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Diasporas et criminalité organisée


L’influence des diasporas dans les environnements criminels nationaux en Europe




Nicolas Giannakopoulos
Nicolas Giannakopoulos
Petites mises au point sur la diaspora
Étymologiquement, le terme de diaspora désigne la dispersion d’une communauté ethnique ou d’un peuple à travers le monde. On peut donc considérer que si ce terme de diaspora fait référence à un ensemble de populations qui possèdent des caractéristiques bien distinctes dispersée à travers le monde, leurs regroupements locaux devront plutôt se désigner sous l’appellation de « communautés ».
D’autre part, l’élément ethnique ou les caractéristiques particulières et uniques d’une population sont au centre de la définition. Cet élément de distinction ethnico-culturelle doit se comprendre à la fois comme un facteur d’exclusion – au travers de la distinction qu’elle impose par rapport à une population donnée – et comme un facteur d’inclusion – par rapport à la population de référence auquel se rapporte le terme même de diaspora.
L’élément central dans la perception de la diaspora se réfère selon nous à une seule caractéristique qui la rende reconnaissable : l’existence de codes de communications propres qui les rendent reconnaissable ou que ce soit sur la surface du globe.
Les codes de communication communs et originaux se réfèrent à un ensemble de pratiques qui sont en décalage par rapport à un ensemble de codes dits « dominants » dans un territoire donné. Ces codes de communication prennent le plus souvent la forme de langages différents, mais aussi de religions, de pratiques culturelles, vestimentaires ou comportementales qui possèdent généralement des fondements historiques, stables et définis dans la durée autant que territorialement.
La référence à une culture dominante, souvent comprise comme celle du « pays d’accueil » n’est pas forcément valable, étant donné qu’à un niveau planétaire, la relativisation du phénomène à l’heure de la globalisation rend n’importe quelle population habitant hors de son territoire historique une diaspora. On pourrait même argumenter que certains pays ne sont que des ensembles de diaspora mises les unes à côté des autres (comme les Etats-Unis par exemple).
Dans le but de nous intéresser à l’impact de ces diasporas sur les situations criminelles dans des territoires nationaux donnés, il nous paraît plus judicieux de restreindre cette définition soit au terme de « communauté » soit alors utiliser le terme de diaspora mais en référence uniquement à une population caractéristique dans un pays donné.

Diaspora et criminalité organisée : les logiques d’intégration
Aborder le sujet des communautés ou des diasporas par l’angle criminel n’est pas un exercice sans risque. En effet, les communautés étrangères et à plus forte raison celles qui affichent et vivent leurs différences, sont des cibles faciles et récurrentes pour des discours xénophobes qui ont rapidement tendance à les utiliser comme bouc émissaire de leurs problèmes, notamment criminels. Ces discours sont présents dans la quasi totalité des pays européens.
Décortiquer les mécanismes d’intégrations des éléments et pratiques criminelles au travers de la diaspora est un exercice qui permet de comprendre comment et pourquoi ces pratiques peuvent s’infiltrer dans des communautés particulières et pourquoi elles sont stigmatisées à l’échelle d’un ensemble de populations.

Les diasporas et les communautés locales qui la constituent sont généralement issues de mouvements de populations au travers de phénomènes d’émigration/immigration. Les éléments importants à nos yeux pour déterminer la composante criminogène d’une communauté sont principalement la temporalité de l’émigration (durée, séquençage), l’importance des déplacements de population ainsi que les raisons du déplacement (politiques, états de nécessités, etc.). Des facteurs indépendants sont également important dans l’appréciation du potentiel criminogène d’une diaspora, notamment (1) l’existence d’une ou plusieurs structures criminelles historiques dans le pays ou l’ethnie d’origine et (2) l’état des relations entre la population immigrante et la population résidante au moment du processus d’immigration.

