Eté meurtrier : c'est la même crise


J'entends parler depuis la rentrée de "la crise de l'été", comme on parlait de la crise grecque, de la crise de Lehman Brothers ou de la crise des subprimes. Comme le disait notre héros national, Claude François, en 1971 : "C'est la même chanson, mais la différence c'est que toi tu ne l'entends pas." C'est la même crise. Il n'y a pas DES crises. Mais UNE seule crise. Mais on ne l'entend pas ainsi...




Marc Fiorentino
Marc Fiorentino
Une crise qui a débuté aux Etats-Unis en 2007 et qui se propage dans le monde entier depuis quatre ans en provoquant des séismes de moins en moins espacés, de plus en plus violents et de plus en plus "systémiques". L'été meurtrier 2011, un été, où l'indice parisien, entre autres, a perdu près de 20%, n'est qu'un des épisodes douloureux de cette crise qui n'en finit pas et qui n'est pas près de s'arrêter tant les réponses tant politiques que monétaires sont inadaptées.

On connaît parfaitement le mécanisme du cercle vicieux dans lequel on est entraîné : crise de l'immobilier américain, puis crise des banques, puis crise des États qui se sont substitués aux banques. Sur ce cercle vicieux qu'on pourrait qualifier de "financier" et qu'on nomme de plus en plus souvent la « crise de la dette », s'est greffé un enchaînement économique encore plus inquiétant. Là encore, la séquence est simple à comprendre : politiques d'austérité dans tous les pays surendettés pour tenter de rassurer les marchés, mais une politique d'austérité sans vision économique d'avenir. Ce qui, finalement, ne rassure pas les marchés. Rien ne sert de taxer les sodas pour économiser trois sous si on n'a pas de projet économique pour demain. La clé de la réduction du déficit, c'est bien évidemment la réduction des dépenses publiques inutiles, le « mauvais cholestérol », mais c'est également le maintien d'un taux de croissance raisonnable. Sans croissance, pas de réduction du déficit. Même avec des rustines.

Il n'y a pas de solutions miracle. Et c'est peut-être l'élément essentiel des événements de cet été : les politiques courent après les marchés mais ils ne comprennent pas le message que les marchés leur adressent. Quand les investisseurs s'attaquent à la dette française, ce n'est pas pour que le gouvernement fasse du triple A "un trésor national" à défendre à tout prix, avec des solutions de rafistolages anecdotiques qui transformeront cette défense en ligne Maginot. Non. Les investisseurs préféreront deux A avec un projet et une vision, au troisième A d'Aveuglement.

La Crise avec un grand "C" va continuer. Deux ans. Trois ans. Quatre ans. Avec des phases d'accalmie qui s'exprimeront par des rebonds aussi violents qu'éphémères des marchés boursiers, mais dans une tendance lourde qui ne peut qu'être négative.

Nous verrons le bout du tunnel quand nous aurons réglé le problème de la dette. Et pour régler le problème de la dette, je ne vois aucune autre solution qu'une restructuration mondiale des dettes souveraines des pays surendettés. Régler le problème de la dette, c'est une condition nécessaire mais nous savons depuis cet été que ce n'est pas une condition suffisante. Il faudra également trouver le "business model" de l'avenir pour des pays comme les États-Unis ou la France qui se sont toujours reposés sur le moteur de la consommation, une consommation alimentée par le surendettement aux États-Unis. Ce modèle est mort. Il faut inventer le modèle de demain. Dans le cas contraire, ce sera la même chanson...

Marc Fiorentino
Président d'EuroLand Finance
Gérant d'Allofinance
www.allofinance.com

Mercredi 7 Septembre 2011
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1.Posté par Mahoudeaux Rémy le 08/09/2011 09:25 | Alerter
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Merci pour ce billet, qui pose néanmoins 2 questions :
Les pannes de business model en Europe / US sont-elles comparables, les taux d'épargne des ménages et les déficits publics étant si dissemblables d'un pays à l'autre ?
Si la sortie de crise ne repose pas sur une croissance de la consommation en Europe / US, serons-nous priés d'attendre que les modèles sociaux des pays émergents évoluent pour que leur consommation supplée à la notre ?


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