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Du credit crunch à l'equity crunch des PME françaises


Beaucoup a été dit sur la pénurie de crédits bancaires (« credit crunch ») et les menaces d'étranglement des entreprises. En revanche, la pénurie de financement en capital (« equity crunch ») est en train de s'abattre sur les entrepreneurs, les PME, les entreprises de taille intermédiaire (ETI) qui représentent près des deux tiers de l'économie française. Trop de PME voient leur chiffre d'affaires baisser, les délais de paiement se dégrader et les financements bancaires se durcir. Contrairement aux grands acteurs, nos PME françaises manquent de fonds propres et n'ont pas accès aux marchés financiers.




La crise de liquidités est là, mortelle : 40.000 PME ont déjà déposé leur bilan. Au travers des PME, c'est l'économie française qui souffre : taux de chômage de 10 %, investissement en chute (- 40 milliards d'euros en 2009), balance commerciale déficitaire.

D'un autre côté, ce sont près de 120 milliards d'euros qui ont été apportés aux banques et grandes entreprises dans les douze derniers mois : 20 milliards prêtés aux banques par l'Etat et la Banque centrale européenne et plus de 100 milliards d'euros ont été levés par les grandes entreprises puis par les banques depuis janvier 2009.

Les institutions financières et les grandes entreprises ont pu, grâce à leur proximité avec l'Etat et les marchés financiers, éviter la crise de liquidités et renforcer leur financement. Il n'en va pas de même pour les PME.

On n'a pas mesuré à quel point l'usage excessif de la dette et l'insuffisance d'investissements en fonds propres ces dernières années ont eu un impact destructeur. Nombre d'opérations d'acquisition d'entreprises ont été financées par une dette massive au détriment de leur capacité d'investissement et de développement. Quand l'intérêt de l'actionnaire n'est plus aligné avec l'intérêt de l'entreprise, l'enrichissement de l'un se fait au détriment de l'autre.

On n'a pas mesuré à quel point, depuis 1975, le système français avait progressivement confisqué notre épargne au profit de l'Etat (pour financer sa dette) et de celui des grandes entreprises, au détriment de l'investissement dans les PME, qui sont pourtant les premières créatrices d'emplois ; sur quinze ans, les PME ont créé 1,8 million d'emplois, pendant que les grandes entreprises en supprimaient 270.000.

Pourtant les Français épargnent. Leur taux d'épargne s'élève désormais à 16,7 % du revenu. L'épargne collectée représente un stock de 1.500 milliards d'euros au total dont plus de 80 % sont placés en obligations, bons du Trésor. Les investissements en fonds propres « cash in » dans les PME atteignent à peine 0,4 % net des actifs sous gestion des institutionnels français.

Depuis 1975, combien de PME de croissance se sont heurtées au « plafond de verre » et n'ont pu profiter de la globalisation pour renforcer leurs parts de marché, leur capacité à innover et s'implanter dans de nouveaux pays ? Des années cruciales ont été perdues et la globalisation est désormais subie.

Ces pratiques ne sont plus acceptables aujourd'hui. Il est impératif que l'épargne collectée par nos institutions financières retrouve sa vocation : l'investissement en fonds propres des entreprises pour générer de la croissance, créer de la valeur, de l'emploi et réaligner durablement l'intérêt de l'entreprise et l'intérêt de l'actionnaire… On n'aura pas le droit de parler de sortie de crise tant qu'il n'y aura pas de reprise de l'emploi.

Il est insupportable que le déficit commercial de la France s'aggrave, alors que l'Allemagne ou la Chine affichent des excédents commerciaux impressionnants, d'abord grâce à leurs PME les plus performantes. Où sont nos PME championnes de taille mondiale ? Nous n'aurons pas de nouveaux « champions » industriels mondiaux, à l'image des PME allemandes, indiennes ou chinoises, si ceux-ci ne trouvent pas d'investisseurs pour financer leur croissance.

Raymond Barre avait rappelé un jour : « L'économie se venge toujours. » Si la France ne veut pas connaître un « 1939 » économique faute de tissu industriel agile et performant, si elle veut sortir vite et renforcée de la crise, contrairement aux crises précédentes, il va lui falloir faire preuve de courage et de détermination. Le temps presse !

Article paru dans LES ECHOS du 3 novembre 2009

Auteurs :
JEAN-BERNARD SCHMIDT EST PARTENAIRE DE SOFINNOVA PARTNERS ET ANCIEN PRESIDENT DE L'EUROPEAN VENTURE CAPITAL ASSOCIATION. GREGOIRE SENTILHES EST PRESIDENT DE NEXTSTAGE ET PRESIDENT DES JOURNEES DE L'ENTREPRENEUR.

Lundi 16 Novembre 2009
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