Compte tenu de ces critères sur lesquels nous reviendrons par la suite, les mécanismes d’intégration de structures criminelles au sein du processus d’établissement d’une diaspora en général et de communautés locales en particulier proviennent d’un phénomène d’agrégation autour de codes communs et compréhensifs.
De nombreuses études très complètes ont montré l’importance de ces phénomènes d’agrégation et d’intégration au travers de l’analyse de ce que l’on a appelé aux Etats-Unis au début du XXème siècle la « political machine », à savoir l’imbrication fonctionnelle des intérêts des migrants, des partis politiques (en particulier le Parti Démocrate) et des organisations criminelles d’origine italiennes. Résumé en quelques mots, le mécanisme est le suivant : un migrant arrive dans un pays dont il ne connaît ni la langue, ni le fonctionnement va obligatoirement rechercher la communauté qui utilise des codes qui lui sont compréhensibles (langue, culture, religion, etc.) qui, en contrepartie, va l’aider dans ses démarches d’installation et d’intégration. Ces nouveaux arrivants, qui étaient aux Etats-Unis un électorat frais et vierge, a naturellement intéressé les responsables politiques locaux qui se sont assurés de fonctionner comme relais macro-social d’intégration, d’institution publique à institution ou association privée de migrants, moyennant échange de votes lors des élections.
Le cas américain à ceci de particulier que la « political machine » fonctionnait (et semble toujours fonctionner avec plusieurs communautés/diasporas de différentes origines, aux Etats-Unis et ailleurs) avec l’intermédiation de structures criminelles qui assuraient la transmission des informations entre les migrants et les responsables politiques pour leur propre profit (racket, protection et corruption sur l’attribution de marchés publics principalement). Ces structures criminelles sont donc pré-existantes à une certaine phase du processus de migration. De même, très peu de pays européens octroient des droits de votes à des migrants. Ces allocations de droits semblent plutôt en régression générale, avec des criminalisations assorties concernant les migrants (immigration illégale) qui renforcent les besoins d’agrégations par communautés/diaspora et le pouvoir des « intermédiaires » (associations ou structures criminelles) qui deviennent les seules structures permettant d’assurer aux migrants une survie dans le pays d’accueil, souvent d’ailleurs dans des conditions précaires. Toutefois, le pouvoir économique que génèrent la gestion fiable et parfois « violente » des migrants transfère le rôle des « intermédiaires », criminels ou non, de pourvoyeurs de votes à pourvoyeurs de fonds pour les campagnes électorales. Dans certaines zones d’Europe occidentale, le pouvoir économique de ces « intermédiaires » et donc des communautés de migrants locaux devient tel, au travers de l’impact économique de la main d’œuvre qu’ils représentent, qu’ils en deviennent de véritables acteurs politiques sans même posséder un quelconque poids électoral direct (puisqu’il est assez rare que les migrants illégaux puissent participer à des élections ou des votations dans le pays d’accueil).

Si le mécanisme d’intégration des migrants est bien connu dans le cas de structures criminelles identifiées et actives dans les pays d’accueil, le cas d’intégration de ces structures au sein même des flux migratoires au travers l’établissement de diasporas relève d’une logique légèrement différente. Elle relève à la fois de la logique de parasitage propre à tout organisme criminel, mais également de la logique d’agrégation autour de codes de communication communs et partagés.
Les éléments centraux dans la criminalisation d’une diaspora (dont la majorité des membres sont les victimes sans défenses ou inconscientes) sont à la fois l’existence de structures criminelles propres dans le pays d’origine et l’existence d’opportunités économiques dans le pays d’accueil, voire les liens pré-existants, au niveau économique entre le pays de provenance et le pays d’accueil.

Plusieurs logiques, très puissantes, sont à l’œuvre dans le cadre de ces phénomènes de migrations assorties de criminalisations. Si les logiques d’opportunités macro-sociales ou macro-économiques semblent les plus profondes, il ne faut pas perdre de vue que toute criminalisation d’une diaspora s’intègre dans un ensemble de processus, politiques, sociaux et économiques beaucoup plus larges et qu’ils interagissent avec eux. D’autre part lorsque des groupes criminels migrants arrivent dans un pays d’accueil, l’environnement est souvent déjà occupé par d’autres groupes criminels pré-existants. Cela était le cas lors de l’immigration italienne aux Etats-Unis, les groupes criminels italiens ayant du faire face à la concurrence des groupes criminels irlandais et anglais, mais également dans beaucoup d’autres pays et de manière plus récente, comme en Italie (groupes albanais/kosovars, chinois, russes et urkainiens), en Allemagne (turcs, russes, polonais, tchèques, chinois et vietnamiens etc.), en Russie (urkainiens, tatars, tchétchènes, chinois, coréens, vietnamiens, etc.) et au Japon (coréens, américains, chinois, etc.). Ces interactions entres groupes criminels sur un même territoire ne va pas sans poser de graves problèmes d’ordre public, mais doit surtout se comprendre comme un phénomène dynamique et non statique.

