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Doit-on s'inquiéter du déficit public français ?


Sandy Campart, directeur de l’IUP Banque Finance Assurance de Caen de l’IAE de Caen et chercheur au Centre de Recherche en Economie et Management (CREM) nous répond.




Sandy Campart
Sandy Campart
Qu’est-ce que le déficit public ? Quelle est la différence avec le déficit budgétaire ?

Le déficit budgétaire renvoie au déficit de l’Etat hors emprunts (remboursements et nouvelles émissions). Le déficit public incorpore le solde des recettes et des dépenses des autres administrations publiques (collectivités territoriales, organismes de Sécurité sociale, …). Les 4,8% annoncés de déficit de la France en 2012 concerne le déficit public.

Plus le déficit est élevé, plus la dette de la France est importante ?

Le déficit public est un flux, c’est-à-dire mesuré sur l’année tandis que la dette est un stock mesuré à un moment donné. Ces deux mesures sont intimement liées. En effet, le déficit budgétaire d’une année vient alimenter la dette. Cette dernière va agir sur le déficit de l’année suivante par le biais de l’augmentation de la charge d’intérêts. Nous pouvons alors assister à un phénomène auto-entretenu.

Comment en est-on arrivé là ?

La France connait un déficit permanent de ses finances publiques depuis les années 80. En 1980, la dette publique française représentait un peu plus de 20% du PIB. Depuis, pas une année ne s’est écoulée sans enregistrer un déficit (même pendant les années de croissance les plus soutenues) et la dette a augmenté progressivement jusqu’à atteindre, en 2012, 90% du PIB.

Les systèmes de redistribution ont été peu questionnés alors que des transformations sociologiques d’envergure sont intervenues (durée de vie, temps de travail, organisation familiale, structure par âge de la population, …). Parallèlement, les subventions et les dépenses d’investissement, sources de compétitivité, ont reculé proportionnellement au PIB. La recherche et développement, l’éducation, les infrastructures, la protection de l’environnement ont été trop faiblement irriguées dans un environnement concurrentiel qui s’est fortement durcit.

De nombreux pays, dont la France, se trouvent aujourd’hui confrontés à des déficits publics répétés et croissants dans un contexte de taux d’intérêt réels supérieurs à la croissance. Depuis les années 80, à quelques exceptions près, la France a affiché des taux de croissance de son activité économique - dont dépendent directement les rentrées fiscales - inférieurs aux taux auxquels elle s’est endettée. La charge de la dette s’est donc relativement alourdie rendant délicat l’objectif d’équilibre budgétaire. Cet écart se ressent d’autant plus fortement que le stock de dettes aujourd’hui en France représente 90% du PIB. Plus problématique, la France affiche un déficit budgétaire primaire, c’est-à-dire hors paiement des intérêts. Cela signifie que son besoin de financement continue à croître au-delà des intérêts de la dette à payer.

La France pouvait-elle éviter cette situation critique ?

La France aurait pu éviter cette situation en profitant des périodes économiquement plus propices pour résorber sa dette. Les politiques d’assainissement des finances publiques sont plus faciles à mener en période de croissance. Mais l’action ne s’impose aux décideurs que lorsqu’ils sont acculés. Les pays du nord de l’Europe ont été touchés au début des années 90 par une crise bancaire accompagnée d’une forte récession économique. Dans ce contexte, Ils sont parvenus à consolider leurs finances publiques, à réviser la structure de leur budget et à réformer leurs institutions. Résultat, en Suède, le ratio de dette a été réduit de 25 points entre 1996 et 2005.

Quels sont les risques pour la France de subir le même sort que la Grèce, l’Espagne ou l’Italie ?

Le risque est encore faible mais il progresse en raison des révisions de croissance à la baisse et de la difficulté à atteindre l’objectif annoncé de déficit public. Cependant, à la différence des pays cités, la France dispose de fondamentaux économiques plus favorables et jouit d’une plus grande stabilité politique.

Quels impacts pour les français ? leur pouvoir d’achat ? etc…

A court terme, les mesures de consolidation budgétaire vont continuer à peser sur la croissance, sur l’emploi, les salaires, les revenus des placements immobiliers et financiers. Après une baisse, confirmée par l’INSEE, du pouvoir d’achat des ménages en 2012, les trois quarts des ménages français s’attendent à un recul de leur pouvoir d’achat en 2013 (enquête réalisée pour 60 millions de consommateurs). Dans ce contexte, la capacité de la demande privée à prendre le relais de la relance budgétaire publique semble improbable. A moyen terme, si les mesures de consolidation restaurent la confiance, aboutissent à des réformes institutionnelles efficaces, préservent les investissements générateurs de gains de compétitivité, une nouvelle dynamique de croissance pourrait s’amorcer.

Sandy Campart, je vous remercie et vous donne rendez-vous très prochainement dans un nouveau numéro de Finyear.

© Copyright CFO-news. Propos recueillis par la rédaction de Finyear.


Mardi 21 Mai 2013
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