ?

Les projets de création de banques islamiques qui sont évoqués sont des projets de banques universelles qui auront pour ressources des dépôts qu’ils utiliseront sous forme de prêts. Il ne devrait pas y avoir de distinction entre banque d’investissement et banque de détail.

Il est mis en avant la cherté éventuelle des crédits qui seront octroyés par ces banques qui pratiquent la finance islamique en raison notamment de l’expertise sous jacente à la structuration des prêts distribués ?

Il est vrai que la finance islamique fait appel à des intervenants qui n’existent pas dans la finance conventionnelle, à commencer par le « charia board » de la banque et suppose alors des frais fixes supplémentaires eu égard à la finance conventionnelle.
Mais je pense qu’à l’instar de tous les produits innovants, il y a un effet d’apprentissage. Dès lors que le produit tendra à se banaliser, les coûts devraient s’aligner.

En outre, au-delà des coûts, il y a lieu de raisonner en termes de rendements. Si la finance islamique permet de faire des investissements dans des actifs plus rentables, qui ne sont pas soumis aux aléas des marchés financiers, et qui se situent dans une optique de plus long terme, alors il faut considérer les bénéfices des produits de la finance islamique par rapport à leurs couts supposés.

Mieux vaut payer un peu plus cher pour accéder à un produit qui soit effectivement rentable, plutôt que de payer bon marché un produit qui s’avérera être un fiasco sur les opérations de marché à terme et où finalement l’investisseur ne récupère rien.

La finance islamique, une alternative au système financier dérégulé actuel. Qu’en pensez-vous ?

La crise actuelle conduit les acteurs à reconsidérer leurs modes habituels de financement, notamment l’excès de l’effet de levier.

Mais je crois véritablement que la finance islamique est un complément à la finance conventionnelle sur laquelle repose fortement l’économie mondiale. Il ne faut pas lui donner un rôle plus important qu’elle ne peut jouer.

Un débat se pose quant à la pertinence de coller l’étiquette islamique à des produits bancaires qui se veulent avant tout éthiques ?

C’est là un débat lexicographique. A partir du moment où la finance islamique respecte les lois de la République française, je ne vois pas de difficultés à ce que cette finance que certains dénomment « alternative », « éthique », trouve ses sources dans l’interprétation d’un livre sacré.
D’autant plus, qu’à bien y regarder, la finance islamique présente un certain nombre de principes qui se retrouvent dans notre ordre juridique français de tradition judéo chrétienne.

Il n’y a absolument pas de guerre de religion de second tour à faire entre la finance islamique et la finance conventionnelle.

Ne craignez-vous pas un effet marketing autour de la finance marketing ?

Pas vraiment.

Où en sont vos travaux à ce jour ? Que vous reste-t-il à accomplir ?

D’ici la fin juin, les deux ateliers prioritaires sont l’élaboration du cadre juridique qui permettra l’émission de sukuks en droit français et l’agrément par la Banque de France d’une banque islamique.


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Lundi 18 Mai 2009
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