En effet, la criminalisation d’une diaspora intervient généralement de manière rapide par l’intégration d’éléments criminels au sein même du flux de migrants. Toutes les diasporas se constituent au travers d’événements macro-sociologiques qui font que les migrants d’un pays choisissent tel ou tel pays d’accueil plutôt que tel autre. Les bases de migrations s’effectuent généralement à partir de colonies ou de choix politiques internationaux, comme c’est le cas entre, par exemple, la Russie et les pays de l’ex-bloc socialiste, les Etats Unis et les pays d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud ou les pays d’Europe avec leurs colonies outre-mer. La logique d’expansion des phénomènes migratoire qui prévaut ensuite est celles des « vases communicants », autant a partir d’un pays d’accueil que dans le pays d’origine.
La langue, la connaissance des us et coutumes du pays d’accueil sont également des éléments importants (notamment dans le cadre de l’immigration subséquente aux processus de décolonisation dans les années 50-60 ou aux processus d’effondrement du bloc socialiste dans les années 80-90).
Ces migrations permettent l’établissement et le développement de relations économiques et commerciales qui rapprochent les codes et cultures et développent des besoins et des opportunités qui n’existaient pas auparavant, tant dans le pays d’origine des migrants que dans les pays d’accueils.
La criminalisation des diasporas et des communautés de migrants, se base sur le même processus d’échanges économiques, avec une production de richesses dans le pays ou la zone d’accueil (il y a en effet des phénomènes de migration interne dans certains pays ou les disparités économiques sont très élevées d’une région à l’autre comme en Chine, Russie, Etats-Unis ou Brésil) et une réception d’une partie de ces richesses dans les pays d’accueil ou, dans le cadre de relations basées sur des processus économiques criminels, les organisations qui gèrent ces activités illégales dans les pays d’accueil conservent leurs bases jusqu’à des développements ultérieurs qui tendent inévitablement à les rendre autonomes de leur « maison-mère ».
L’intégration de groupes criminels sur un territoire donné au travers des mouvements migratoires va d’abord s’effectuer sur des activités de « niche » qui ne rentrent pas en concurrence avec d’autres groupements ou qui restent circonscrites dans des communautés particulières (comme c’est notamment le cas des ateliers clandestins qui exploitent de nombreux migrants, asiatiques ou latinos en Europe et aux Etats-Unis). En effet, la logique d’intégration des activités criminelles proprement dites au sein d’une diaspora peut prendre deux formes différentes, et souvent complémentaires : des actions/trafic illégaux dont les bénéficiaires sont les acteurs extérieurs à la diaspora (population du pays d’accueil (personnes ou sociétés) ou internationales et des actions/trafic illégaux dont les « bénéficiaires » sont les membres de la diaspora elle-même.
Un exemple de la première forme peut être le développement de trafics de stupéfiants, les maisons de jeu ou les paris clandestins, la prostitution, la main d’œuvre bon marché voire exploitée pour des entreprises locales (notamment dans la construction, l’hôtellerie-restauration ou la confection textile). Des exemples de la seconde forme de trafics ou actions illégales est le racket des commerces développés par des migrants (principalement asiatiques) ou encore l’exploitation sexuelle ou commerciale (main d’œuvre) des migrants, au profit de tiers ou à leur propre profit, dans le cadre d’ateliers clandestins.
Ces activités illégales relèvent clairement de l’activation d’opportunités d’affaires qui génèrent des moyens, principalement financiers, qui doivent ensuite être réinvestis. Une partie de ces fonds part généralement dans le pays d’origine alors que des partis toujours plus importantes, au fil du temps et du développement des activités illégales proprement dites dans le pays d’accueil, sont réinvesties, soit dans les circuits financiers légaux (thésaurisation) soit dans des opérations commerciales et industrielles légales (investissements, participations, projets de développement économiques et.).

Ces logiques d’intégration des éléments criminels suivent donc avant tout l’activation d’opportunités d’opérations commerciales, industrielles ou encore financières, légales ou illégales dans le pays d’accueil. Ces activations s’effectuent sur la base de relations pré-existantes entre le pays d’accueil et le pays ou la zone d’origine des migrants et leur intégration sociale et économique, autant légale qu’illégale est conditionnée à la fois par les politiques de migration du pays d’accueil et par l’intégration de la communauté migrante dans la communauté autochtone. Ainsi, on peut proposer une hypothèse de travail qui établirait que les politiques de migration restrictives ou permissives, combinées avec des différences culturelles et économiques fortes ou faible entre les pays d’origine et d’accueil, l’historique des relations entre les deux zones géographiques et l’existence de marchés légaux ou illégaux de niche ou sous-occupés sont les facteurs prépondérants qui vont conditionner la forme que prendra la criminalisation de telle ou telle diaspora.

