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Fusion Alcaltel/Nokia : réponse de Tristan Boyer Professeur IPAG


Entretien avec Tristan Boyer, Professeur à l’Ipag BS. Il enseigne la Corporate Governance et a travaillé comme expert en organisation lors d’opérations de fusion-acquisition et de restructuration.




Tristan Boyer
Tristan Boyer
Tristan Boyer bonjour, qu'est-ce qui se cache vraiment derrière cette fusion ? (Les vraies raisons de cette fusion).

La raison qui est donnée pour justifier la fusion d’entreprises concurrentes est toujours assez simple: atteindre une taille permettant de faire des économies d’échelle (on dit aussi "créer des synergies"). L’argument n’a pas beaucoup de sens tant il a souvent été démontré que les grandes organisations génèrent plus de coûts bureaucratiques qu’elles n’en absorbent. Croire que les dirigeants d’Alcatel-Lucent ou ceux de Nokia l’ignorent serait les prendre pour des incompétents qu’ils ne sont pas: les dirigeants de Nokia ont maintes fois prouvé qu’ils savaient trancher dans le vif de l’entreprise pour "se focaliser sur leur cœur de métier".

La raison de cette fusion est, comme souvent dans le monde des affaires, une histoire d’opportunité. Alcatel-Lucent, dont l’absence de vision stratégique l’a conduit à l’anorexie, et Nokia, immobilisé par la vente à Microsoft de son moteur, ont besoin de trouver les moyens de leur survie. "Je marcherai pour vous, vous y verrez pour moi" dit le paralytique à l’aveugle de la fable.

Qui seront les grands gagnants et les grands perdants de cette fusion ?

Même pathétique, cette vision de la fusion Nokia/Alcatel-Lucent comme deux handicapés complémentaires est sans doute trop optimiste: en réalité, Nokia s’achète les parts de marché qu’il n’a pas dans son activité réseaux mobile (en particulier le réseau Orange et le marché des USA) ce qui lui permet de ne pas être écrasé face à Ericsson. L’objectif de la fusion est de ne pas être éliminé par la concurrence de Huawei.

Nokia récupère, ce que M. Combes considère comme sa victoire dans la négociation, les divisions IP et fibre mais jusqu’ici ce ne sont pas des marchés que Nokia a développé. Nokia récupère aussi les Bell Labs, c’est à dire un nom et une réputation.

Pendant ce temps M. Macron fait des promesses qui ne l’engagent pas et qu’il ne pourra guère tenir quant à la sauvegarde de l’emploi. En Finlande comme en France, les promesses n’engagent que ceux qui y croient et les employés de l’entité fusionnée autant que les actionnaires de Nokia en feront les frais. Seuls les actionnaires d’Alcatel-Lucent s’en tireront avec une petite plus-value sur leurs titres qui ne valaient plus grand chose.

Une multinationale « française » avec un siège sociale à l’étranger aux Etats-Unis, en Finlande, et en Suisse et dirigée par un indien, a-t-elle vraiment des chances de fonctionner et comment ?

Les fusions sont souvent comparées à des mariages: on n’y forme plus qu’un, reste à savoir lequel, selon le mot d’Oscar Wilde. Cette fusion est clairement une acquisition, c’est Nokia qui en sera la tête, Alcatel-Lucent n’est que le moyen. La fusion d’Alcatel et de Lucent a été une catastrophe du point de vue de la culture d’entreprise et l’entreprise en a beaucoup souffert.

Cette fois, il n’y aura pas d’affrontement pour savoir quelle sera la culture dominante: ce sera celle de Nokia et il faudra s’adapter. Ce qui restait de la culture de grand groupe français fournisseur de l’entreprise nationale chez Alcatel est voué à disparaitre. On aura dorénavant affaire à une multinationale ayant sa culture propre, plutôt une culture d’ingénieurs, capable de se restructurer en permanence quitte à changer de métier.

C’est une qualité essentielle du capitalisme que d’être international et capable de se renouveler tout en restant un langage universel. Le problème de la nouvelle entité ne sera certainement pas son caractère international, mais bien plutôt son statut de challenger dans un marché sur lequel la concurrence se fera de plus en plus sur les prix.


Tristan Boyer, je vous remercie et vous donne rendez-vous très prochainement dans un nouveau numéro de Finyear.

© Copyright Finyear. Propos recueillis par la rédaction de Finyear.

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Lundi 20 Avril 2015
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