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Faut-il revoir les indicateurs de performance des entreprises ?


ROE (return on equity) et Ebitda (earnings before interest, taxes, depreciation and amortisation) sont deux des ratios les plus utilisés quand il s’agit de mesurer la performance des entreprises. En soi rien de nouveau sous le soleil si ce n’est que les analystes et les communicateurs financiers se sont emparés de ces concepts d’analyse et les ont élevés au rang de dogme.




Olivier Brissaud
Olivier Brissaud
Lors de la publication désormais trimestrielle des résultats d’entreprises cotés en Bourse, si une société révèle un ROE ou un Ebitda en baisse voilà que le cours a toutes les chances de s’écrouler sans que l’analyste ait toujours pour autant étudié attentivement les raisons de cette érosion.

En pleine bulle internet, la « vieille économie » a vu dans la récupération médiatique de ces ratios une bonne occasion de se contraindre à des cures d’amaigrissement et de productivité sans lesquelles l’accès aux capitaux boursiers deviendrait illusoire, pensait-on à l’époque, au vu des rendements que proposaient des start-up internet.

Mais qu’en est-il quinze ans plus tard ? Malgré l’explosion de la bulle internet plusieurs secteurs économiques, les banques par exemple, continuent à poursuivre des objectifs de rentabilité qui défient décidément le bon sens pour aboutir à des dérives telles que la crise des sub-primes. Et toutes les améliorations de la supervision bancaire n’y ont rien fait. Incompétence des surveillants ? Peur de se voir taxer de freins à l’économie ? Absence de réelle sanction pour le système ? Rappelons que Bâle I avait pour vocation première de veiller à la bonne santé du secteur bancaire occidental, capitaliste, face à un modèle concurrent, le communisme ou le socialisme d’Etat.

Faut-il revoir les indicateurs de performance des entreprises ?
Toujours est-il que prôner le renforcement de systèmes très sophistiqués de risk management, prôner le renforcement des fonds propres, prôner la bonne gouvernance et la transparence de la communication ne nous ont pas épargné la débâcle à travers laquelle bon nombre d’institutions bancaires prestigieuses se retrouvent dans l’obligation de reconstituer leur capital phagocyté par l’appât de gains faciles. Au lieu de créer de la valeur, elles en ont détruit, massivement. Cette même valeur dont nous, bénéficiaires de systèmes de retraites privés, sommes tant friands. Certes des dirigeants ont perdu leur emploi (et aussi de nombreux employés, sacrifiés pour redonner un peu d’oxygène à des institutions en danger) ; la sanction n’est cependant pas systémique puisqu’aussi bien le plus grand danger n’est plus le modèle idéologique concurrent mais le régulateur.

Et comme tout le monde, le régulateur peut succomber à l’amnésie. Je me souviendrai longtemps de l’arrogance de l’un des chefs de l’une des agences de régulation bancaire américaine lorsque nous parlions dans un think thank bruxellois de Bâle II il y a quelque deux ans ; « nous allons appliquer Bâle II aux dix premières banques américaines qui ont du business hors de nos frontières. Inutile pour les banques domestiques où nos systèmes sont solides et éprouvés » affirmait-il sans rire et citant les leçons tirés de la crise de savings and loans à la fin des années 80’. Cette tirade en avait laissé plus d’un, entre le doute et l’inquiétude. Nous avions de bonnes raisons d’être inquiets, donc. Rappelons que cette crise avait coûté à l’époque environ 130 milliards de dollars au contribuable américain, déclenché la récession qu’ont connu les USA au début des années ’90 et l’écroulement parallèle du marché immobilier.
en.wikipedia.org/wiki/Savings_and_Loan_crisis

N’y a-t-il vraiment pas de sanction systémique ? Qui est monté au capital des grandes banques à la dérive ? Indirectement quelques contribuables, britanniques notamment du fait de la nationalisation d’une officine de crédits hypothécaires, un comble chez les chantres du « laisser faire ». Sans savoir si nous avons le bout du tunnel en vue, il semble bien que les « fonds souverains » aient pourtant fourni l’essentiel de la liquidité aux augmentations de capital.

Des fonds souverains norvégiens, Singapouriens, des Emirats, dont on peut penser qu’ils ne cherchent qu’à s’investir dans des secteurs profitables sans pour autant avoir l’ambition de diriger ces entreprises. Les norvégiens ont largement communiqué dans ce sens. Mais qu’en serait-il si des fonds souverains de pays alliant capitalisme et dictature se mêlaient à la bagarre ? Ces hybrides de capitalisme et de totalitarisme ont connu un succès très important au cours de la décennie écoulée. Ce succès tendrait même à invalider le credo selon lequel le corollaire obligé du capitalisme libéral serait la démocratie. Ces fonds souverains là sont extrêmement riches et leurs objectifs peuvent paraître parfois un peu opaques. Je ne suis pas certain qu’ils s’embarrasseraient de nos concepts de gouvernance. Les banques sont détentrices, de par leur activité, d’une quantité inestimable d’informations économiques précieuses sur leurs clients.

En continuant à poursuivre des objectifs irréalistes on voit donc que le risque de sanction pour l’ensemble du système démocratico-capitaliste n’est pas absent. Le citoyen schizophrène boursicoteur-rentier autant que les dirigeants politiques doivent en prendre conscience.

Un changement de paradigme s’impose.
Faut-il dès lors revoir les critères de décision d’investissement ? Les entreprises moins rentables seraient-elles du même coup moins à risque donc plus attrayantes ? Sans doute pas. Ce n’est plus uniquement vers une rentabilité financière à court terme que doivent se concentrer les valeurs des entreprises au cours de la prochaine période. Un défi bien plus essentiel nous attend et c’est celui du réchauffement climatique. Après les tentatives de classement des entreprises à l’aune de l’éthique, avec quelques succès notamment au sein de la Deutschland AG, c’est vers une évaluation des efforts faits en vue de maîtriser les défis de demain que doit s’articuler le comportement de l’investisseur. Serge, le dessinateur, avait fait un dessein pour « Le Monde » il y a quelques temps qui m’avait frappé : on y voit des grands partons, cylindre sur la tête et cigare vissé à la bouche, disant qu’ils s’étaient enrichis en réchauffant la planète et qu’ils continueraient à s’enrichir mais cette fois en la refroidissant ! Faisons la preuve que l’on peut être à la fois éthiques et « bons pères de famille » sans pour autant négliger la rentabilité.

Olivier Brissaud
olivier@brissaud.info

Mardi 14 Octobre 2008
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