Ces logiques d’intégration qui sont activées lors de la criminalisation de diasporas lors de leur établissement ou lors de l’intégration d’éléments criminels dans des diaspora pré-existantes ont des effets prépondérants dans les pays d’origines comme dans les pays d’accueil.

Les effets de la criminalisation des diasporas
Ces processus de criminalisation ont des effets important sur trois acteurs au moins : les acteurs du pays d’origine, les acteurs du pays d’accueil et les acteurs criminels (structures ou organisations criminelles) concurrents agissant dans les domaines choisis par les structures criminelles provenant des diasporas, quelle que soient leurs origines.

Les effets de la criminalisation de diaspora dans les acteurs institutionnels et privés du pays d’accueil sont multiples et touchent énormément d’acteurs. Les premiers sont la population elle-même puisque l’intégration de communautés de migrants posent de nombreux problèmes locaux dans les zones d’établissement. Moins l’intégration sera forte (phénomènes de ghettos), plus l’établissement de ces communautés posera des problèmes de micro-criminalité et d’ordre public. Cela dépendra à la fois des politiques d’intégration mises en place par les pouvoirs publics, mais également et surtout de la « distance » culturelle séparant la population autochtone de la population migrante.
Par ricochet, ces situations conflictuelles ont un impact sur l’environnement politique et économique local avec des crispations politiques qui peuvent aller de pair avec des ouvertures économiques, mais sur des plans différents, notamment criminels.
Ces impacts ont également des dimensions qui dépassent, selon l’étendue et l’importance des communautés migrantes, le strict cadre local. Par le poids économique et social que les diasporas possèdent, elles deviennent des acteurs économiques plus ou moins puissants, mais plus ou moins détachés des circuits officiels institutionnels ou privés. On peut s’hasarder sans crainte à dire que leur non-intégration favorise leur récupération par des éléments criminels. Les problématiques logistiques (logement, nourriture) que ces diaspora posent ne sont que les premiers étages d’une fusée impressionnante, puisqu’elles demandent des adaptations et redéfinitions de politiques sociales, de systèmes éducatifs ainsi que de systèmes économiques puisque c’est principalement par leur force de travail que leur impact devient le plus visible et le plus problématique pour les acteurs institutionnels mais surtout pour les acteurs économiques locaux. Agissant de manière légale ou illégale dans des domaines légaux ou illégaux, l’impact économique de ces communautés est très important et peut, suivant leur état de criminalisation, poser des problèmes graves au tissu économique autochtone. S’il s’agit d’exploitation de marchés illégaux, l’offre de services ou de produit que ces marchés propose sur un territoire donné distrait des canaux officiels des personnes, fonds et moyens divers au bénéfice de canaux et d’activités illégales. S’il s’agit d’exploitation de marchés légaux par des manières illégales (comme l’exploitation de la main-d’œuvre illégale), cela met à mal les édifices institutionnels de protection des travailleurs, déforme le jeu de concurrence entre les entreprises et accélère les processus de criminalisation des acteurs autochtones au profit des acteurs étrangers.
Ces genres d’activités introduisent inévitablement des crispations politiques, sociales et économiques qui aboutissent à des phénomènes de ghettos de pauvreté et d’exploitation qui sont utilisés au profit des différentes structures ou micro-structures criminelles qui y agissent et se posent en intermédiaire entre les pouvoirs publics et la population résidente, étrangère ou non. A partir de là, la « political machine » peut s’enclencher pour devenir extrêmement difficile à déloger puisqu’il se crée des communautés d’intérêt à différents niveaux de pouvoir au dépends des populations les plus faibles, étrangères ou nationales.

Le développement de diaspora ne va pas non plus sans poser des problèmes économiques, sociaux et politiques graves dans les pays d’origine ou, du moins, dans les zones d’origines plus ou moins étendues. Au niveau marco-économique, le flux de capitaux arrivant des communautés migrantes dans leur pays d’origine représente généralement un apport significatif dans le budget national dudit pays de provenance. Cela a également pour effet non seulement de renforcer les phénomènes d’émigration du pays d’origine, mais a surtout comme effet de modifier les structures sociales locales puisque l’argent provenant de structures criminelles étrangères à leurs « antennes » locales d’origine va donner encore plus de pouvoir à ces derniers qu’il n’en aurait eu avant. Cette énorme augmentation des capacités financières locales (généralement sans commune mesure avec les capacités des élites locales) va modifier la nature même de ces élites, économiques, sociales et politiques et participer d’une part à la criminalisation du pays d’origine et d’autre part à leur « normalisation » par intégration dans les processus institutionnels nationaux et internationaux d’échange, ce qui augmente encore leurs capacités et les propulse au rang d’interlocuteurs privilégiés des pays d’accueil dans le cadre d’échanges internationaux.
Ce processus d’intégration locales de la richesse produite légalement ou illégalement à l’étranger par des structures criminelles dépend naturellement de son échelle par rapport aux échanges et à la capacité économique d’un pays. S’il on conçoit très bien que certains pays d’Afrique subsahariennes puissent se retrouver confrontés à ce genres de problèmes de remplacement des élites rapide (avec tous les problèmes d’exploitation des ressources nationales locales que cela représente) puisque l’apport des fonds de la diaspora représente parfois jusqu’à 40% du PNB local, on conçoit également qu’une telle intégration nationale est plus lente dans le cas de pays plus importants ou le pourcentage des apports est non seulement moindre, mais répartis entre plus d’acteurs locaux (par exemple vis-à-vis de la Turquie, de la Chine ou du Mexique, pour n’en citer que quelque uns).

