Génération Y : Le déni et l’iniquité


On savait que les jeunes diplômés de la génération Y pouvaient représenter un problème et une énigme pour nombre de leurs aînés, parents, familles, chefs d’entreprise, managers, responsables politiques, médias, et de la société dans son ensemble.




Constant Calvo
Constant Calvo
Mais à y regarder de plus près, on est en droit de se demander si l’on ne ferait pas mieux de retourner le curseur des critiques, et des études et travaux de recherche dont ils sont l’objet, contre leurs auteurs. Au point que se pose la question de savoir si ces jeunes diplômés ne sont pas les victimes de déni et d’iniquité.

L’affirmation « la génération Y n’existe pas » est devenue un leitmotiv sinon une rengaine à la mode. Car, non content de leur refuser le droit d’exprimer leurs valeurs et idées, de faire leurs propres choix, d’adopter un style de vie nouveau et de nouveaux comportements, et de ne rien faire ou presque afin de favoriser leur intégration et prospérité sociale par l’emploi, voilà qu’on leur refuse le droit à l’existence, c’est-à-dire à une identité et une représentativé historique. On ne s’y prendrait pas autrement, si l’on cherchait à faire en sorte que la génération Y fût, de surcroît, une génération fantôme.

Il règne un sorte de consensus, sinon un acharnement, afin de vouloir tout leur reprocher, les affubler de tous les défauts, et les rendre coupables de tous les maux. Qui cherche t-on en réalité à rassurer ? Ou qui cherche t-on à tromper ? L’expression « La génération Y n’existe pas » fait florès sur Internet, et afin de justifier les fondements de cette affirmation incongrue, il y a pléthore d’arguments, à commencer par les nombreux vocables et les nombreuses définitions qui visent à rendre compte du phénomène représenté par cette population de jeunes diplômés, et qui semblent affoler sinon rendre perplexes nombre d’observateurs et de chercheurs.

On dénombrerait ainsi pas moins de 26 vocables, peut-être davantage, censés les représenter, parmi lesquels on trouve outre génération Y, digital natives, Yers, Génération du millénaire, e-Generation, net-Generation, Génération 2.0, Generation Triple Play (pour Télévision, Téléphone, Internet), ou encore Génération connectée. Trop c’est trop. L’imagination, l’originalité et l’inventivité semblent décidément coller à la peau de cette génération, ce qui n’est pas du goût de tout le monde, comme on pourrait s’en douter, encore moins de ceux qui préfèreraient le confort d’une appellation contrôlée, et d’une génération policée et maîtrisée.

Notons bien au passage deux vocables, parmi d’autres, qui nous paraissent particulièrement intéressants, celui de Generation Me-We ( pour « Moi-Nous ») qui nous vient de Suède, lequel met l’accent sur l’aspect communautaire d’un phénomène par lequel l’individu est indissociable de son groupe d’appartenance, et celui de Génération C (pour « communiquer-collaborer-créer ») concocté par le Centre Francophone d’informatisation des organisations du Québec, qui met en évidence leur mode relationnel et de fonctionnement spécifique. Car on voudrait oublier ou feindre d’oublier que l’émergence de la génération Y est un phénomène quasi planétaire.

Quant à la définition du concept de génération Y et de son périmètre, d’aucuns la considèrent trop floue, vague, inconsistante, dans la mesure où la période recouverte par cette génération est vaste, et s’étend de 1974 à 1994, ou de 1990 à 2000, selon les critères choisis, et sachant qu’on constate de nombreuses variations entre ces deux extrêmes.

L’affirmation « la génération Y n’existe pas » ne manque pas de paraître pour le moins suspecte, car on comprend mal pourquoi on chercherait à nier l’existence d’une génération, alors même que tant de sujets d’étude et de travaux recherche, sans compter les articles et billets quotidiens, lui sont consacrés.

Force est de constater que la génération Y dérange, bouscule les habitudes, d’autant qu’elle n’est pas facile à saisir, et semble vouloir échapper à toute forme d’investigation, parce qu’elle est également changeante, mouvante, hétérogène, multiforme, et ne répond par conséquent pas aux grilles de lecture classiques. Il est de bon ton, par exemple, de fustiger sa prétendue « apathie » ou son « désintéressement » politique, parce que son engagement semble à première vue faire défaut, alors qu’elle est ailleurs et qu’elle a choisi d’autres formes de combat et d’autres terrains de lutte, ou son manque d’appartenance à l’entreprise.

Si la génération ne se reconnaît pas dans l’ordre établi, n’adhère pas aux partis politiques et organisations syndicales traditionnels, ou tout autre superstructure, si elle prend ses distances par rapport aux relations d’autorité et de pouvoir, à la hiérarchie pyramidale, et la « culture d’entreprise », qui règnent en majesté dans les organisations, elle ne rêve pas pour autant de grand chambardement, ni n’ambitionne de faire la révolution.

Elle préfère l’engagement immédiat, la solidarité du groupe, le partage associatif, ou les réseaux éthiques et solidaires. Elle veut d’abord et avant tout qu’on lui accorde la place qui lui revient, sans rien céder en contrepartie à l’injonction qui lui est faite de renier son identité – c’est le message subliminal qu’il faut comprendre et entendre par « la génération Y n’existe pas » -, qu’on l’écoute et qu’on engage le dialogue avec elle.

Les Y représentent une « génération précaire », du nom d’un Collectif (generation-precaire.org) né d’un appel à la grève spontanée et diffusé sur internet en septembre 2005, destiné à dénoncer une situation intolérable, « l’existence d’un véritable sous-salariat toujours disponible, sans cesse renouvelé et sans aucun droit ».

Le Collectif déclare notamment sur son Site : « Aujourd’hui étudiants, chômeurs ou salariés précaires pour les plus chanceux, nous dénonçons publiquement une situation dont personne ne parle bien qu’elle soit connue de tous : il existe en France une « armée de réserve » de plusieurs centaines de milliers de travailleurs qui n’ont aucun droit, pas même le droit à un salaire. Scientifiques, juristes, commerciaux, gestionnaires, nous travaillons dans tous les secteurs d’activité, dans le public comme dans le privé. Nous sommes pourtant isolés et aucun syndicat ne nous défend, ne nous comprend. Nous avons conscience de peser lourdement sur le débat social et de tirer l’ensemble des salariés vers le bas. Pourtant, nous n’aspirons qu’à une chose : avoir notre place dans la société. »

On ne voudrait pas imaginer une seconde que la génération Y et précaire devînt une génération sacrifiée. Ce serait un immense gâchis. Personne ne pourrait y gagner.

Constant Calvo, Directeur associé ADHERE RH
http://blog.adhere-rh.com

Vendredi 21 Décembre 2012
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