Au niveau des acteurs criminels, l’intégration de nouveaux acteurs dans un paysage de trafics et activités illégales ne va pas sans poser de nombreux problèmes. Les acteurs vont forcément se retrouver à un moment ou un autre face à face. Ces organisations seront soit en situation de concurrence, soit en situation de coopération, soit en situation de collaborations. Les situations de concurrence sont sans conteste les plus dangereuses et sont plutôt rare dans les premiers temps. En effet, pour qu’une situation de concurrence manifeste puisse exister, il faut non seulement que les deux organisations (ou plus) agissent sur dans le même domaine, mais en plus qu’elles le fassent sur un même territoire (qui n’est pas forcément un lieu géographique déterminé (quartier, par exemple), mais peut tout aussi bien être un ensemble de lieux très précis (restaurants, casinos, clubs, etc.).
Toutefois, le processus d’interaction que l’on observe le plus souvent, quelle que soit la structure criminelle et sa ou ses « spécialisations », est une coopération avec les structures locales pré-existantes. Ces dernières voient dans la communauté de migrant et les potentialités qu’elle recèle (autant au niveau criminel qu’au niveau légal-institutionnel) une opportunité pour leurs propre développement (nouveaux marchés – les migrants, nouvelles ouvertures internationales – le pays d’origine, nouvelles forces (main d’œuvre, capacités et savoir faire intellectuel) et nouveaux fournisseurs de biens ou services). De leur côté, les nouveaux arrivants ont besoin des protections des organisations déjà en place et de leur savoir-faire local. Les alliances qui en découlent sont profitables pour les deux structures criminelles au dépends des migrants eux-mêmes mais également de la population locale. Par la suite, le développement des activités légales et illégales de ces structures va faire évoluer la situation vers le renforcement de l’un ou de l’autre acteur, générant inévitablement des tensions qui peuvent aller jusqu’aux guerres de mafias.

Conclusion
Il apparaît que les problématiques de diaspora, migrations et communautés peuvent être étroitement liées aux problématiques criminelles. En effet, si on ne retrouve pas toujours des structures criminelles derrière chaque diaspora, les effets, lorsqu’ils existent, de ces structures criminelles et des activités qu’elles développement à partir des diasporas, en interaction avec les structures criminelles locales ou provenant d’autres diaspora peuvent être absolument redoutables, non seulement pour les structures socio-économiques et politiques du pays d’accueil mais également pour celles du pays d’origine.
Si l’intégration de ces communautés apparaît comme le seul rempart effectivement réalisable contre la criminalisation de ces communautés, les réactions locales, notamment politiques et sociales semblent plutôt aller dans un sens de marginalisation et d’exclusion, sens qui correspond non seulement à un développement « naturel » des relations élites locales-diaspora mais qui prétérite tout bien être pour l’ensemble des populations (locales et immigrantes).
Le contrôle de la criminalisation des diasporas est une bataille de tous les instants, sur le long terme, qui doit incomber à tous les acteurs de la société : institutions, entreprises, société civile et citoyens. L’intégration, le partage et la maîtrise des processus de ghettos sont en effet les seuls outils qui permettent de rendre les activités de ces diaspora transparentes, contrôlables et qui permettent d’apporter de la richesse non seulement dans le pays d’accueil mais également dans le pays d’origine, sans devoir obligatoirement passer par des intermédiaires parasites qui sont les seuls, actuellement à tirer profit de situations basées sur une peur entretenue par une politique d’exclusion institutionnelle et sociale.

Nicolas Giannakopoulos
International Expert in Criminal Analysis

n.giannakopoulos@insideco.net
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Mardi 20 Janvier 2009
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